Andres Iniesta
Andres Iniesta, le milieu de terrain barcelonais | AFP - CHRISTOF STACHE

Le Barca, les raisons d'une déroute

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Mercredi matin, la Catalogne se réveille avec les joues et le derrière tout rouge. La fessée, la gifle reçue à l'Allianz Arena a renvoyé le FC Barcelone à ses propres limites. Sans conséquence malgré de grosses frayeurs en huitième face au Milan AC ou en quarts de finale contre le PSG, elles ont été bien trop criantes face à l'ogre bavarois qui a pris sa revanche par rapport au quart de finale 2009 où il avait sombré au Camp Nou.

Quatre buts dans la musette. Pour retrouver les traces d'une telle défaite dans l'histoire récente du Barca, il faut aller chercher dans une époque où Guardiola n'était pas encore sur le banc, mais Messi lui était déjà sur le terrain. C'était en 2007 face à Getafe en demi-finale retour de Coupe du Roi. Sur la scène européenne, il faut carrément remonter au siècle dernier, le 5 novembre 1997, où un soir de phase de poules, le Dynamo Kiev avait étrillé un Barca impuissant sur sa pelouse (0-4). Andreï Chevtchenko avait inscrit un triplé. Mardi soir, le bourreau s'appelait Thomas Muller et les maux barcelonais étaient bien trop nombreux pour pouvoir rivaliser.

Le pressing

Pendant quatre ans, le pressing dès la perte du ballon avait été la grande force du Barcelone de Guardiola. Hier soir, sur la pelouse de l'Allianz Arena on a revu les grandes courses de Pedro, d'Iniesta, de Xavi, même de Messi en début de match. Elles sont restées vaines. Elles avaient été efficaces face à une faible défense milanaise, mais là devant la qualité technique des défenseurs allemands, le ballon a toujours pu ressortir. Egalement grâce à Schweinsteiger, à Javi Martinez, à Ribéry, les Munichois ont pu casser le pressing barcelonais. Relanceurs hors pair donc, mais aussi premiers défenseurs. "Schweini" et "Javi Martinez" n'ont pas lâché d'une semelle Iniesta, Xavi, Messi.

Une image : sur une touche anodine côté gauche au milieu de terrain, Alba a mis de longues secondes à trouver un partenaire démarqué avant de "balancer" un long ballon vers Alexis Sanchez. Perdu. Et dès qu'un joueur du trio le touchait, il sentait sur sa nuque le souffle d'un Munichois. Un, voire, deux, trois ou même quatre quand c'est l'Argentin qui décrochait de son poste d'attaquant pour toucher le ballon. Devant sa télé, Guardiola, futur coach bavarois, en tant qu'architecte de ce pressing sur la perte a du apprécier.

Une domination stérile

Premier pilier du jeu barcelonais, la possession de balle a une nouvelle fois été à l'avantage des Catalans. 66%. Un peu en dessous des canons habituels mais surtout totalement inefficace. Face au mur bavarois, ils n'ont jamais su trouver les intervalles nécessaires à la mise en place de leur jeu rapide à une touche de balle. Pris dans le pressing, ils ont souvent du les multiplier pour s'en sortir. Xavi a rarement plongé dans le dos des défenseurs et Iniesta, pas le pire barcelonais, au contraire, a eu rarement l'occasion de trouver les relais qu'il affectionne tant à l'entrée de la surface. Les cerveaux du Barca ont souvent été sur la même ligne, gêné par la densité bavaroise au milieu de terrain les obligeant à jouer trop latéralement. Le salut aurait pu venir des côtés, mais ni Pedro pourtant en jambes au vue de ses innombrables retours en sprint, ni Alexis Sanchez n'ont su créer de différences.

Si Daniel Alves a continué d'avaler son couloir, malgré un Ribéry omniprésent en défense, Alba lui a beaucoup moins emprunté le sien. Et quand enfin il le prit, Robben s'est rappelé que le football était un sport collectif où il fallait faire preuve de solidarité. Un chiffre vient illustrer cette stérilité flagrante : 4, comme le nombre de tirs du Barca durant la rencontre (contre 15 pour Munich) et une seule frappe cadrée. Celle de Bartra à la 69e, stoppée par Neuer qui a bien fait l'unique arrêt qu'il a du faire. Le jeune défenseur espagnol a eu une autre énorme occasion à la 76e mais sa frappe en pivot a trouvé les tribunes de l'Allianz Arena. C'est d'ailleurs symptomatique des maux barcelonais que les seuls dangers soient venus de la défense. D'où est venue aussi sa perte.

Dans les airs, une souffrance

Les absences de Puyol, Mascherano et Abidal ont fini par peser trop lourd. Face au Milan, ou PSG, passe encore. Mais devant les armoires à glace de Munich, la défense du Barca est apparue bien petite. Minuscule. Légère. Pourtant Pique sans ses cheveux avait semblé retrouvé son niveau de 2009. Énorme de la tête dans les premières minutes, coupant les trajectoires, il a tenu la baraque. Avant de sombrer, comme toute son équipe sur les corners. Onze concédés, c'était beaucoup trop.

Les deux premières réalisations sont venues de l'un deux. Dante était au second poteau pour dominer Daniel Alves, déjà trop court, pour servir Muller pour l'ouverture du score. Buteur sur le premier et passeur décisif de la tête, toujours au dessus du crâne d'Alves, Muller a été un poison et Mario Gomez en a profité pour faire le break. Conscients des largesses en défense, les dirigeants catalans ont établi le recrutement d'un grand défenseur central comme la priorité du prochain mercato. Après le match de mardi soir, l'urgence n'en est que plus grande encore.

Un Messi bien trop commun

D'habitude, il est le sommet de la fusée blaugrana, celui qui termine l'action, qui clôt la parade offensive. Mais hier soir, Lionel Messi n'a été que l'ombre de l'homme qui a inscrit 91 buts en 2012. Mis au repos après sa blessure lors du quart de finale aller face au PSG, il avait regardé ses coéquipiers s'imposer en Liga face à Saragosse et Levante. Avec un Messi reposé et qui "se sentait bien" déclara-t-il après la rencontre, le FC Barcelone abordait ce rendez-vous plein de confiance. Sur une jambe, la "Pulga" avait quasiment à lui tout seul son club face au PSG. Sur ces deux, elle avait de quoi faire trembler le géant bavarois. Double buteur lors du quart de finale aller en 2009 lors du balai au Camp Nou (4-0), il rêvait sans doute d'un bis repetita. Il en a été loin. A des années lumières même de ce joueur ultra-décisif déstabilisant qu'il peut être.

Mais à Munich, il a erré, perdant de nombreux ballons. La plupart à cause d'un pressing de tous les instants dont il n'a jamais su s'extirper. Mais certains sur des erreurs individuelles inhabituelles. Sans jambe, sans cette accélération foudroyante qui le caractérise, il n'a jamais mis en difficulté les défenseurs munichois. Il n'a touché que deux ballons dans la surface et n'a frappé qu'une fois. La dernière fois qu'il était tombé si bas, il faut remonter à la demi-finale retour face à Chelsea en 2009. Comble, c'est même lui qui a finit sur les fesses face à Ribéry qui l'a crocheté avant d'accélérer sur l'action qui a amené le 3e but. Auteur de 8 buts en Ligue des Champions, à 3 longueurs de Cristiano Ronaldo, il aura bien du mal à remporter un cinquième titre consécutif de meilleur buteur de la C1.