Pep Guardiola
Pep Guardiola, aujourd'hui au Bayern | AFP - FREDRIK VON ERICHSEN

FC Barcelone-Bayern Munich : les cinq matches à retenir de Pep Guardiola

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Mercredi soir, le FC Barcelone accueille le Bayern Munich en demi-finale aller de Ligue des Champions. Une affiche forcément particulière pour Pep Guardiola qui a passé quatre ans en Catalogne, avant d’entraîner les Bavarois. Le technicien est l’un des meilleurs entraîneurs du monde et cette demie était l’occasion de se pencher sur ses rencontres emblématiques avec Thibaud Leplat, auteur du livre "Guardiola, éloge du style".

Génie ou imposteur ? Pep Guardiola divise. Thibaud Leplat, lui, a choisi son camp. Dans son livre "Guardiola, éloge du style", il affirme dans les dernières phrases que le Catalan méritait un éloge. A 44 ans, Guardiola a remporté 19 titres, a été l’architecte d’une des meilleures équipes de l’histoire du football (le FC Barcelone), auteure de prestations inoubliables. Madrilène de cœur, Thibaud Leplat s’est plongé dans la tête du Catalan et a disséqué, observé des centaines de rencontres. Il est tombé en admiration devant cet entraîneur. "C’est faire honneur au madridisme que de reconnaître en Pep Guardiola un grand entraîneur", lui a dit un jour Jorge Valdano. L’auteur du livre a choisi pour nous cinq matches, symboliques du génie tactique de cet entraîneur. 

Gijon- FC Barcelone (1-6), 21 septembre 2008

Buteurs : Xavi (27e), Eto’o (33e), Jorge csc (48e), Iniesta (69e), Messi (85e, 88e)

Samuel Eto'o félicité par Xavi lors du succès contre Gijon en Liga
Samuel Eto'o félicité par Xavi lors du succès contre Gijon en Liga

Le 21 septembre 2008, avant cette troisième journée de Liga, le FC Barcelone n’est pas au mieux. Il a perdu en ouverture contre Numancia (1-0) et a fait match nul au Camp Nou contre Santander (1-1, penalty de Messi). Les premières critiques se sont fait entendre. "On critiquait Pep Guardiola, Eric Abidal pas assez technique, Henry pas assez efficace. On critiquait son recrutement de Pique et Alves qui n’étaient ‘personne’ avant d’arriver au Barca, alors qu’il avait insisté pour que le club se sépare de Deco et Ronaldinho", explique Thibaud Leplat. Face à Gijon, il fait des modifications. Thierry Henry est resté en Catalogne victime d’une "pharyngite", il titularise Sergio Busquets pour la deuxième fois de la saison à la place de Yaya Touré. Il fait joué Lionel Messi en "falso nueve" (faux neuf) pour la première fois, des mois avant la démonstration au Bernabeu (6-2). "Guardiola connaissait Messi via Tito Vilanova qui l’avait entraîné chez les jeunes. En Catalogne, tout le monde savait qu’on avait là un phénomène. L’idée c’est de la rapprocher du but". Eto’o est envoyé à droite, Iniesta évolue à gauche comme il le fera souvent au début de l’ère Guardiola.

"Guardiola a toujours l’idée de surprendre, avoir une action nouvelle. Face à Gijon, il a surpris mais il a aussi montré à ses joueurs qu’il allait répondre aux critiques par le jeu. C’est à ce moment que les joueurs adhèrent au projet. Il aurait pu jouer la sécurité en mettant les stars (Messi, Eto’o, Henry, Touré) et voir, mais non, il insiste avec Busquets qui six mois avant n’était pas titulaire au Barca B. Il fait le pari du jeu avec les 'cantaneros' (les jeunes du centre de formation)". C’est là qu’on comprend que Guardiola mourra avec ses idées. "Il y avait des dizaines de façons de perdre sans jouer : céder aux vertiges de l’angoisse, abandonner les expérimentations, changer d’avis, revenir à la raison, aligner les plus renommés (Touré, Henry, Eto’o, Messi), gagner du temps sur la disgrâce. Perdre, c’était ne plus croire en soi. L’échec, ce n’est pas de perdre mais c’est de se perdre", écrit-il dans son livre. Après cette victoire, la première de la saison, le Barca enchaîna 21 matches sans défaites en Liga (19 victoires-2 nuls).

