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Ligue des champions : Jürgen Klopp, le perdant magnifique enfin récompensé

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"Je ne me vois pas comme un loser", avait-il clamé la veille de la finale de la Ligue des champions, persuadé que sa prophétie allait triompher de sa malédiction européenne. A son arrivée à Liverpool en 2015, Jürgen Klopp s'était donné quatre ans pour décrocher un trophée... Promesse tenue !

"Voici comment je comprends ce qu'est la chance : si vous travaillez pour gagner un titre, vous l'obtiendrez un jour ou l'autre". A force de persévérance face à l'infortune et de constance remarquable au plus haut-niveau, Jürgen Klopp a mené Liverpool, vainqueur 2-0 de Tottenham samedi à Madrid, au sommet du foot européen. L'entraîneur allemand ne sera donc jamais un Poulidor ou un Hector Cuper, le malheureux coach argentin qui ne s'est jamais remis de ses deux finales consécutives perdues avec Valence en 2000 et 2001. Mais une légende des Reds au même titre que les mythiques Bob Paisley et Bill Shankly.

Malgré son jeu audacieux et un management hors du commun, le destin sportif du charismatique blond aux lunettes translucides, marqué par trois finales européennes perdues, aurait toutefois pu s'écrire autrement. "Je suis donc probablement le détenteur du record du monde de demi-finales gagnées, ces sept dernières saisons ! Si je devais écrire un livre à ce sujet, personne ne le lirait", avait-t-il admis, avec l'humour qu'il le caractérise, à la veille du couronnement de sa carrière.
 

Fatalité

Car depuis sa première épopée inachevée dans la plus prestigieuse des compétitions continentales avec le Borussia Dortmund en 2013, l'ancien joueur de deuxième division allemande a été véritablement maudit. Défait avec Liverpool en finale de Ligue Europa, la "petite" coupe d'Europe, par Séville en 2016, il a échoué l'an dernier face au Real Madrid de Zinédine Zidane à remporter la sixième C1 de l'histoire du club anglais. Pis, le championnat d'Angleterre, qui échappe à Liverpool depuis 1990, lui est passé sous le nez cette année malgré un bilan comptable historique (97 points contre 98 pour Manchester City). Jamais dans les annales de la Premier League, un deuxième n'avait réalisé une telle performance !

Sa troisième finale de Ligue des champions, la deuxième d'affilée avec Liverpool, a finalement été la bonne. Une juste récompense pour l'ancien coach de Mayence (2001-2008), considéré aux yeux des observateurs et de ses homologues européens, comme le meilleur entraîneur du moment. "Si j'étais joueur, j'aimerais être entraîné par ce type, qui renvoie une image de coach très proche de ses joueurs, très exigeant, très dur mais qui vous donne envie de vous surpasser", avait estimé Christophe Galtier, sacré meilleur entraîneur du Championnat de France cette saison, lundi. Jamais avare d'un bon mot devant les médias, ce fan de heavy metal a surtout réussi l'exploit de se faire adopter par la très exigeante ville des Beatles, aussi bien grâce à son style de jeu tout feu tout flamme, que par sa personnalité humble, bouillonnante, et authentique.
 

"Normal One"

Celui qui s'était qualifié de "Normal One" lors de son arrivée sur le banc de Liverpool n'a, en effet, cessé de cultiver sa proximité avec les fans des Reds. Au point d'aller boire une bière avec ses voisins dans le pub de son quartier, ou promener tranquillement ses chiens sur les bords de la Mersey. Le point culminant de sa relation fusionnelle avec les "Scousers" reste sans aucun doute son chef d'oeuvre en demi-finale retour il y a trois semaines : la désormais fameuse "redmontada" contre le FC Barcelone sur la pelouse d'Anfield.

Battue 3-0 par Lionel Messi et consorts à l'aller, son équipe a réussi l'impossible en l'emportant 4-0 à domicile au terme de plusieurs coachings gagnants et discours inspirants. Qui plus est sans ses stars Mohamed Salah ni Roberto Firmino ! Ivre de joie à la fin du match, il a immortalisé cette soirée unique en chantant en compagnie de ses joueurs le célèbre hymne "You'll never walk alone" devant le kop des Reds. Une scène passée à la postérité. "Ce n'est pas grâce à la tactique, pas grâce à la philosophie de jeu" que l'exploit a pu être réalisé, avait salué José Mourinho, l'ancien "Special One" désormais consultant pour beIN Sports. "C'est une question de coeur, d'âme, et de l'empathie fantastique qu'il a créée avec ce groupe de joueurs."

"Si j'avais su que c'était comme ça ici, j'aurais sans doute accepté un plus petit contrat !", s'était enthousiasmé Jürgen Klopp. Avec une telle communion, et des fans "Reds" dingues de lui, la belle histoire d'amour n'est pas prête de s'arrêter...
 

AFP

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