Michel Platini et Nicolas Sarkozy
Michel Platini et Nicolas Sarkozy | AFP

Michel Platini, lumière et part d'ombre

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De nouveau englué dans une affaire judiciaire après avoir été mis en examen ce mardi dans l'enquête sur les soupçons de corruption liés à l'attribution du Mondial 2022 au Qatar, Michel Platini a vécu ses dernières années un long chemin pour se sortir des mailles de la justice. Des années de lutte qui ont considérablement écorné son image aux yeux du monde.

De Michel Platini, il n'a longtemps été question que des coups francs lumineux ou du réformateur à l'UEFA. Mais déboires et affaires ont troublé son image, cette fois écornée par sa garde à vue dans l'enquête pour corruption sur les conditions d'attribution du Mondial-2022 au Qatar. Quand le 29 juillet 2015, Platini - alors président de l'UEFA - annonce être candidat à l'élection pour la présidence de la Fifa, il est donné grand favori. Plus dure sera la chute.

Il y aura d'abord ce fameux paiement de 1,8 million d'euros de Sepp Blatter, président de la Fifa, au Français en 2011 pour un travail de conseiller achevé en 2002, sans contrat écrit, auquel s'intéresseront d'abord la justice civile suisse, puis la justice sportive de la Fifa. Les deux hommes y perdront leur poste, suspendus par la Fifa. La suspension de Platini court jusqu'en octobre 2019, même si la justice civile suisse l'a mis "en l'état" hors de cause en mai 2018.

En octobre 2015, Blatter - mentor puis meilleur ennemi de Platini - avait aussi jeté un pavé dans la mare, invoquant une "interférence gouvernementale de Nicolas Sarkozy" qui aurait entraîné un volte-face de l'ancien meneur de jeu pour voter en décembre 2010 en faveur du Qatar comme hôte du Mondial-2022. La garde à vue de mardi s'inscrit aujourd'hui dans le cadre d'une enquête  sur "une réunion secrète" au Palais de l'Elysée le 23 novembre 2010, à laquelle participaient M. Sarkozy, Cheikh Tamim ben Hamad al-Thani (devenu depuis émir du Qatar), et Platini. Le coup est rude pour le petit-fils de modestes immigrés italiens - qui aura 64 ans vendredi - et dont la trajectoire fut longtemps linéaire.

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Drame du Heysel

Et spectaculaire, de son enfance à Joeuf (Est de la France) à la présidence de l'UEFA décrochée en 2007, en passant par la gloire avec la Juventus Turin, la victoire à l'Euro-1984 et trois Ballons d'Or, record pour un Français (1983, 1984, 1985). Seul bémol, un bilan mitigé en tant que sélectionneur de l'équipe de France de 1988 à 1992. Même la tragédie du stade du Heysel, qui avait fait 39 morts le 29 mai 1985 à Bruxelles, n'avait pas entamé son amour du football. Platini avait joué et gagné la finale de la Coupe d'Europe des clubs champions contre Liverpool (1-0) juste après les scènes d'horreur, mais confié que cette finale ne l'a "pas quitté" depuis.

Ses amis assurent que l'homme n'a jamais changé, même si la tignasse bouclée s'est clairsemée, blanchie, et qu'un embonpoint de notable a alourdi sa silhouette. "Platoche" - surnom qu'il déteste - a conservé son côté potache, voire chambreur. "Ce n'est pas parce que tu as tiré les boules (lors des tirages au sort) que tu peux représenter la Fifa", a-t-il ainsi taclé l'actuel président de la Fifa, Gianni Infantino, qui fut son N2 à l'UEFA, dans une table ronde avec quelques journaux européens en juin. Platini a toujours plaidé la bonne foi. Pour l'affaire des 1,8 M EUR, il a encore répété en juin: "Mon histoire s'apparente aux Dix petits nègres d'Agatha Christie: tout le monde a mis son coup de couteau au moment où il fallait le mettre pour ne pas que je sois président (de la Fifa)".

Reste que ce dossier a mis au jour une certaine légèreté dans son rapport à l'argent. Au Monde, il avait raconté en ces termes la genèse du contrat: "Combien tu veux?, demande Blatter. Je réponds: Un million. De quoi, De ce que tu veux, des roubles, des livres, des dollars.+ A cette époque, il n'y a pas encore l'euro. Il répond: D'accord, un million de francs suisses par an"

Les liens de Platini avec l'argent sont ainsi brutalement apparus en pleine lumière. A Saint-Etienne, où il a été sacré champion de France (1981) après avoir remporté la Coupe de France avec Nancy (1978), son nom avait déjà été au coeur de l'affaire de la caisse noire qui servait à payer les salaires des meilleurs joueurs. Platini fut aussi cité dans les "Panama Papers", grande enquête sur les paradis fiscaux. Il avait fait savoir "que l'intégralité de ses comptes et avoirs (étaient) connus de l'administration fiscale suisse, pays dont il est résident fiscal depuis 2007".

Concernant sa garde à vue, Platini "n'a strictement rien à se reprocher et affirme être totalement étranger à des faits qui le dépassent", ont fait savoir ses conseils. "Je voulais aussi que la Coupe du monde soit organisée dans un pays et une partie du monde qui ne l'avaient jamais accueillie", avait-il un jour expliqué à L'Equipe pour justifier son vote en faveur du Qatar.

AFP