Recettes billetterie à zéro, primes en baisse, Lisbonne grande gagnante : les conséquences économiques d'une fin de Ligue des champions inédite

Publié le , modifié le

Auteur·e : Denis Menetrier
La Ligue des champions reprend ses droits vendredi
La Ligue des champions reprend ses droits vendredi | Fabrice COFFRINI / AFP

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Ce vendredi, la Ligue des champions reprend ses droits avec les derniers huitièmes de finale retour de la compétition, cinq mois après l’arrêt de la C1 en raison de l’épidémie de Covid-19. Cette interruption, couplée à l’organisation des matches à huis clos pour ces huitièmes de finale et au Final 8 à Lisbonne pour la fin de la compétition, a un impact considérable sur les retombées économiques de la Ligue des champions 2019-2020. Et à y regarder de plus près, ce sont encore les clubs qui devraient pâtir le plus des réductions à venir.

L’UEFA sommée de réagir face aux réclamations des diffuseurs

À l’instar de la Ligue 1 au début du confinement, la Ligue des champions est le théâtre d’intenses négociations entre les organisateurs de la compétition et ses diffuseurs. En mai, Patrick Drahi, propriétaire d’Altice et de RMC Sport, l'une des chaînes de télévision qui retransmet la C1, avait annoncé son souhait de demander des comptes à l’UEFA alors qu’avaient déjà été réglé les 350 millions d’euros de droits de diffusion pour la saison 2019-2020. Mais avec le nouveau format pour la fin de la compétition - des matches secs et non plus aller-retour -, l’ensemble des diffuseurs perd une grande partie du produit pour lequel ils ont réglé la facture, avec plusieurs matches en moins.

De fait, l’UEFA se doit de réagir et de ne pas froisser ces médias. D’autant plus lorsqu’on sait que 86% du chiffre d’affaires de l’association - de 3,8 milliards d’euros selon le rapport financier 2018-2019 de l'instance - provient des droits de retransmission. De la même manière, l’UEFA doit contenter ses nombreux sponsors, qui déboursent d’importantes sommes pour une visibilité qui n’est pas au rendez-vous depuis plusieurs mois.

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Par conséquent, l’UEFA, qui sera également privée cette saison des revenus de billetterie pour les différentes finales - 42,8 millions d’euros générés en 2019 pour les finales de Ligue des champions, de Ligue Europa et de Super Coupe -, devrait vraisemblablement se tourner vers les primes allouées aux clubs pour dégager des fonds. Ces derniers serviront à offrir un rabais aux diffuseurs pour les dédommager. Impossible en revanche de connaître pour le moment les montants, l’UEFA se gardant de les évoquer avant la fin de ses compétitions européennes.

Pour les clubs, un manque à gagner important

Ces primes dans lesquelles devrait piocher l'UEFA sont versées chaque saison aux clubs participant aux compétitions européennes, en fonction notamment des résultats d'une équipe, de son parcours et d’autres facteurs. Pour la Ligue des champions 2019-2020, l'enveloppe totale prévue par l’instance européenne était de 2,04 milliards d’euros. "Sur les dernières années, l’UEFA s’est montrée beaucoup plus généreuse et ces primes représentent un budget important pour les clubs", souligne Luc Arrondel, directeur de recherche au CNRS et spécialiste de l’économie du sport. L’augmentation de cette enveloppe est significative depuis plusieurs saisons : en 2011-2012, l’UEFA distribuait 758,6 millions d’euros, pour une prime de participation pour chaque club qui jouait la phase de groupes de 3,9 millions d’euros.

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Cette saison, chaque club présent lors de la phase de poules devait recevoir 15,25 millions d’euros. Mais avec la baisse attendue de cette enveloppe pour contenter diffuseurs et sponsors, les clubs devront s’asseoir sur des montants élevés. À l’issue de la saison dernière (élimination en huitièmes de finale contre le FC Barcelone), l’Olympique Lyonnais a par exemple reçu près de 70 millions d’euros de primes. Le PSG, également éliminé en huitièmes de finale par Manchester United, a touché de son côté 85 millions. Liverpool, vainqueur de la compétition, a touché 111 millions d’euros et le FC Barcelone a été le club le mieux rémunéré, avec 117,7 millions d’euros. Avec les baisses à venir, difficile d’évaluer les pertes, mais selon Luc Arrondel, "les gros clubs auront un manque à gagner d’au moins 50 millions d’euros sur cette saison de Ligue des champions".

Autre manque à gagner pour les clubs en cette fin de saison de Ligue des champions : la billetterie. "Certains clubs, comme la Juventus ou le FC Barcelone (qui doivent recevoir ce vendredi et ce samedi, ndlr), perdent potentiellement trois revenus de billetterie avec les huitièmes de finale, les quarts et les demis", souligne Luc Arrondel. Des revenus non négligeables pour de nombreux clubs. "Pour le PSG (qui n’a pu profiter de sa billetterie contre Dortmund en huitième de finale retour, ndlr), c’est environ cinq millions d’euros par match, pour le FC Barcelone c’est environ six millions d’euros", poursuit l’économiste du sport. L’Olympique Lyonnais, de son côté, a battu un record de revenus matchday contre la Juventus le 26 février dernier, lors du huitième de finale aller (1-0), avec plus de six millions d’euros générés. En cas de qualification en quarts de finale, l’OL devra se passer de cette source de revenu.

• Lisbonne, grande gagnante

Dans cette période où le secteur touristique est gravement mis à mal par l’épidémie de Covid-19, la ville de Lisbonne semble avoir touché le gros lot, du moins temporairement. Du 12 au 23 août, la capitale du Portugal va accueillir le Final 8, pour les sept dernières rencontres de la Ligue des champions (quarts, demies et finale). Selon une étude de l’Institut portugais d’administration et de marketing (IPAM), ce Final 8 permettra à Lisbonne de générer 50,4 millions d’euros de revenus lors des onze jours de compétition.

L'Estadio da Luz à Lisbonne accueillera la finale de la Ligue des champions 2020
L'Estadio da Luz à Lisbonne accueillera la finale de la Ligue des champions 2020 © MARIO CRUZ/EFE/Newscom/MaxPPP

Selon Daniel Sa, directeur exécutif de l’IPAM, l’organisation de ce Final 8 "est un cadeau pour le pays". Selon l’étude menée par l’institut portugais, 49% des retombées économiques seront captées par la restauration, 13% par l’hébergement et 9% par les voyages. "Les gens sont très excités d’avoir les meilleurs joueurs de la planète au Portugal pendant douze jours", a assuré Daniel Sa. Malgré les huis clos, plus de 15 000 supporters sont attendus dans la capitale portugaise pour ce Final 8.

Et même si la finale de la saison dernière a généré à elle seule 60 millions d’euros, avec notamment plus de 100 000 supporters anglais dans les rues de Madrid pour la finale entre Liverpool et Madrid, le directeur exécutif de l’IPAM a souligné "qu’avoir un événement de ce type capable de générer 50 millions d’euros pour le pays en ce moment (…), c’est important et très positif". Malgré la visibilité pour la ville et le pays, Luc Arrondel souligne de son côté que "l’un des reproches qui sera fait est qu’il n’y aura pas de public. Mais pour Lisbonne, c’est une très belle opportunité". Une aubaine, dans la conjoncture actuelle, que les clubs et l’UEFA doivent envier.