"Une vraie bande de potes" : dans les coulisses de la série sur le PSG

Publié le , modifié le

Auteur·e : Martin Boissereau
Neymar PSG
Neymar, Kurzawa et Kimpembe célèbrent la qualification en finale de Ligue des champions | FRANCK FIFE / AFP

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Pour les 50 ans du Paris Saint-Germain, une équipe de tournage est entrée dans l’intimité du club, d’habitude très opaque, jusqu’à la finale de Ligue des champions. Alors que le premier épisode de la série « Tout près des étoiles » est disponible dès ce mardi sur la plateforme Amazon Prime Video, ceux qui ont suivi le PSG nous racontent le quotidien du groupe. Le charisme de Mbappé, la simplicité de Neymar, le solaire Choupo-Moting, les parties de carte nocturnes et la dernière du capitaine Silva… tout y passe !

Comment l’idée de ce documentaire est née ?
Manuel Herrero (producteur et réalisateur)
: « Ça fait des années qu’on réalise des films autour du sport. On a d’ailleurs créé le label CAPA sport exprès, associé à l’agence de presse CAPA. Quand Amazon s’est rapproché du PSG, ils sont venus nous voir puis on s’est mis d’accord sur ce qu’on allait raconter. L’idée, c'était que le club nous ouvre la porte pour la première fois et qu’on puisse s’approcher des joueurs, comprendre le fonctionnement de l’équipe. »

Le PSG paraît très opaque, vu de l’extérieur. Vous l’avez ressenti pendant votre tournage ?
MH
: « Évidemment, il ne faut pas se leurrer. Quand on est journalistes et qu’on arrive tout près de ce genre de réacteur avec tous les enjeux qu’il peut y avoir, tu sais que si tu parles à Nasser Al-Khelaïfi ou à Neymar, il y a du contrôle. Mais quand tu es à l’intérieur, ça reste des jeunes gens passionnés qui vivent une très belle aventure sportive et on s’est connectés à cette partie-là, moins à la partie institutionnelle. »
Benjamin Montel (journaliste et réalisateur) : « C'étaient 28 mecs qui avaient l’impression de vivre une histoire extraordinaire dans une année extraordinaire. Il était juste question d’hommes avec un grand objectif, gagner la Ligue des champions. Puis dans le contexte du Covid-19 avec le huis clos, on était qu’avec eux, comme si on était en balade avec une équipe de juniors. »

"C’est un énorme club. On t’ouvre la porte mais tu n’es pas chez toi non plus"

Vous avez pu accéder à tout ce que vous vouliez ?
MH
: « Ils font partie des mecs plus médiatisés du monde, au sein d’un énorme club, donc on t’ouvre la porte mais tu n’es pas chez toi non plus. Il a fallu discuter avec Leonardo, négocier certaines scènes, telle interview de tel mec à tel moment. Ce qui était clair, c’est qu’on ne pouvait pas filmer les causeries de Tuchel donc on n’a pas insisté. Mais on voulait raconter une histoire humaine et on l’a fait avec des accès objectivement très chouettes compte tenu de la communication assez verrouillée du club. »
BM : « Il faut ni être naïf ni faire une parano avec le PSG. Même quand tu fais un inside avec une petite équipe amateure, il faut négocier avec un président car tu rentres dans l’intimité des gens. »

Comment les joueurs vous ont accueillis, avec vos caméras ?
MH
: « Ils sont habitués. On a cherché à libérer une parole sincère de gens passionnés qui te parlent de sport et de ce qu’il ressentent parce que, souvent, les footballeurs sont associés à des préjugés, à des fantasmes. On s’est connectés à quelque chose de plus humain et ils ont bien réagi. »
BM : « On n’était pas sur de l’actu chaude à demander à Neymar s’il irait au Barça ou pas, d’ailleurs on s’en fout. Les joueurs sont loin d’être idiots, ils comprennent dès les cinq premières minutes qu’ils ne sont pas en train de tomber dans un piège mais qu’on est là avec de l’empathie. Ils ont aussi joué le jeu parce qu’on a passé près de trois semaines ensemble, de fait une relation de confiance s’est créée. »

L’altruisme de Neymar, le charisme de Mbappé

Est-ce que l’attitude de certains joueurs vous a surpris, positivement ou négativement, parce qu’elle était en décalage avec leur image publique ? 
BM
: « À peu près tous. Il y a leur image médiatique, ce que les gens perçoivent et leur vraie personnalité. »
MH : « C’est un peu comme tout le monde, entre les réseaux sociaux et la vraie vie. Ils ne font pas exception à la règle, sauf qu’ils sont un peu plus exposés (rire). » 
BM : « Un mec comme Neymar, qui n’a pas toujours une excellente image, il est hyper proche des jeunes du centre de formation, leur glisse des mots d’encouragement et des conseils. Il a du cœur, il n’est pas du tout starlette. Il s’entraîne très bien, vraiment, il est concentré. Tu arrives avec plein d’a priori parce que tu les vois à la télé et sur les réseaux sociaux, puis ils tombent les uns après les autres. »

