Michel Platini - 2009
Michel Platini | AFP - OLIVIER MORIN

Platini doit réformer l’Europa Ligue

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Michel Platini a mis les pieds dans le plat mais après ? Le président de l’UEFA n’a pas tort quand il tance le LOSC sur son absence de motivation européenne. Il y a pourtant des raisons objectives qui incitent certains clubs français à négliger voire à brader la seconde compétition européenne. Pour remédier à cela, la Ligue Europa doit s’émanciper de la Ligue des champions, véritable ombre tutélaire.

C’est un fait. Les résultats affichés par les équipes françaises engagées en Ligue Europa ces dernières années sont loin d’être mirobolants. Quand Michel Platini regrette ouvertement la perte d’une place à l’indice UEFA de la France, doublée par le Portugal, il le fait par dépit amoureux. Chauvin, l’ancien numéro 10 de l’équipe de France ne comprend pas pourquoi des clubs qui font tout pour se qualifier pour l’Europe ne jouent plus le jeu la saison suivante. En clair, à quoi bon disputer une épreuve sans se donner tous les moyens de l’emporter ?

La C1 vampirise tout

La question mérite d’être posée mais Michel Platini sait très bien que la réponse n’est pas aussi tranchée que celle qu’il a pu donnée ce vendredi*. Comment en vouloir aux clubs français de faire de leur participation à la Ligue des champions l’objectif principal de leur saison ? La C1 est beaucoup plus lucrative que la C3 qui ne rapporte rien ou presque avant les quarts de finale tandis que 15 à 20 millions d’euros minimum tombent dans l’escarcelle des clubs qui disputent la phase de groupes de la reine des compétitions continentales. Depuis le milieu des années 90, lorsque la Ligue des champions a commencé à accueillir des équipes qui n’étaient pas championnes dans leur pays**, la Ligue Europa (ex Coupe de l’UEFA) a sans cesse été sacrifiée par les instances européennes désireuses de magnifier la C1.

Ni les changements de formule alambiqués (d’abord avec des groupes de 5 où chaque club disputait deux matches à domicile et deux rencontres à l’extérieur, ensuite avec des groupes de 4 plus classiques mais pas moins ennuyeux), ni le changement de nom de l’épreuve –sans intérêt- n’ont pu relancer une compétition qui souffre dans l’ombre de sa grande sœur. Songez que la Coupe de l’UEFA des années 80 ou 90 était plus relevée que la Ligue des champions vu qu’elle accueillait les 2e, 3e, 4e et 5e des grands championnats quand la C1 ne bénéficiait que des champions respectifs. A l’époque, la Coupe d’Europe des clubs champions était déjà la plus prestigieuse mais la Coupe de l’UEFA s’avérait plus difficile à gagner. Impensable aujourd’hui.

Qualifier le vainqueur pour la C1

Deux (grands) changements pourraient relancer la C3 et ils feraient à coup sûr évoluer les mentalités des clubs réticents à s’engager dans ce parcours du combattant. En premier lieu, l’UEFA de Michel Platini devrait décider que le lauréat de la Ligue Europa est reversé en C1 l’année suivante. Cette carotte serait très motivante pour toutes les équipes qui ne laisseraient plus filer un 16e ou un 8e de finale en alignant une équipe bis voire B. Pour intéresser encore davantage les clubs, l’instance dirigeante européenne pourrait même envoyer les deux finalistes en Ligue des champions la saison suivante.

L’autre grande évolution réside dans le calendrier. Depuis une bonne quinzaine d’années, la Ligue des champions se réserve les mardi et mercredi, et relègue la Ligue Europa au jeudi soir. Rien de mieux pour blaser le téléspectateur qui s’est gavé de grandes affiches durant deux soirées et qui se voit proposer un match pas toujours folichon en dessert Exemple : PSG-Milan le mardi, OM-Bayern le mercredi et Bordeaux-Austria Vienne le jeudi. Si l’UEFA inversait le calendrier en servant en guise d’apéritif (le mardi) cette dernière rencontre, elle ne serait plus dévaluée mais mise en valeur.

Jouer le mardi

Sans compter que les clubs des cinq grands championnats (dont la Ligue 1) joueraient forcément davantage le jeu puisque ces rendez-vous ne tomberaient pas trois jours avant le match de championnat du week-end, mais cinq. Les clubs engagés en C1, qui possèdent davantage d’argent et par conséquent de plus larges effectifs, seraient moins lésés de passer après leurs homologues. Cela équilibrerait probablement un peu les débats en faveur des moins fortunés.

Lorsqu’on regarde le palmarès récent de la Ligue Europa (Valence, CSKA Moscou, FC Séville, Saint-Pétersbourg, Donetsk ou l’Atletico Madrid) par rapport aux grandes années 70, 80 et 90 (Liverpool, Juventus, Real, Ajax, Bayern, Inter), la comparaison n’est pas franchement flatteuse.

Les clubs des petits championnats avantagés

Michel Platini a raison quand il rabroue Lille pour son manque d’investissement flagrant dans l’épreuve (il aurait d’ailleurs pu le faire pour Rennes, Marseille ou d’autres qui ont également pris à la légère cette épreuve il n’y a pas si longtemps). Mais il oublie une chose : sur les quatre clubs demi-finalistes de la C3 cette saison, trois sont issus d’un championnat secondaire. Le FC Bâle a été sacré champion de Suisse à six reprises ces neuf dernières années, Fenerbahçe quatre fois sur neuf et Benfica, presque champion du Portugal, s’est quasiment qualifié chaque année pour la C1 ces dernières saisons. Ces clubs là peuvent faire tourner en championnat pour aligner la meilleure formation dans les joutes continentales.

Il existe certes une exception Chelsea (finaliste 2013 contre Benfica le 15 mai à Amsterdam) mais les Blues ont été reversés en Ligue Europa après leur élimination en Ligue des champions (ce qui n’est d’ailleurs pas très logique quand on y réfléchit). Et ils disposent surtout d’un groupe très étoffé contrairement à la plupart des clubs hexagonaux.

* "Tant pis pour eux. Il y a des associations, des pays, qui jouent bien les Coupes d'Europe, notamment l'Europa Ligue. Voyez, on a une belle finale, Chelsea-Benfica, a-t-il souligné au micro de RTL. C'est-à-dire qu'il y a des grands clubs qui s'occupent aussi de l'Europa Ligue. Donc les clubs français pourraient la jouer, et pas la dédaigner ou faire les barbots."
**avant 1996, seul le tenant du titre était automatiquement qualifié pour l’année suivante outre les différents champions