Lucas sous son maillot de Tottenham
Le Brésilien Lucas, avec sa nouvelle équipe de Tottenham | AFP - Kieran Galvin / NurPhoto

Lucas à coeur ouvert: son départ du PSG, son nouveau club de Tottenham, la Coupe du monde, il dit tout

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Un peu avant le match retour du PSG contre le Real Madrid, l'ancien Parisien Lucas Moura nous a accordé une interview exclusive. Désormais à Tottenham, qui affronte ce soir en 8e de finale de Ligue des Champions la Juventus Turin à Wembley après le nul (2-2) à l'aller, le Brésilien de 25 ans s'est longuement confié. Les six derniers mois sans pratiquement jouer à Paris, son départ, sa nouvelle vie à Tottenham, ses ambitions en club et son rêve de disputer la Coupe du monde avec le Brésil... Les propos de l'ancien de Sao Paulo peuvent donner un autre éclairage sur le PSG après son élimination par le Real.

- Il y a un an, vous étiez sur le terrain du Camp Nou à Barcelone avec le PSG. Ce soir, vous serez à Wembley avec l'équipe de Tottenham pour affronter la Juventus. Imaginiez-vous un tel parcours ?
Lucas Moura:
"C'est difficile d'imaginer son destin, son futur. J'ai vécu de grands moments avec le PSG. Ca a été cinq années merveilleuses au club. Aujourd'hui, je suis dans une autre grande équipe, un grand club d'Angleterre, et je vais affronter un autre grand club, la Juventus. Je suis très content d'être là, avec cette nouvelle opportunité et ce nouveau défi pour écrire mon histoire ici."

- La Premier League vous faisait-elle rêver ?
L.M.:
"Jouer pour Tottenham est une grande satisfaction, un grand honneur. J'ai beaucoup écouté les personnes qui me disaient que mon style de jeu pouvait correspondre au championnat anglais. J'ai toujours beaucoup admiré le foot anglais. Quand je suis arrivé au club, j'ai été extrêmement bien reçu. L'infrastructure du club est fantastique, et cela donne encore plus de motivation. J'évolue dans le championnat le plus compétitif du monde, avec de grands adversaires. Et on joue la Ligue des Champions. C'est un énorme cadeau que Dieu m'a fait."

Cinq années merveilleuses à Paris

- Avez-vous compris pourquoi vous êtes passé du statut de 2e meilleur buteur et 2e meilleur passeur du PSG à celui de joueur pas toujours appelé dans le groupe ?
L.M.:
"C'est difficile de répondre. Je n'ai pas compris. Jusqu'à aujourd'hui je ne comprends pas. J'ai fait ma meilleure saison l'année d'avant, 2e meilleur buteur, beaucoup de passes décisives, joueur le plus employé, et d'un coup, la saison a commencé sans que je joue. J'étais à la maison. J'allais à l'entraînement, et lors des matches j'étais chez moi. Je n'étais même pas dans le groupe. Malheureusement, ce sont des choses qui arrivent dans le football. Je crois beaucoup en Dieu, et je crois qu'Il a un projet pour tout. Il m'a donné le plus beau cadeau avec mon fils. A chaque fois que je m'entraînais, que je n'étais pas convoqué pour le match et que je rentrais à la maison, je prenais mon fils dans les bras et j'oubliais tous les problèmes. Cela m'a donné beaucoup de force pour continuer à travailler, donner le meilleur à l'entraînement. Je savais qu'Il me donnerait une nouvelle opportunité à Paris ou dans un autre club. C'est ce qui est arrivé avec Tottenham. Ca m'a servi comme expérience, ça a renforcé ma maturité."

