Nicollin brandit le poing
Montpellier champion de France en 2012, Loulou Nicollin a pu laisser aller son imagination | GERARD JULIEN / AFP

Louis Nicollin, l'homme de la Paillade

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Décédé jeudi à l'âge de 74 ans, le président de Montpellier Louis Nicollin, était un grand personnage du football français qui ne laissait personne indifférent, tant pour son implication dans son club de toujours que pour ses saillies verbales qui, quelquefois, provoquaient les critiques ou les récriminations d'un milieu aseptisé dans lequel cet autodicacte qui aimait l'adrénaline de la compétition et respectait les champions, ne se sentait pas toujours à sa place.

Dans le landernau de la Ligue 1, celui qui avait développé l'affaire familiale de nettoiement pour en faire un mastodonte national, avait dû avancer petit à petit, après avoir pris les rênes du club de la Paillade pour le hisser jusqu'au plus haut niveau, avec le titre suprême de champion de France en 2012. Il l'avait fêté en se faisant une crête comme certains de ses jeunes joueurs, orange et bleue, les couleurs de son équipe, une excentricité bien dans son style.

Un président omnipotent

"Loulou", comme on le surnommait dans le milieu, était surtout connu pour son rôle de dirigeant omnipotent ("c'est moi qui mets les sous", répétait-il) de son équipe de foot. Lyonnais de coeur, Louis avait été envoyé par son père dans sa filiale de Montpellier  pour réfréner sa vie de bâton de chaise. Il se trouvera finalement très bien dans la ville du maire Georges Frêche, un de ses grands amis, décédé en 2010. L'édile soutiendra le président quand l'équipe montera en puissance, les clubs de sport contribuant à promouvoir l'image de la ville.  

Le personnage de cet ami de Michel Platini (il passaient leurs vacances ensemble) s'est peaufiné à la fin des années 1980, quand il fit venir à grands frais les deux stars de l'équipe de France Espoirs, Éric Cantona et Stéphane Paille, décédé lui mardi, également le jour de son anniversaire (52 ans), comme une macabre coïncidence. En 40 ans de carrière dans le foot, Loulou a recruté la star colombienne Carlos Valderrama, s'est fâché puis réconcilié avec son grand ami, Michel Mézy, l'homme qui lui offrit son premier trophée, la Coupe de France 1990 (à l'issue de laquelle il faisait la bise au président Mitterrand), et s'est aussi distingué en traitant par ses excès de langage, contre certains joueurs ou contre ses propres techniciens. Ses punchlines ont beaucoup fait pour sa gloire. Il a préféré Rolland Courbis à Carlo Ancelotti. "Les grands entraîneurs sont ceux qui gagnent des titres avec des demi-bons. Avec Courbis, on est montés en Ligue 1 avec des demi-mongoliens", racontait-il.

Amoureux du sport

Grand amoureux du sport, il possédait une collection inégalée de maillots et d'objets ayant appartenu à des sportifs, exposés dans son musée de Marsillargues (Hérault) C'était son trésor à lui, sa fierté aussi, car il y recevait des personnalités du sport, venant lui offrir une tunique ou une paire de chaussures, mais aussi des anonymes curieux de découvrir ce musée insolite. Et Louis Nicollin, c'était aussi ce dirigeant chauvin et emporté, qui aimait autant l'équipe de France que son petit club de la Paillade devenu grand  Il le laisse entre les mains de son fils Laurent, président-délégué depuis des années, et en bonne situation. Après ses années de flambe au tournant des années 1980-1990, Nicollin s'était assagi et avait investi dans la pierre, bâtissant un centre d'entraînement moderne et relançant le centre de formation. La Ville doit lui bâtir un stade pour 2022, mieux adapté que le trop grand stade de La Mosson. Mais "Loulou" ne le connaîtra jamais. 

Christian Grégoire