Lionel Messi
Lionel Messi, l'attaquant du FC Barcelone | AFP - QUIQUE GARCIA

Messi a montré la voie au Barca

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La remontée fantastique a donc bel et bien eu lieu. Mardi soir, le FC Barcelone a réalisé un authentique exploit en se qualifiant pour les quarts de finale de la Ligue des Champions. Battus 2-0 à l'aller par l'AC Milan, les Catalans ont terrassé les Lombards au Camp Nou 4-0. Ils ont retrouvé leur Messi, critiqué pour ses récentes prestations, dans son rôle préféré, celui de dynamiteur. Attention toutefois aux errements défensifs qui pourraient coûter cher lors des tours suivants.

Xavi l'avait appelé de ses vœux avant le match. "Cette génération n’a jamais réalisé un retournement historique. C’est le moment". Cette fameuse "remontada", cette montagne sur laquelle les Barcelonais s'étaient cassés les dents déjà deux fois. En demi-finale 2010 contre l'Inter Milan de Mourinho (1-3 à l'aller, 1-0 au retour) et le Chelsea de Di Matteo (0-1 à l'aller, 2-2 au retour). Des cruelles défaites contre le futur vainqueur et autant de cauchemars qui hantaient les nuits des socios. Les spectateurs les avaient sûrement encore dans un coin de la tête au moment de remplir les 90000 sièges du Camp Nou. Cette fois, pas de tiffo indiquant le score idéal, mais un message, en catalan évidemment, "som un equip!". "Nous sommes une équipe", un rappel à tous ceux qui avaient enterré les Catalans.

Une réponse aux critiques nées après les prestations ratées lors des grands rendez-vous des dernières semaines : l'aller à Milan et la double-confrontation face au Real Madrid. Sans inspiration, sans jambe, les hommes de Tito Vilanova, toujours en soin, avait sombré par trois fois. Eliminé de la Coupe du Roi et au bord du précipice dès les huitièmes de finale en Ligue des Champions, cette génération dorée était à l'aune d'un défi jamais réalisé par une équipe dans l'histoire de la C1 nouvelle version : se qualifier après avoir encaissé deux buts à l'aller, sans en marquer un seul. Un exploit dont les joueurs se sentaient capables. Malgré le déficit, malgré les doutes cristallisés autour d'un homme, le même qui les a brisés en morceaux mardi soir, Lionel Messi.

Xavi le guide, Messi le génie

Outre l'Argentin, un joueur aussi était attendu par tout un peuple. Xavi, ce catalan pur souche. Il avait failli partir au Milan alors que sa carrière n'en était qu'à ses balbutiements au Barca. Finalement resté, pour le succès que l'on sait, il a joué le rôle de rassembleur au moment où le bateau blaugrana commençait à tanguer sérieusement. En réunissant tous les joueurs pour un repas, mais aussi en revenant au moment où le jeu du Barça avait clairement besoin de son guide. Oubliée la déchirure à la cuisse. Le feu vert reçu des médecins le matin de la rencontre venait avaliser ce que tout le monde savait : Xavi serait titulaire au milieu du terrain pour tenir le ballon et dicter le tempo. Un savoir, un art qu'il maîtrise depuis 15 ans. C'est lui qui a lancé parfaitement Villa pour le troisième but, celui qui qualifiait virtuellement son équipe. C'est lui aussi qui plus tôt avait initié le une-deux avec Messi qui allait amener le premier but de l'Argentin. Cette ouverture du score, très rapide (5e minute) qui allait tout déclencher. Elle sonnait aussi le réveil d'un Lionel Messi, endormi ces dernières semaines. Enfin moins tranchant. S'il a continué à faire trembler les filets de Liga, il n'a pas pesé autant dans les matches à enjeu, là où il avait l'habitude de se sublimer.

La rage évacuée au moment de fêter son premier but était à la hauteur de la frustration accumulée. Enfin. Enfin, il était décisif, enfin il marquait dans le jeu face à une équipe milanaise (il avait déjà marqué 3 fois contre Milan la saison dernière, mais sur penalty). Son enchaînement contrôle-plat du pied exécuté à une vitesse folle devant une charnière Zapata-Mexès spectatrice, allait être suivie d'un but qui rappelait sa réalisation en finale de ligue des Champions en 2011 contre United. Une frappe du coup du pied, pas millimétrée, mais suffisamment puissante pour tromper Abbiatti. Ses 6e et 7e buts de la compétition. Avec 58 buts en C1, il est désormais seul deuxième meilleur buteur de l'histoire de la compétition derrière Raul (71) mais devant Van Nistelrooy (56). Plus discret en seconde mi-temps, il a continué toutefois à faire souffrir les Milanais sur chaque prise de balle et a laissé la lumière à Villa. L'entente avec "el Guaje" n'est pas au beau fixe selon les médias espagnols, mais la joie partagée au moment du 3e but inscrit par l'attaquant semblait dire le contraire. Le quadruple ballon d'or a enfin participé au dernier feu d'artifice de la rencontre. C'est lui qui a lancé Alexis Sanchez, passeur décisif pour Alba, auteur du quatrième but. Celui du triomphe total.

La défense concentre les doutes

Autour de sa "Sainte Trinité", Messi-Xavi-Iniesta, bien aidé par un Busquets étincelant, le FC Barcelone a retrouvé son jeu au moment où il en avait le plus besoin. Rarement cette saison, on avait vu des Barcelonais aussi saignants au pressing. Étouffés de la première relance, les Milanais n'ont pas souvent vu le visage de Victor Valdes, le gardien catalan. Pourtant, il y avait la place pour inscrire ce petit but qui aurait pu tout changer. Car si l'attaque espagnole a brillé de milles feux, la défense elle n'a guère rassuré. Entre un Piqué parfois emprunté et un Mascherano au jeu long précieux, mais auteur d'une grosse erreur, la charnière a encore souffert. Mais ni El-Shaarawy, ni Boateng, ni Niang n'ont réitéré leur prestation du match aller. Le Français de 18 ans, titulaire, a eu une balle de match au bout de son pied droit à la 38e minute en profitant d'un mauvais jugement de Mascherna, mais sa frappe a heurté le montant. La minute d'après, Messi inscrivait son deuxième but. La confirmation que le football va très vite. Dans les deux sens.

Il y a trois semaines, on ne donnait pas cher de la peau des Barcelonais après leur revers 2-0 à Milan. Les critiques pleuvaient suite au fiasco de San Siro. Ce mercredi matin, la presse espagnole s'enflamme et rêve d'une cinquième "coupe aux grandes oreilles". Ca serait la quatrième en sept ans pour cette génération. Mais le Bayern, la Juventus, le Real Madrid ne sont pas Milan. Malgré l'euphorie qui régnait après le match, Jordi Roura, coach intérimaire, a tenu à rappeler une évidence : "pour la suite, je tiens à souligner que cette remontée ne fait pas pour autant de nous des favoris. Nous n'étions pas aussi mauvais qu'on le disait avant ce match et nous ne sommes pas plus favoris après ce match". Non, le FC Barcelone est seulement en quarts de finale, pour la sixième fois d'affilée.