"Les six mois les plus difficiles de ma carrière"

- Pouviez-vous rester encore six mois dans ces conditions au PSG ?
L.M.:
"Bien sûr que non. Je ne pouvais pas rester six mois, en ayant déjà passé ça. Je me sentais très mal. Après la saison précédente, je pensais qu'avec mon travail, mes efforts à l'entraînement, j'aurais la possibilité d'avoir une chance de jouer, de montrer. Cela n'est pas arrivé. C'était impossible de rester. Un joueur doit jouer. Il a besoin d'être sur le terrain, de se sentir important. Je me suis bien entraîné, j'ai beaucoup travaillé, mais je ne jouais pas. Ca a été les six mois les plus difficiles de ma carrière.

Il fallait que je me lance dans un nouveau défi. La Coupe du monde approchait et je devais tenter de montrer mes capacités pour faire partie de la Seleçao pour le Mondial. Pour cela, je devais jouer. Et à Paris, j'ai vu que ce ne serait pas possible. Je n'avais aucune chance, je n'avais plus ma place, même si je ne savais pas pourquoi."

- Qu'est-ce qui a été le plus dur lors du départ : quitter le club, des amis dans l'équipe, une ville que vous aimiez ?
L.M.:
"Tout a été très difficile. Quitter un endroit que j'aimais beaucoup, dans lequel je m'étais bien adapté, un club que j'aimais avec des supporters qui me soutenaient, c'était difficile de les laisser. Mais le plus difficile, ça a été de laisser des amis que je m'étais fait. J'ai eu des super relations avec tout le monde au club : les salariés, les joueurs. J'ai eu des affinités avec tout le monde. Bien évidemment, j'avais plus de proximité avec les autres Brésiliens. On était toujours chez les uns ou chez les autres. C'est ça le plus dur : laisser des amis qu'on aime derrière soi.

"On m'a traité comme une personne sans importance"

Et par dessus tout, le plus frustrant est de partir en sachant que je pouvais aider l'équipe, mais je n'en faisais plus partie sans savoir pourquoi... Durant les cinq années passées, j'ai construit une jolie histoire avec le PSG. Mais partir de cette manière a été très dur à vivre. On m'a traité comme une personne sans importance, qui n'avait rien fait pour le club. Mais je n'ai de rancoeur envers quiconque. Je veux juste remercier Dieu, Leonardo et le président (Nasser Al-Khelaifi, Ndlr) qui m'ont fait confiance et sont venus me chercher et me recruter à Sao Paulo. J'ai beaucoup appris, j'ai été très heureux. Je ne veux pas laisser ces 6 mois effacer tout le reste. Ma sortie aurait pu être différente."

- Vous êtes arrivé à Paris jeune homme avec votre maman, et vous en êtes reparti marié et père. Est-ce passé très vite ?
L.M.:
"Tout est passé très vite. J'ai beaucoup grandi, j'ai appris beaucoup. Je suis arrivé avec ma mère, et j'en suis parti avec ma femme et un enfant merveilleux. J'en suis parti plus mâture, plus préparé pour la vie. Je veux toujours regarder le côté positif. J'ai vécu une expérience fantastique à Paris, j'ai connu des gens extraordinaires que je vais garder pour le reste de ma vie. En tant qu'être humain, j'ai beaucoup évolué. Ma vie spirituelle est toute autre aujourd'hui. Je garderai toujours dans mon cœur tout ce que j'ai vécu à Paris."

Lucas et Marquinhos, les deux "frères"

Lucas avec son ami Marquinhos, vainqueur de la Coupe de la Ligue
Lucas avec son ami Marquinhos, vainqueur de la Coupe de la Ligue © AFP - MARTIN BUREAU

Tottenham: "un cadeau du ciel"

- Qu'est-ce qui vous a séduit dans le discours des dirigeants de Tottenham ?
L.M.:
"Pour dire la vérité, ils n'ont pas eu beaucoup de choses à me dire pour me convaincre. Quand je suis arrivé, que j'ai vu les infrastructures, le camp d'entraînement, l'organisation, et les joueurs, tout m'a séduit. J'ai parlé avec le président, l'entraîneur, ils m'ont parlé du projet, de l'équipe, de mon importance. Tottenham a été un cadeau du Ciel. Je ne pouvais pas le laisser passer."

