Chelsea-Benfica
La joie des joueurs de Chelsea vainqueurs de la C3 | AFp - PATRICK STOLLARZ

Ligue Europa: compétition qui se cherche

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Malgré les changements imposés par l’UEFA depuis la saison 2009-10, force est de constater que la Ligue Europa reste le parent pauvre des compétitions européennes de clubs. Loin, très loin de la prestigieuse Ligue des champions dont le retentissement est planétaire.

Représentants tricolores pour cette édition 2013-14 de la Ligue Europa, l’Olympique Lyonnais et les Girondins de Bordeaux ont hérité de deux groupes abordables. Les Gones partiront favoris face aux Croates de Rijeka et contre les Portugais du Vitoria Guimares, et ils devraient disputer la première place du groupe I au Betis Séville. Les Marine et Blanc devraient également pouvoir s’extirper d’un groupe F comprenant l’APOEL Nicosie, l’Eintracht Francfort et le Maccabi Tel-Aviv.

Désintérêt des clubs

Reste à savoir si Lyon et Bordeaux joueront le jeu à fond. Les derniers vainqueurs de la C3 (Coupe de l’UEFA ou Ligue Europa) sont soit des clubs riches et structurés (Atletico Madrid, Chelsea) soit des clubs disputant un championnat moins homogène que la Ligue 1 (Zénith Saint-Pétersbourg, Shakhtar Dontetsk, FC Porto) qui nécessite moins d’efforts. Les équipes de l’hexagone se démènent pour terminer dans le top 5 de Ligue 1 afin de disputer une Coupe d’Europe, et ils ne se donnent pas toutes les chances de bien figurer ensuite.

Il faut avouer que cette Ligue Europa souffre d’un cruel manque de prestige (il y quelques bons clubs mais beaucoup moins qu’en C1, et le plateau de cette saison semble l’un des plus faibles de l’histoire). L’UEFA a bien tenté de régénérer cette compétition autrefois séduisante, mais le rafistolage entrepris en 2008-09 a été loin de combler toutes les attentes.

Elle ne rapporte pas assez d’argent

Changer de nom et de formule n’a pas masqué le fond du problème. La Ligue Europa rapporte environ six fois moins en droits tv que la C1. Cela fait donc moins de redistributions aux clubs engagés*. Du coup, les équipes des grands championnats -L1 en tête- ne jouent pas vraiment le jeu (les coachs alignent souvent une équipe bis voire une équipe B, privilégiant de facto les joutes nationales)
En clair, les clubs font tout pour se qualifier et font tourner leurs effectifs derrière. Comme elle ne rapporte pas d’argent, cette épreuve n’intéresse pas les présidents de club qui lui préfèrent de loin la lucrative Coupe de la Ligue dont le mérite est immense (un club peut soulever le trophée en gagnant seulement quatre matches contre quinze pour la C3, ce qui est aberrant).

Quelques solutions existent

Le plus triste est que la vision minimaliste, individualiste et court-termiste des clubs s’avère dommageable pour l’indice UEFA de la France. A cause des mauvais résultats des équipes françaises engagées sur la scène continentale, le 3e de Ligue 1 est maintenant obligé de passer par deux tours à élimination directe (au lieu d’un) depuis que le Portugal a doublé la France. Et des pays comme l’Ukraine et la Russie vont bientôt mettre la pression avec des clubs comme le Shakhtar Donetsk, le Dynamo Kiev, le Rubin Kazan, le Zenit Saint-Pétersbourg ou le CSKA Moscou, tous armés pour briller en Europe.

Le vainqueur jouera la C1 ensuite

Les solutions pour relancer l’intérêt de l’UEFA Europa League existent pourtant. Trois d’entre elles pourraient déjà permettre à la C3 de redorer un blason bien  pâle.

  1. revenir à une formule à élimination directe (en matches aller-retour) qui font le sel d’une coupe d’Europe (la Ligue des champions ne devient souvent intéressante qu’à partir des 8e de finale lorsque les cadors n’ont plus le droit à l’erreur)
     
  2. arrêter de reverser les clubs éliminés de la Ligue des champions (tous les 3e des groupes du 1er tour). On en arrive à l’absurdité qu’aucune formation engagée au départ en C3 ne va au bout (c’est arrivé trois fois au cours des cinq dernières épreuves : Donetsk en 2009, l’Atletico en 2010, et Chelsea en 2013, provenaient de la C1). Autant on peut comprendre qu’une équipe sortie de la C1 dès le mois d’août –comme Lyon cette saison- soit expédiée en C3 avant la phase de groupes (le véritable début de la compétition), autant il est anormal de voir des équipes disputées une compétition continentale de septembre à décembre, puis une nouvelle de février à mai.
     
  3. qualifier le vainqueur de l’édition précédente pour la Ligue des champions : ce sera bientôt fait. L’UEFA a officialisé l’information fin mai. Le lauréat de la Ligue Europa 2014-15 disputera donc la Ligue des champions 2015-16 quelque soit son classement en championnat. Mais pourquoi attendre trois saisons ? Faire entrer en vigueur cette décision dès cette année aurait été un vrai booster pour ce parent pauvre des compétitions européennes.

*en 2011-12, un club engagé en C3 ne gagnait que 60 000 euros par match (contre 550 000 euros pour un match de C1). Le vainqueur de la Ligue Europa engrangeait 3 millions d’euros (contre 9 millions au lauréat de la Ligue des champions).