FC Barcelone-Real Madrid (5-0), 28 novembre 2010

Buteurs : Xavi (10e), Pedro (18e), Villa (55e, 57e), Jeffren (90+1e)

La joie des joueurs du FC Barcelone qui viennent d'infliger une "manita" au Real de Mourinho
La joie des joueurs du FC Barcelone qui viennent d'infliger une "manita" au Real de Mourinho

Ce Clasico est spécial. Il l’est par le résultat forcément mais aussi par le contexte. En raison des élections en Catalogne, la rencontre avait été déplacée au lundi. "C’est la première fois que le Clasico se tenait ce jour-là", assure Leplat. "Pour la première fois, un clasico serait retransmis en direct dans le monde entier. Ils seraient 400 millions à suivre ce match", poursuit-il dans son livre. C’est le premier Clasico de Mourinho, c’est la confrontation entre les deux derniers entraîneurs vainqueurs de la C1, entre les deux meilleurs joueurs du monde (Messi et Ronaldo), il y a onze champions du monde espagnols sur la pelouse. C’est aussi "l’Espagne contre la Catalogne". C’est un contexte incroyable pour "une claque absolue", admet Leplat. "Avec Mourinho, l’entraîneur qui avait sorti le Barca avec l’Inter en demi-finale de C1, on s’attendait à mettre fin à l’ère Guardiola. Il avait été engagé par Pérez pour être la kryptonite des Catalans. On s’attendait à un 1-0 ou un 0-0, mais on a un chef-d’œuvre". Dans son livre, Thibaud Leplat explique que le scénario s’est écrit dès la première seconde.

"Ainsi, dès le coup de sifflet donné par les Madrilènes, les Barcelonais se jetèrent sur le ballon comme des affamés sur une épluchure. Sergio Ramos manqua son premier contrôle et, si le Real ne perdit pas instantanément le ballon, c’est à la faveur d’une faute commise sur Ronaldo (qui joue à droite, ndlr) au moment où il était venu aider son camarade en difficulté. Le coup franc suivant fut frappé long et atteignit directement les bras de Victor Valdes. Ce fut la dernière fois que Madrid eut le contrôle du match". Sur la première action des Catalans, Messi envoie un lob en angle fermé sur le poteau (5e), le premier but arrive au bout de 10 minutes, 2-0 au bout de 20 minutes. 5-0 au final pour "un des plus beaux matches des 20 dernières années, alors qu’il n’y a rien à jouer". "José Mourinho a fait croire qu’il avait fait exprès. Il sait lorsque la rencontre débute que ça ne va pas être facile, mais il ne s’attend pas une telle claque. Il a eu l’intelligence politique de bien utiliser cette défaite. C’est la pire défaite de sa carrière même s’il en minimise tout de suite l’impact. Avant cette rencontre, jamais il n’avait perdu par plus de trois buts d’écart. C’est ce jour-là que j’ai pris la mesure de Guardiola entraîneur. Depuis ce match, Florentino Pérez rêve de trouver le Guardiola madrilène et il pense l’avoir avec Zinédine Zidane. Depuis ce jour-là, Guardiola est un mythe. Les Madrilènes l’appellent le dalaï-lama".

FC Barcelone-Manchester United (3-1), 28 mai 2011

Buteurs : Pedro (27e), Messi (54e), Villa (69e)

Manchester United et Nani sont impuissants face à ce Barca là en finale de Ligue des champions 2011
Manchester United et Nani sont impuissants face à ce Barca là en finale de Ligue des champions 2011

C’est le remake de la finale de Ligue des Champions 2009. A Rome, le Barca l’avait emporté 2-0 (Eto’o et Messi). A Wembley, la bande de Guardiola va réaliser "un chef d’œuvre", selon Leplat. "Il y a 10 minutes compliquées au début, car United presse très haut", explique-t-il. "Manchester a insisté sur le côté d’Eric Abidal dès le début du match. Il avait été opéré d’une tumeur au foie trois mois avant, il avait 5 kilos en moins. Valencia fait trois fautes sur lui dès les premières minutes". Pep doit trouver une réponse alors qu’aucune "passe n’arrivait dans les pieds de Xavi ou d’Iniesta", écrit-il dans le livre. « Cette saison-là, Guardiola avait décidé de travailler les sorties du ballon. Il appliqua ces principes dans cette finale. Toujours dans le livre : "Pour réduire leur faculté de nuisance (aux attaquants mancuniens, ndlr), il fallait écarter encore plus le terrain sur les sorties de balle (Piqué s’approchant de la ligne de touche), et lorsque l’adversaire prendrait possession du ballon, plutôt que de se regrouper autour de sa défense centrale, utiliser la règle du hors-jeu, et monter comme un seul homme".

Résultat, Chicharito fut prix au piège du hors-jeu et les Red Devils durent reculer. Le Barca pouvait reprendre possession du terrain et du ballon. "Sur ce match, Abidal et ses coéquipiers prennent un plaisir fou. Avant le but de Messi (2-1), il y a une séquence de jeu de plus de trois minutes. Le ballon est intercepté deux fois par Manchester, mais tout de suite récupéré. Abidal raconte même que les joueurs de Manchester les insultaient. A la 81e minute, il y a 67% de possession pour le Barca qui a déjà tiré 17 fois au but". A la fin, les Catalans auront eu le ballon 63% du temps, tiré 19 fois (à 4), tout ça en finale de Ligue des Champions. "Avec Puyol qui rentre à la fin, on a sans doute le meilleur 11-12 des 20 dernières années. Tous avaient du ballon, que des joueurs techniques", conclut Thibaud Leplat.

