Débat. Le vainqueur de la Ligue des Champions 2019/20 sera-t-il un champion au rabais ?

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Auteur·e : France tv sport
Zidane Guardiola

Un tournoi final à Lisbonne, entre le 12 et le 23 août, permettra de clôturer la Ligue des Champions 2019/20, au terme d'une formule inédite. Les confrontations aller-retour ont été supprimées et les matches se dérouleront sur terrain neutre. A cause de la pandémie de Covid-19, le couronnement aura lieu trois mois plus tard que prévu. Pour certains, toutes ces nouvelles données dénaturent tellement la compétition que son prochain vainqueur sera forcément un champion au rabais.

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La Ligue des champions est morte, vive la Ligue des champions. En actant ce mercredi soir la tenue d’un Final 8 en août prochain à Lisbonne sur une période réduite, l’UEFA a joué la carte de l’efficacité et on ne peut pas lui en vouloir. Crise de Covid-19 oblige, l'instance est obligée de changer son fusil d’épaule. Format compressé, lieu unique, deux semaines de compétition… le vainqueur de cet Euro des clubs succédera certainement avec brio au Portugal titré en 2016. Tout indique ainsi que le lauréat de cette cuvée sanitaire restera dans l’histoire pour les mauvaises raisons. 

Commençons par la préparation des équipes. Les championnats n’ont pas tous repris en même temps. L’Allemagne panse ses blessures depuis désormais un bon mois alors que l'Italie, l'Espagne et l'Angleterre viennent tout juste de reprendre. Quant à la France, qui a déjà un membre en quarts avec le PSG, pas de championnat, seuls un tournoi amical et la coupe nationale devraient permettre au club parisien de remettre le système en route. Injuste vous avez dit ? Lyon est mieux loti. Dans le cas où les hommes de Jean-Michel Aulas créeraient l’exploit à Turin, ils auraient donc un match de plus dans les jambes. Rien ne remplace le rythme du haut niveau et toutes les équipes seront donc à des stades différents et le jeu en sera impacté. Le tournoi sera plus ouvert et donc moins élitiste. Une loterie en somme pour les clubs comme pour les spectateurs.

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Rassurons-nous, il devrait y en avoir quelques uns. La plupart seront devant leur télé cependant, privés de pouvoir supporter leur club préféré et de mettre la pression sur leurs adversaires. Non, cette année nous ne verrons pas de demi-finale retour enflammée à Anfield entre Barcelone et Liverpool comme lors de la saison précédente. Trent Alexander-Arnold ne se jouera pas non plus de la défense catalane sous les hourras du public. La pression d’un stade vous rappelleront toujours les enjeux. Les pleurs et les cris, les tifos et le bruit. Se sublimer ou plier. Ce sont dans ces matches qu’un joueur, qu’une équipe prend une autre dimension.

Ce sont dans ces rencontres que leur légende se forge. On retient le Barça de Guardiola parce qu’il y a ce but d’Andrés Iniesta à la dernière minute face à Chelsea en demi-finale à Stamford Bridge en 2009 dans une ambiance hostile. On se souvient des ratés du PSG parce qu’entre deux rencontres, les Parisiens sont capables de perdre la moitié de leur effectif sur blessure. Ce sont les charmes de la Ligue des champions. Ce sont ces obstacles sur la route qui rendent le vainqueur aussi beau. Cette année, le lauréat aura son nom gravé sur le trophée. Comme les précédents. Mais à l’instar d’une compétition tronquée, nous aurons un champion au rabais. 

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Ce n’est pas parce que la saveur change que le prestige s’évapore forcément. Oui, le format et le contexte de la C1 seront différents cette année, mais la Coupe et la concurrence n’ont absolument pas changé. Demandez à n’importe quelle équipe encore lice si elle est aujourd’hui moins motivée à l’idée de gagner la Ligue des Champions. Chacune d’entre elles se serait battue pour préserver l’édition 2019/20 si elle avait vraiment été menacée. A l’évidence, ceux qui évoquent déjà un “vainqueur en carton” supportent une équipe déjà éliminée ou tout simplement pas qualifiée pour la C1.

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Si l’on recentre le débat sur le strict mérite sportif du Final 8 qui se profile à Lisbonne, en quoi son vainqueur serait-il moins méritant qu’un autre ? Savoir se relever d’une crise sanitaire et de ses répercussions sportives et financières, n’est pas donné à n’importe qui. La grandeur d’un club se mesure en partie dans sa capacité à maintenir son cap en temps de crise. Quant au niveau des équipes, il est aujourd’hui difficile d’imaginer une compétition au rabais, tout simplement parce que la plupart des concurrents ont ou vont bientôt reprendre la compétition. Ils ont encore deux mois pour monter en puissance.

Alors oui, pour Paris et Lyon, la situation est un peu différente. Mais, justement, si une des deux formations françaises réussit à surclasser l’Europe du football après 5 mois d’interruption compétitive, ne faudrait-il alors pas considérer cela comme un exploit retentissant ? D’autant qu’il va falloir être solide sur les appuis pour s’imposer car ce sont trois finales ramassées sur 12 jours qui se profilent pour les meilleurs. Il n’y aura pas de seconde chance. Pour ce qui est du spectacle sur le terrain, on peut espérer que les équipes ne calculent plus en fonction d’avantages et de désavantages liés aux aller-retour habituels. Plus de tergiversations insupportables sur deux semaines, tout se réglera en une soirée.

Pas d’équipe à domicile, des matches qui s’enchaînent… Il y aura comme une ambiance de Coupe du monde ou d’Euro à Lisbonne. Et, a priori, le format de ces compétitions n’a jamais posé de problèmes de légitimité. A l’évidence, le vainqueur de la Ligue des Champions 2019/20 ne sera pas couvert de la gloire habituelle, mais il n’en sera pas moins mémorable. Certes, on peut déjà prédire l’aigreur de certains, mais elle aura pour unique conséquence d’inscrire plus profondément dans l’histoire la cible des critiques.

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