Juventus Turin
Les joueurs de la Juventus Turin | AFP - MARCO BERTORELLO

AS Monaco-Juventus Turin : La Juve, patronne chez elle, élève en Europe

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La Juventus va tenter d’être le premier club italien à se qualifier pour les demi-finales de Ligue des Champions depuis 2010 et l’Inter Milan. Largement dominatrice en championnat, la Juve a du mal dès qu’elle voyage en Europe. La Juve est-elle trop forte pour la Série, mais pas assez pour l’Europe ? Si l’on compare avec les autres championnats, on remarque que les cas différent largement.

La Liga : Barca et Real, les valeurs sûres

Le mano a mano qui dure depuis des décennies en Espagne entre le Real et le Barca n’empêche pas les deux clubs de jouer les premiers rôles en Ligue des Champions. Depuis 2000 et le sacre du Real de Raul au Stade de France contre Valence, les deux géants espagnols ont remporté six Ligue des champions (2000, 2002 et 2014 pour le Real, 2006, 2009 et 2011 pour le Barca). Avant son élimination en quarts de finale l’an dernier contre l’Atletico, FC Barcelone restait sur six demi-finales de suite. Le Real, lui, en a enchaîné quatre de rang depuis 2011. L’Atletico Madrid a réussi à briser l’hégémonie des deux géants l’an dernier en étant sacré champion. Les Colchoneros ont même été les malheureux finalistes face à leur ennemi madrilène. Cette Liga, souvent critiquée pour être à deux vitesses, n’en demeurent pas moins extrêmement compétitive puisque depuis l’instauration de la Ligue Europa en 2010, les clubs espagnols ont soulevé trois fois le trophée (Atletico Madrid en 2010 et 2012, Séville en 2014). Autre chiffre parlant, c’est la Liga qui a envoyé le plus de pensionnaires en quarts de finale de C1 lors de la période 2010-2015 (13).

La Premier League : paradoxal Chelsea

Le paradoxe du championnat anglais dans toute sa splendeur. Auto-proclamée meilleur championnat du monde, la Premier League et son milliard d'euros de droits TV n’a placé aucun de ses clubs majeurs en quart de finale de Ligue des Champions. Chelsea, solide leader avec 10 points d’avance et quasiment champion après sa victoire contre Manchester United, s’est fait sortir en 8e de finale par le PSG, tout comme Manchester City (Barcelone) et Arsenal (Monaco). Les raisons d’un tel déclin ? Un championnat trop exigeant qui oblige tous les week-end à batailler contre Everton, Newcastle ou Southampton, des clubs de seconde zone mais compétitifs et construits à coups de millions d’euros. Une homogénéité qui ponctionne l’énergie des clubs anglais qui n’ont plus les forces nécessaires pour rivaliser avec ses adversaires en Europe. L’autre explication, qui prend totalement le contre-pied, serait de dire que gavée comme une oie sur le plan national, les clubs anglais ne seraient finalement pas si forts que ça et que la Premier League aurait perdu du terrain par rapport à la Liga ou la Bundesliga.

La Bundesliga : Bayern, puissant partout

On peut largement dominer son championnat et être aussi très compétitif sur la scène européenne. Le Bayern Munich peut en témoigner. Il y a deux ans avec Jupp Heynckes à sa tête, le Bayern avait été sacré champion d’Allemagne avec 26 points d’avance et avait remporté la Ligue des Champions contre le Borussia Dortmund. Cette année, les Bavarois dominent encore et pourraient être sacrés dès la prochaine journée – ils possèdent 12 points d’avance à 5 journée de la fin du championnat –. Demi-finaliste l’an dernier, sorti par le Real Madrid, les Munichois sont toujours en lice pour le dernier carré malgré leur défaite à Porto (3-1). L’équipe de Pep Guardiola est la preuve qu’un club peut largement dominer son championnat et être performante en Europe puisqu’en phase de poule, elle était sorti première du "groupe de la mort" devant Manchester City et la Roma. Lors d’un voyage à Rome, elle en avait même collé 7 lors du mémorable succès 7-1.

La Série A : la Juventus, brillant en Italie, moyen en Europe

La grandeur de la dernière décennie du 20e siècle est désormais passée, la Série A n’est plus ce championnat qui régnait sur l’Europe et attirait toutes les stars du ballon rond (Ronaldo, Zidane, Shevchenko, Vieri, Bastistuta…). Si Messi et Cristiano Ronaldo avaient évolué à cette époque, ils auraient peut-être joué à la Juventus, au Milan AC où à la Lazio. Aujourd’hui, la Série n’est plus sur le podium des meilleurs championnats d’Europe. La Juventus la domine de la tête et des épaules depuis trois ans et file à toute allure, avec 15 points d’avance sur la Lazio, qu’elle a battue ce week-end (2-0), vers un quatrième titre de rang. Or, sur la scène européenne, elle n’a pas fait mieux qu’un quart de finale lors de ses cinq dernières participations à la C1. Il faut remonter à 2003 pour voir la tunique blanche et noire en finale et à 1996 pour le dernier titre – avec Didier Deschamps sur le terrain. S’il élimine Monaco, le club piémontais pourrait mettre fin à une disette de cinq ans, la dernière présence d’un club italien (Inter Milan) dans le dernier carré remontant à 2010.

La Ligue 1 : le PSG, l'apprenti ambitieux

Le PSG ne domine pas outrageusement la Ligue 1 cette année, mais on sent que l’hégémonie parisienne – si Lyon ne vient pas la stopper cette année – peut s’installer. Au point de créer une dynastie comme celle de l’OL dans les années 2000 ? Peut-être. Pour l’instant, le PSG grandit. Deux titres de champion, deux quarts de finale de Coupe de Ligue des champions, un bilan honorable pour un club qui veut devenir un très grand du continent. Maître chez lui, avant de l’être sur le continent, le club parisien suit la trajectoire de cette Juventus qui affronte Monaco. Mais contrairement à la "Vieille Dame", cette Ligue 1 n’apparaît pas trop petite pour ce PSG. Lyon est au contact et Monaco prouve par son parcours européen que ce n’est pas le PSG devant et les autres derrière. Par son éveil sur la scène européenne depuis trois saisons, le PSG profite au football français qui , entre 2010 et 2015, a glissé sept clubs en quarts de C1, soit le quatrième total derrière l’Espagne (13), l’Allemagne (8) et l’Angleterre (8), mais devant l’Italie (4).

Benoit Jourdain @BenJourd1