Jorge Mendes
Les bureaux de Jorge Mendes ont été perquisitionnés. | PATRICIA DE MELO MOREIRA / AFP

Mercato : Les transferts du foot portugais dans le collimateur de la justice

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Les principaux clubs de football portugais ont été visés mercredi par une vaste opération judiciaire, qui a mené à des dizaines de perquisitions et de mises en examen, en raison de soupçons de fraude fiscale lors de transferts de joueurs.

Le Benfica Lisbonne et le FC Porto ont confirmé dans des communiqués laconiques, ce mercredi, la perquisition de leurs sièges et se sont dits prêts à collaborer avec les autorités. D'après les médias locaux, le Sporting et Braga sont également concernés, de même que la société Gestifute gérée par Jorge Mendes, un des agents les plus influents du football mondial.

Une centaine d'inspecteurs du fisc et 180 gendarmes dirigés par une quinzaine de magistrats ont mené 76 perquisitions dans "divers clubs de football, chez leurs dirigeants, au sein de cabinets d'avocats et chez des agents intermédiaires", a informé le parquet portugais dans la matinée. Le coup de filet a permis la mise en examen de 24 sociétés et de 23 personnes "parmi lesquelles se trouvent des joueurs de football, des agents ou intermédiaires, des avocats et des dirigeants sportifs", a-t-il précisé dans la soirée. 

Cette "Opération hors jeu" porte sur "des affaires du football professionnel réalisées à partir de 2015 et qui auraient impliqué des agissements destinés à éviter des versements fiscaux dûs à l'Etat portugais", a expliqué le ministère public.

Casillas se dit "tranquille"

Ces pratiques, qui consistaient à "occulter ou modifier" les montants de ces opérations, sont passibles de poursuites pour "fraude fiscale aggravée et blanchiment de capitaux", a-t-il ajouté. Début février, l'hebdomadaire portugais Sabado avait révélé qu'une importante enquête était en cours sur plusieurs transferts ou contrats suspects qui portaient souvent la marque de Jorge Mendes. Parmi les joueurs impliqués, le magazine citait plusieurs internationaux passés par le FC Porto, comme le Français Eliaquim Mangala, le Brésilien Danilo ou encore les Colombiens Radamel Falcao et Jackson Martinez.

Iker Casillas, ancienne gloire du Real Madrid en passe de terminer sa carrière au FC Porto, a confirmé que sa résidence avait été perquisitionnée. Le gardien historique de l'équipe d'Espagne s'est dit "absolument tranquille" et prêt à coopérer avec la justice, a indiqué son équipe de campagne alors que Casillas s'est lancé dans la course à la présidence de la fédération de son pays. Au Benfica, les transferts du Mexicain Raul Jimenez, du Portugais Pizzi ou du Brésilien Julio César seraient notamment concernés.

Toujours selon Sabado, les soupçons de la justice auraient pour origine les révélations des "Football Leaks", une enquête réalisée par un consortium de journaux européens sur la base de documents obtenus par le hacker Rui Pinto.

Pas une première dans le monde du football

Le Portugais de 31 ans est en détention provisoire depuis un an dans l'attente de son procès pour tentative d'extorsion et divers délits informatiques. Il a été extradé vers le Portugal depuis la Hongrie, où il résidait, pour avoir tenté de faire chanter le fonds d'investissement Doyen Sports en exigeant entre 500.000 et un million d'euros pour cesser de publier des documents obtenus illégalement.

Les "Football Leaks" avaient déjà conduit à l'ouverture de procédures judiciaires en France, en Espagne, en Belgique ou en Suisse, et restent à ce jour la plus importante fuite d'informations sur les coulisses du ballon rond.L'opération lancée mercredi représente la première enquête d'envergure sur ce phénomène au Portugal.

En Espagne, la justice a pris pour cible ces dernières années de nombreuses stars du ballon rond, accusés de fraude fiscale comme le Portugais Cristiano Ronaldo qui a été condamné à deux ans de prison qu'il n'aura pas à purger et à plusieurs millions d'euros d'amende. Son agent Jorge Mendes avait été mis en examen en 2017 pour avoir aidé Falcao à frauder le fisc. Dans cette affaire, le Colombien a été condamné à payer 9 millions d'euros et à une peine de 16 mois de prison, commuée en amende.
 

AFP