L’autre star de l'équipe, c’est Mbappé. Est-ce que vous avez aussi été surpris par l’homme que vous avez côtoyé ?
BM
: « Il y a deux choses. Dans la vie du groupe, il est assez discret, calme, ne fait pas la star. Par contre, j’ai été marqué par son charisme. Pour son premier entretien, quand il est entré dans la pièce, il a dégagé un charisme, une aura. Je disais à Manu (Herrero) pour rire : "J’ai vu Michael Jordan." J’ai vu un regard, une intelligence supérieure, une capacité de synthèse, une détermination. Il capte tout. On a vu plusieurs sportifs, dans plein de contextes, à plein de moments de leur vie de champion, et là il m’a vraiment impressionné (il le répète deux fois). Surtout, il dit des trucs, alors qu’il a 21 ans, souvent intelligents mais aussi avec beaucoup de sagesse et de recul. »

Neymar, Mbappé et Ruiz à l'entraînement, à Lisbonne
Neymar, Mbappé et Ruiz à l'entraînement, à Lisbonne © DAVID RAMOS / POOL / AFP

Choupo-Moting, un polyglotte qui fait l’unanimité

Un des hommes forts du Final 8, c’est Choupo-Moting, qui qualifie le PSG en demi-finale presque à lui seul. Quelle place il occupe dans le groupe, au quotidien ?
MH
: « Ça ne ment pas quand tu parles aux autres joueurs et que tous, sans exception, avec qui il s’entraîne deux fois par jour et avec qui il passe 280 jours dans l’année, ne tarissent pas d’éloges sur le mec que c’est. Il fait l’unanimité humainement. Il dégage quelque chose d’extrêmement positif. C’est vraiment le bon camarade mais aussi un mec intelligent, très compétiteur, qui bosse comme un chien mais qui était un peu plus dans l’ombre des grandes stars, pas toujours titulaire, décrié. »
BM : « Il a été un peu moqué mais il ne faut pas déconner, il est international camerounais, a joué en Bundesliga, en Premier League... Tuchel l’a aussi fait venir de Mayence parce qu'il est polyglotte. Son papa est Camerounais et sa maman Allemande puis il a vécu en Allemagne, en Angleterre, en France donc il parle quatre langues couramment. Dans ce vestiaire très international, il peut parler à tout le monde donc il a une vraie plus-value humaine. »

Vous avez ressenti la communion entre les joueurs, affichée sur les réseaux sociaux, ou c'était juste une apparence ?
MH
: « C’est un groupe qui a connu des blessures intimes dans les remontadas et en 8es de finale. Il y a eu un vrai acte fondateur lors du match retour contre Dortmund. Ils réussissent à se débarrasser de cette équipe et à se qualifier en quarts de finale, à huis clos, puis il y a une communion de dingue avec les supporters. Ensuite avec le Covid-19, le fait de se retrouver avec la mission d’aller le plus loin possible en Ligue des champions, sur ce format qui ressemble à une Coupe du monde, ça a incontestablement créé un esprit de groupe. Quand ils en parlent, ça se voit que c’est sincère. Puis ils ont des mecs qui sont des vrais leaders. »

"S’ils avaient gagné la Ligue des champions, les supporters avaient prévu une banderole spéciale pour Neymar, en faisant leur mea culpa."

Est-ce qu’un joueur semblait rassembler plus qu’un autre autour de lui ?
BM
: « Il y en a plusieurs, à leur niveau. Un mec comme Choupo rassemble parce qu’il a ce destin contre l’Atalanta puis qu’il est solaire. Un mec comme Kimpembe rassemble parce que c’est un titi parisien formé au club, un leader de combat, puis en même temps il est champion du monde donc il est légitime et invité à la table des stars. Après, il y a les hispanophones Herrera, Sarabia, Di Maria, etc., qui sont très ambiancieurs, très facétieux, très drôles. » 
MH : « Un mec comme Marquinhos, qui est un incontestable leader et va devenir capitaine, il rassemble aussi à sa façon. Thiago Silva, qui est un peu le papa de par son âge et son expérience, rassemble aussi. Et je pense qu’il y a des pôles comme ça. C’est un groupe assez riche avec des personnalités assez fortes qui ont des fonctions différentes. »

