Fin de parcours précoce pour le PSG en Ligue des Champions
Fin de parcours précoce pour le PSG en Ligue des Champions | AFP

Paris Saint-Germain, lumières éteintes

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Ça devient une habitude. Éliminé par le Real Madrid en huitièmes de finale, le Paris Saint-Germain a (encore) manqué son rendez-vous avec la Ligue des Champions. Un nouvel échec qui pose plus que jamais des questions sur l’avenir de ce PSG.

L’enfer, c’est la répétition. Un enfer dans lequel sont plongés depuis plusieurs saisons les supporters parisiens, résignés à devoir de nouveau faire le bilan de leur saison plus tôt que prévu. Car encore une fois, Paris, la ville lumière, retourne dans l’ombre à l’heure du printemps européen. Un nouvel échec qui, s’il n’a pas le scénario cauchemardesque et le gout amer de la "remontada" de l’année dernière face au Barça, interroge sur un PSG qui avait plus que jamais mis les moyens au service de ses ambitions, et dont le retour de bâton pourrait s'avérer sévère pour les joueurs comme pour les dirigeants.

Paris Saint-Germain, lumières éteintes
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Le PSG fait du surplace

27 septembre dernier, Parc des Princes. Le Paris Saint-Germain dévore le Bayern Munich, le géant allemand repartant de la capitale avec un cinglant 3-0 dans les dents, étouffé par un trio Neymar-Mbappé-Cavani aussi prometteur qu’excitant. Une victoire sans appel face à un grand d’Europe, et voilà que le club parisien devient plus vite que prévu l'un des principaux prétendants au Graal européen. Le PSG s’est peut-être vu trop beau trop tôt, la vérité de l’automne n’étant pas celle du printemps. Les parisiens l’ont encore appris à leurs dépens face au Real Madrid, comme si le club de la capitale n’avait toujours pas appris de ses erreurs passées.

Car jamais le PSG n’a semblé en mesure de pouvoir faire douter la machine madrilène, là où lors du match aller face au Barça l'an passé (victoire 4-0), il avait pourtant montré qu’il était capable d’une démonstration de force face à un ténor européen. Hier soir, les supporters parisiens n'ont pu voir qu'une équipe incapable de se transcender dans un rendez-vous crucial, et surtout le constat alarmant d’un PSG qui n’a pas appris de ses échecs et continue de stagner année après année. "C'est très frustrant. C'est dur d'être éliminé de cette compétition car c'était notre objectif principal. Ça montre qu'il faut encore travailler, être plus mature et avoir plus d'expérience, confiait Marquinhos après le match. (…) Je pense qu'on ne peut pas gagner cette compétition tout de suite, tout le monde nous le dit, il faut beaucoup perdre pour apprendre et gagner cette compétition. On va encore travailler parce qu'on a fait beaucoup d'erreurs de concentration." Avec la mauvaise impression d’entendre les même discours à chaque nouvelle désillusion du PSG.

A qui la faute ?

Après l’élimination précoce vient désormais l’heure de trouver les coupables. Les joueurs ne pourront pas échapper à leur part de responsabilités. Ni Neymar (lors du match aller) ni Mbappé n’ont permis d’apporter l’étincelle promise lors de leur arrivée cet été. Pas plus que Daniel Alves, arrivé à Paris avec l’étiquette d’homme des grands matches, et qui a sombré comme les autres hier soir au Parc des Princes. Symbole du projet qatari, Marco Verratti –expulsé bêtement après un deuxième carton jaune pour contestation - a de nouveau montré son plus mauvais visage. A 25 ans, le milieu italien semble, à l’image de son club, ne pas avoir progressé depuis l’arrivée d’Unai Emery.

Le sort de ce dernier a d’ailleurs probablement été scellé avec l’élimination d’hier soir. Arrivé de Séville avec trois Europa League au palmarès et censé faire franchir un palier au club après l’échec du PSG version Blanc sur la scène européenne, Emery a échoué dans sa mission et laissera le club parisien avec deux éliminations en huitième de finale alors qu’il restait sur quatre quarts de finale de rang. Jamais parvenu à imposer sa patte, parfois décrié pour son coaching frileux (à l’image de laisser Di Maria sur le banc lors du match aller à Madrid), le coach basque aura aussi dû jouer avec des tirages défavorables (Barcelone l’an passé et le Real cette année) mais également avec la volonté de ses dirigeants de faire du PSG une machine à gagner à coups de gros sous, parfois au détriment du bon sens.

Paris Saint-Germain, lumières éteintes
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Là est peut-être l’erreur de Nasser Al-Khelaïfi, qui avait promis aux supporters de ramener la Ligue des Champions d’ici cinq ans… en 2011. Sept ans plus tard, et malgré l’arrivée de Neymar et de Mbappé, le PSG n’a jamais semblé aussi loin de son rêve. Pas de quoi faire douter le président parisien. "On est contents de notre investissement, on croit en nos joueurs, notamment ces deux joueurs (Neymar et Mbappé). On veut continuer notre projet, c'est le futur du club", lâchait-il hier soir dans les couloirs du Parc des Princes. Un projet qui pose pourtant des questions. Les arrivées du Brésilien et de l’ancien monégasque pour plus de 400 millions d'euros, alors que le PSG s’avance sans N°9 remplaçant derrière Edinson Cavani, sans doublure derrière le vieillissant Thiago Motta, sans quatrième défenseur central ou encore avec deux arrières gauches probablement pas au niveau d’un club visant le sacre européen, interrogent d’autant plus sur les choix sportifs depuis le départ de Leonardo en 2013 et sur la gestion aussi bien financière qu'humaine d’un Nasser Al-Khelaïfi qui pourrait bien, lui aussi, faire ses valises à l’issue de la saison.

Reste désormais à savoir qui mènera le bateau parisien la saison prochaine, et quelle sera la stratégie adoptée par les dirigeants du club de la capitale. Aligner les zéros pour aller acheter le nouveau talent censé faire franchir le fameux cap au PSG ? Ou construire autour d’un entraîneur, d’idées et d’un projet de jeu, ce que le PSG n’a toujours pas réussi à faire jusque-là comme l’a résumé à la télévision italienne Arrigo Sacchi, vainqueur de deux Ligue des Champions (1989, 1990) sur le banc de l’AC Milan, et relayé par le journaliste Guillaume Maillard-Pacini sur Twitter. "Le Real a affronté un adversaire très faible. Le PSG est un groupe de joueurs, le mot ‘jeu’ peut paraître abstrait, difficile à décrire, mais il a fait toute la différence ce soir. Les idées, ça ne s’achète pas, a lâché Sacchi. Le club passe toujours avant tout. Il manque beaucoup de choses à ce PSG. Je pensais voir une équipe le couteau entre les dents. J'ai juste vu le Real jouer une cigarette à la bouche. (…) En Europe, il faut la mentalité mais aussi le jeu. Le jeu est comme la partition d'une musique et le scénario d'un film de cinéma..." Comme les idées, le jeu ne s’achète pas à coups de millions. Et les dirigeants du PSG feraient bien de s’en rappeler l’été prochain.

Mathieu Aellen