- Cela fait un mois que vous êtes en Angleterre. Qu'est-ce qui vous a le plus marqué depuis votre arrivée ?
L.M.:
"Tout m'a surpris à Tottenham : l'union de l'équipe, tout est très organisé, les infrastructures... L'équipe est très unie : avant d'aller s'entraîner, on se réunit et on sort tous ensemble. Pareil pour aller à la musculation. Tout ce qui concerne l'alimentation est également très bien structurée. Et le centre d'entraînement est extraordinaire, très grand. Je n'avais jamais vu ça avant."

"Mauricio Pochettino transmet beaucoup de confiance"

- Qu'est-ce que Mauricio Pochettino attend de vous ? Et comment est-il comme entraîneur ?
L.M.:
"(rires) J'espère qu'il attend de moi que je montre mon talent, ma joie de jouer. C'est un admirateur du beau jeu. Il veut que les joueurs prennent du plaisir, montrent leur talent avec joie que ce soit à l'entraînement ou en match. Mauricio Pochettino est quelqu'un d'extraordinaire. Le premier contact que j'ai eu a été fantastique. Il m'a donné beaucoup de confiance. Il met ses joueurs à l'aise, il transmet beaucoup de confiance, et écoute beaucoup l'avis des joueurs.  C'est quelqu'un de très ouvert, de très transparent."

- Vous êtes arrivé dans un club qui tourne très bien. Est-ce plus difficile de se faire une place ?
L.M.:
"Bien sûr que c'est plus difficile quand l'équipe joue bien, qu'elle gagne (Ndlr: les Spurs son invaincus en 2018), de conquérir une place de titulaire. Mais je suis heureux d'être là. Même si je suis remplaçant, je me sens important et je rentre en jeu. Je travaille très dur toute la semaine pour être prêt lorsqu'on me demande de jouer. J'ai confiance en moi. Je sais que je suis capable, sinon je ne serais pas là. Et je sais qu'ils ont confiance en moi. Mais le plus important, c'est que je sois heureux, que l'équipe est très forte, qu'il y a une forte concurrence, saine, honnête, avec une bonne ambiance dans le groupe."

- A Turin, l'équipe a remonté deux buts de retard à l'aller. A (2-2), avant le retour à Wembley, pensez-vous que votre équipe est favorite pour se qualifier ?
L.M.:
"Je crois qu'il n'y a pas de favori pour ce match. Le match aller a été très dur. La Juventus est très bien organisée, très forte défensivement. On a réussi à marquer deux buts chez eux. C'est un très bon résultat. Il va falloir être très concentré, profiter du fait de jouer chez nous avec le soutien de nos supporters, et qu'on mette du rythme. On a tout pour se qualifier, mais ce ne sera pas facile. On respecte énormément la Juventus. Il faudra réaliser un match très solide pour se qualifier."

"Tottenham peut être la grande surprise de la Ligue des Champions"

- Pensez-vous votre équipe capable de gagner la Ligue des Champions cette année ?
L.M.:
"Je le crois. Pourquoi pas ? Au foot, personne ne sait ce qui peut arriver. Nous ne sommes pas favoris mais nous pouvons être la grande surprise. L'équipe a beaucoup de qualité, elle est très bien organisée. On l'a montré lors du premier match contre la Juve, mais aussi lors de la phase de groupe contre le Borussia ou le Real Madrid (victoires 3-1 à domicile). L'équipe a les moyens de rêver de cette Ligue des Champions."

- La Coupe du monde est dans trois mois. Est-ce un objectif dans un coin de votre tête ?
L.M.:
"Bien évidemment, c'est un grand objectif, un grand rêve. Je vais toujours y croire, me battre énormément pour réaliser ce rêve. Ce sera difficile car je n'ai pas été convoqué (Ndlr: il compte 34 sélections mais n'a plus été appelé depuis 2016) et qu'au Brésil, il y a beaucoup d'options. Je dois y croire, me préparer, donner le meilleur, profiter des opportunités ici à Tottenham."

Thierry Tazé-Bernard @thierrytaze