Vous n’avez pas cité Neymar, que l’on a vu mettre l’ambiance en dehors du terrain, notamment marcher en tête du groupe avec son enceinte.
MH
: « Dans l’entretien avec Thiago Silva, il dit qu’il a aussi énormément participé à rassembler parce que, quand il est dans le groupe, ça reste un jeune mec qui joue au foot et il a incontestablement un charisme. Puis le fait qu’il soit un peu le DJ permanent donne aussi une tonalité, il créé une certaine communion autour de lui. »
BM : « Il était hyper bien. C’est lui qui mettait la musique. Il était toujours lucide et sportivement, il a été excellent en quart de finale puis en demi-finale. Il revient d’un début de saison compliqué, entaché par l’affaire de son transfert avorté à Barcelone et puis les supporters ont été très durs. Malgré tout il est revenu et il s’est redéployé sportivement et humainement. D’ailleurs, s’ils avaient gagné la Ligue des champions, les supporters avaient prévu une banderole spéciale en faisant leur propre mea culpa et en disant qu’ils étaient heureux de l’avoir à nouveau. »

Neymar, joyeux à l'entraînement
Neymar, joyeux à l'entraînement © MATTHEW CHILDS / POOL / AFP

Thiago Silva, ému après son dernier match avec le PSG 

Pendant le Final 8, il y a eu beaucoup de blessures : Mbappé, Verratti, Navas, même Tuchel. On a même parlé de « malédiction » du PSG en coupe d’Europe. Est-ce que les joueurs l’ont évoqué, entre eux ?
BM
: « Non, ils en parlent très peu et ne croient pas du tout à ce genre de choses. Quand ils se blessent, ils sont tout de suite focus sur le temps qu’il leur reste pour pouvoir jouer et être alignés. »

Avant la finale, il y a eu la démonstration du Bayern, qui bat Barcelone 8-2. Est-ce que vous avez senti les joueurs du PSG impressionnés par cette performance ?
BM
: « Évidemment qu’ils ne sont pas restés indifférents à ce Bayern, mais entre temps Lyon s’est très bien défendu et eux, ils ont fait un très bon match contre Leipzig (3-0). Puis ce sont des compétiteurs, certains sont champions du monde, tous ont joué dans les plus grands clubs du monde, certains avaient déjà gagné la Ligue des champions (Navas, Neymar,  Di Maria). Ils ont surtout pensé à leurs qualités et n’ont pas fait de complexe d’infériorité. Je n’ai pas perçu ça. »

Cette finale, c'était le dernier match du capitaine Thiago Silva avec le PSG. Comment vous l’avez senti, à la fin du match ?
BM
: « Extrêmement ému, fier de tout ce qu’il avait donné… »
MH : « (Il coupe) Très digne »
BM : « C’est un mec hyper intense, hyper honnête, sportivement et intellectuellement. Puis les mecs lui ont bien rendu. Il y avait la défaite mais c’était plutôt une belle fin. Il n’était pas du tout en mille morceaux. »
MH : « S’il quitte sur le club et un titre comme ça, ça aurait énorme donc il avait aussi beaucoup de tristesse et de regrets. Mais c'était compensé par la fierté de ce qu’il a accompli avec le club. »

Tuchel enlace son capitaine, Silva, après son dernier match avec Paris
Tuchel enlace son capitaine, Silva, après son dernier match avec Paris © MATTHEW CHILDS / POOL / AFP

Le bizutage de Ruiz et les parties de cartes nocturnes

Vous avez comparé le format du Final 8 à la Coupe du monde. Au sein de l’équipe de France, il y avait eu l’épisode d'Adil Rami avec l’extincteur. Est-ce que vous avez vécu un moment qui vous y a fait penser, pendant le tournage, ou un moment de vie qui vous a marqué ?
MH
: « Le bizutage, quand ils ont rasé les cheveux du jeune Kays Ruiz, c'était rigolo. »
BM : « Les parties de cartes, aussi. Les joueurs ne dormaient pas après les matches, ils avaient trop d’adrénaline. Ils jouaient jusqu’à 4 ou 6 heures du matin et ça redevenait une bande de potes, de jeunes. »

Le titre « Tout près des étoiles », comment vous l’avez trouvé ?
MH
: « Je voulais appeler ça "The year", l’année, s’ils avaient gagné. Et puis quand ils ont perdu, ça s’est assez vite imposé. On a pensé que "Tout près des étoiles", c'était à la fois près des stars, près des joueurs qu’on a appris à aimer mais aussi, pour eux, être tout près de l’étoile de champion d’Europe. »