EDITO. La Ligue des Champions, une ligue fermée qui n'en porte simplement pas le nom

Publié le , modifié le

Auteur·e : Mathieu Aellen
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Pour la première fois de l'histoire, les seize clubs qualifiés pour les huitièmes de finale de la Ligue des Champions sont tous issus des cinq grands championnats européens. Alors que les rumeurs de création d'une super-ligue fermée pullulent depuis plusieurs années, elles n'ont aujourd'hui plus rien d'un fantasme puisque la Ligue des Champions actuelle en prend déjà le chemin.

Haaa les frissons de la Ligue des Champions. Nouvelle venue dans la cour des grands, l’Atalanta Bergame était partie pour un aller-retour en guise de leçon pour les prochaines années. Zéro point après trois journées et une douce odeur d’élimination qui pointait déjà le bout de son nez. Trois matches et trois victoires plus tard, voilà l’Atalanta, 13e budget de Serie A selon la Gazzetta, qui s’invite à la table des géants en devenant la première équipe à gratter son ticket pour les huitièmes après trois défaites au départ.

L’histoire est belle, et pourrait presque nous rappeler les émotions procurées par l’Ajax Amsterdam l’an passé, ce nouveau visage parmi les anciens, ce demi-finaliste surprise en guise de vrai vent de fraîcheur sur la scène européenne. La qualification du "petit poucet" Atalanta, aussi surprenante et dramaturgique puisse-t-elle être, n’est pourtant pas censé masquer la patte toute puissante de l’UEFA.

Troisièmes de Serie A l’an passé, les Bergamasques ont bénéficié d’une invitation directe pour la phase de poules, résultat d’une réforme de l’UEFA actée en 2016 et offrant aux quatre premiers des quatre meilleurs championnats (Angleterre, Espagne, Italie, Allemagne) un accès direct pour la Ligue des Champions. Une énième réforme privilégiant les meilleurs championnats – et donc les meilleurs clubs – européens qui trouve aujourd’hui toute sa logique puisque pour la première fois de l’histoire, les 16 places en huitièmes de finales sont toutes occupées par des clubs des cinq meilleurs championnats au coefficient UEFA. 16 places pour seulement 5 pays : quatre équipes anglaises et espagnoles, trois italiennes, trois allemandes et deux françaises (hourra). Cette fois, pas d’Ajax, pas d’Olympiakos, ni de Shakhtar Donestk ou de Zénith Saint-Petersbourg pour venir briser la domination totale des puissants au sein d’une Ligue des Champions qui n’a jamais aussi mal porté son nom.

D’avant 1992, où feu la Coupe d’Europe des Clubs Champions n'accueillait que les champions européens, la Ligue des Champions amorcée au début des années 1990 a peu à peu ouvert sa porte aux dauphins, puis aux troisièmes et quatrièmes des meilleurs championnats, réduisant à petit feu le quota des clubs venant des pays considérés comme “inférieurs” par les huiles et le portefeuille de l’UEFA. C’est ainsi que l’Ajax, champion des Pays-Bas et demi-finaliste l’an passé, a dû passer par deux tours préliminaires pour accéder à la phase de groupes, pendant que Valence, Tottenham, l’Inter Milan et le Bayer Leverkusen étaient eux récompensés d’une place directe pour la grande messe européenne grâce à leur place au pied du podium de leur championnat. Cherchez l’erreur. On peut se plaindre et critiquer – à tort ou à raison – cette omnipotence des 5 grands championnats européens dans le top 16 de cette Ligue des Champions. Elle n’est finalement que la suite logique de ce qui a été entrepris depuis maintenant plus de 25 ans au sommet du football continental.

Car s’il aura fallu attendre 2019 pour voir le Big 5 faire le Grand Chelem, cette cuvée exceptionnelle ne met qu’un peu plus en exergue ce que l’on touche du bout du doigt depuis plusieurs années. Pas une seule année depuis 2003, et l’intronisation de la formule avec l’apparition des huitièmes de finale, où le club des 5 n’a pas placé au minimum 11 équipes dans le top 16. L’écart, déjà immense, se creuse un peu plus en jetant un œil sur les finalistes depuis 1993, où seuls l’Ajax, en 1995 et 1996, et Porto en 2004 ont réussi à s’immiscer à la petite sauterie de fin de saison. 

Faut-il s’en étonner, à l'heure où le néolibéralisme décomplexé et globalisé du monde du football ne fait que tendre vers cette bulle où, aujourd'hui, les cinq grands pays du football européen se partagent quasiment toutes les parts du gâteau ? Faut-il encore s'insurger contre les rumeurs de super-ligue fermée dont seraient partisans la plupart des patrons des grands clubs, alors qu'il faut être au mieux aveugle pour ne pas se rendre compte des inégalités qui se creusent chaque saison un peu plus entre l'Europe occidentale du football et le reste du Vieux Continent ? En ouvrant le Larousse à "entre-soi", on y trouve la définition suivante : "Situation de personnes qui choisissent de vivre dans leur microcosme en évitant les contacts avec ceux qui n'en font pas partie". Synonyme : Ligue des Champions.