Monaco-Benfica : Jesus-Jardim, Portugal d'hier et d'aujourd'hui

Monaco-Benfica : Jesus-Jardim, Portugal d'hier et d'aujourd'hui

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Entraîneurs de Benfica et Monaco, adversaires ce soir au stade Louis II en Ligue des champions (20H45), Jorge Jesus et Leonardo Jardim illustrent le changement de statut des techniciens portugais hors de leurs frontières. Quand le premier a passé toute sa carrière au pays malgré des qualités reconnues, le second a eu droit aux sirènes de l'étranger dès la quarantaine.

Villas-Boas, Sousa, Mourinho, Silva, Jardim et Jesus. Ils sont six coaches à porter haut les couleurs du Portugal en Ligue des champions cette saison. Un chiffre record déjà atteint l'année passée. En Europe, la côte de l'entraîneur lusitanien est au plus haut. Outre les bancs des trois clubs portugais, trois autres formations engagées dans la Coupe aux grandes oreilles sont tenues par des hommes du pays de Magellan. Et pas n'importe lesquelles. Chelsea, champion d'Europe 2012, a rappelé José Mourinho à ses côtés. Le Zénith Saint-Petersbourg, 8e de finaliste de la dernière C1, s'est attaché les services de André Villas-Boas. L'ambitieux Monaco et son richissime propriétaire russe ont eux jeté leur dévolu sur Leonardo Jardim.

Mourinho, "le Magellan du foot portugais"​

Comme lui, la nouvelle génération d'entraîneurs portugais s'est affranchie des frontières qui la retenait dans la péninsule ibérique pour aller visiter le Vieux Continent. Un contraste saisissant avec son adversaire du jour Jorge Jesus, membre d'une vieille école lusitanienne ignorée par le reste du continent. La raison de ce changement tient en deux mots : Special One. Vainqueur de la Ligue des champions avec Porto en 2004, un authentique exploit, José Mourinho a ouvert la porte de l'étranger à ses compatriotes. "Mourinho c’est le Magellan du foot portugais. Il a ouvert la mode des entraîneurs portugais. Ils sont parmi ceux qui s’exportent le plus aujourd’hui, s'extasie Thibaud Leplat, auteur d'une biographie du Mou. Il a ouvert les vannes, et tout le monde lui est reconnaissant. Il a vendu l’image du technicien portugais à la pointe".

Avant lui, Artur Jorge avait déjà tenté sa chance loin de ses terres après avoir offert aux "Dragoes" une C1, en 1987. Mais il n'avait eu droit qu'aux manettes du RC Paris dans un premier temps. Avant de se voir proposer celles du PSG, il a dû repartir faire ses preuves à Porto. A l'heure où il mène le club du Rocher, Jardim ne présente qu'un titre de champion de D2 portugaise et une deuxième place avec le Sporting Portugal dans l'élite à son palmarès... "Tous veulent apprendre avec nous. Plusieurs clubs étrangers ont déjà recruté des Portugais, y compris pour leurs cellules de recrutement", se vantait Jorge Jesus la saison passée. Le vieillissant coach du Benfica, 60 ans, a oublié de préciser que ses compatriotes devaient être jeunes pour attirer l'oeil.

Jardim en concurrence avec... Jesus l'été dernier​

Tout juste quarantenaire lorsqu'il a mené Porto à son sacre européen, Mourinho a lancé un mouvement d'envergure. Une sorte de jeunisme à la sauce lusitanienne. Son apprentissage linéaire du métier dans des rôles d'adjoints nourrit le mythe d'une success story que d'autres essaient de copier. Avant de mener Braga et le Sporting au podium de Liga Sagres, Jardim avait ferraillé dans les divisions inférieures. Fort de cette expérience et âgé de 40 ans, il est candidat au fauteuil de Special Three dans le sillage de Mourinho et Villas-Boas, ses prédécesseurs.

L'été dernier, Jorge Jesus a fait l'amère expérience de cette logique implacable. Sacré meilleur entraîneur du championnat portugais en 2010, auteur d'un triplé inédit Coupe nationale-Coupe de la Ligue-Championnat à la tête du Benfica et cité parmi les meilleurs entraîneurs européens, le natif d'Amadora, dans la banlieue de Lisbonne, a vu Jardim lui passer devant pour poser ses valises à... Monaco. En leur temps, ses prestigieux aînés Jaime Pacheco  et José Maria Pedroto avaient connu pareille ignorance malgré des résultats probants. Membre du Top 15 des entraîneurs les mieux payés du monde avec 4 millions d'euros de revenus annuels, Jorge Jesus a déjà gagné beaucoup. Reste à prouver que l'ancienne école portugaise n'est pas reconnue à sa juste valeur. Quoi de mieux qu'un affrontement avec l'une des têtes de pont de la nouvelle pour y parvenir?

Jerome Carrere