Santos FC-FC Barcelone (0-4), 18 décembre 2011

Buteurs : Messi (17e, 82e), Xavi (24e), Fabregas (45e)

Après la finale de Wembley, cette finale Intercontinentale contre le Santos de Neymar et Ganso est un "autre chef d’œuvre". Ce jour-là, Pep innove encore avec un "3-7-0", qui peut devenir un 3-1-3-3 ou 3-5-2 avec Messi et Fabregas devant. "Il joue sans attaquant traditionnel, puisque devant la ligne de trois défenseurs Abidal-Puyol-Pique, il aligne Busquets-Xavi-Iniesta-Alves-Thiago Alcantara-Messi-Fabregas. La saison précédente, il avait insisté sur les sorties de balle propres, là c’est la nouveauté, c’est le 3-4-3. C’est l’idéal cruyffien. Sur cette rencontre, Fabregas est partout, comme Ribéry au Bayern. C’est lui qui doit apporter le surnombre. C’est toujours ce qu’il recherche". Santos, à l’époque, est la meilleure équipe du continent sud-américain, et aime avoir la possession. Sur cette finale, les Brésiliens ne toucheront pas le ballon.

Et ils assisteront au "but idéal" selon Guardiola, celui du 2-0 inscrit par Xavi après "35 passes successives à une touche de balle et une séquence de plus d’une minute trente de possession, soit le temps nécessaire pour remuer Santos de gauche à droite, puis de droite à gauche, et enfin de le voir s’ouvrir dans l’axe", raconte-t-il dans le bouquin. Un autre principe de Pep est que "celui qui déclenche l’action est celui qui la termine, tous les autres sont en appui". Sur ce match, il délivre un "cours magistral". Pour arriver à ce niveau de jeu, il faut que chaque joueur "comprenne ce qu’il est en train de faire. Il faut savoir résoudre et interpréter le jeu pendant qu’il se développe. Il faut savoir créer du désordre et être capable d’apporter une contre-réponse à un nouveau problème. Exemple, quand tu es pressé par quatre joueurs, tu passes à cinq joueurs pour la sortie de balle". 

Manchester City-Bayern Munich : 3-2, 25 novembre 2014

Buteurs : Xabi Alonso (40e), Robert Lewandowski (45e)

City a battu le Bayern 3-2 en Ligue des champions cette saison, mais Guardiola a beaucoup plus impressionné que Pellegrini
City a battu le Bayern 3-2 en Ligue des champions cette saison, mais Guardiola a beaucoup plus impressionné que Pellegrini

Depuis le début de sa carrière d’entraîneur en 2008, Guardiola a disputé 350 matches et en a remporté plus de 2/3 (74% de victoires). Pourtant, ses défaites peuvent parfois être remarquables. Exemple, l’automne dernier en Ligue des Champions, les Bavarois se déplacent sur la pelouse de Manchester City. Une rencontre symbolique de son “obsession de maîtriser l’enjeu du match”, dixit Leplat. Après l’expulsion de Mehdi Benatia et l’ouverture du score sur le penalty qui en découla par Sergio Aguero, le Bayern joua à 10, mais continua à monopoliser le ballon. “Ainsi, la défense munichoise, au lieu de se retrancher – comme l’eût fait n’importe quelle équipe en infériorité numérique -, fit quelques pas en avant”, écrit-il. En montant de quelques metres, Boateng devenait un autre milieu relanceur et le Bayern pouvait recréer des situations de supériorité. “Son idée était de déplacer le jeu sur le côté fort de son équipe, où il n’y a pas d’infériorité numérique. Alors tu peux conserver le ballon, sans forcément attaquer. Il avait pris le problème à l’envers, mais c’était très risqué”, détaille l’auteur.

Munich mena 2-1 jusqu’à cinq minutes de la fin, avant que City ne profite de deux erreurs. “Munich prend un but, parce que Xabi Alonso essaye de changer de côté et donc d’aller vers l’infériorité numérique au lieu de rester côté fort”. Sur ce match, il a imposé coûte que coûte son principe, le jeu. “Jamais son équipe ne renoncerait au ballon”, assure Leplat. “Guardiola doit toujours régler son problème d’imposture. Mais ce n’est qu’un debutant, il n’est sur un banc pro que depuis six ans, il a le même âge que Zidane qui n’a pas encore entraîné une équipe première. Il a gagné deux Ligues des champions, participle à six demies de rang. L’anomalie, c’est d’avoir gagné autant”.

Benoit Jourdain @BenJourd1