Pep Guardiola
Pep Guardiola, l'ancien entraîneur du FC Barcelone | AFP - JOSEP LAGO

Barca-Bayern, sous l'ombre de Guardiola

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Le Bayern Munich reçoit mardi soir le FC Barcelone en demi-finale aller de Ligue des Champions, une rencontre qui aura sûrement un spectateur très avisé en la personne de Pep Guardiola. L'ancien entraîneur catalan qui a mené le Barca sur le toit du monde entraînera le club allemand à partir de la saison prochaine. Si l'héritage laissé en Catalogne est immense, la mission qui l'attend en Allemagne s'annonce ardue.

La carrière de Pep Guardiola et celle de Luis Van Gaal sont étroitement liées. Si Johan Cruyff a été le premier à lancer dans le grand bain le milieu catalan, l'autre entraîneur batave a été le premier à donner le brassard de capitaine au n°4. Le vainqueur de la Ligue des Champions 1995 avec l'Ajax a également montré le chemin qui mène de la Catalogne à la Bavière. Assis sur le banc catalan (1997 à 2000, et 2002 à 2003) avant d'entraîner les Allemands (2009-2011), il a donc précédé Guardiola qui va lui aussi prendre les rênes du Bayern après avoir mené les Catalans au sommet. Car contrairement au technicien batave, l'Espagnol a tout gagné avec le Barca. Un palmarès couplé à un jeu qui a enthousiasmé la planète football. C'est pour ce savoir-faire que le Bayern est allé sortir le "Philosophe" de son année sabbatique à New York.

Un exode après quatre années éreintantes sur le banc catalan d'où il n'a pas manqué une miette de tous les matches du club entraîné par Jupp Heynckes. Il l'a lui-même annoncé à Uli Hoeness lorsque le président du club bavarois est venu négocier dans son appartement près de Central Park. Ce qu'il a vu a du lui plaire, car champion après 28 journées seulement (un record) avec 20 points d'avance sur son dauphin Dortmund, le Bayern a pratiqué un football de rêve sur la scène nationale. Et pour sa sortie, Heynckes souhaite un triomphe à Wembley après avoir raté la marche l'année dernière face à Chelsea. S'il venait à apporter une cinquième "Coupe aux grandes oreilles" à Munich, les dirigeants du Bayern se retrouveraient bien embêtés d'être allés chercher Guardiola qui devait les mener encore plus haut. Et on souhaiterait bon courage à l'Espagnol pour faire mieux en termes de jeu (meilleure attaque et meilleure défense d'Allemagne) et de résultats.

Des conseils? Quels conseils?

Annoncée en janvier, la nouvelle de la signature de Guardiola au Bayern est réapparue dans l'actualité au moment du tirage au sort des demi-finales de Ligue des Champions. Un Barca-Bayern, forcément les regards se sont tournés vers le Catalan. Qui a choisi habilement de les éviter en refusant de venir assister à la rencontre. Il est aussi resté en retrait si l'on en croit l'état-major du Bayern.  "Appeler Pep? Je n'ai jamais demandé conseil à un autre entraîneur avant  d'affronter une équipe. Je vous prie de respecter mon travail", s'était indigné l'entraîneur bavarois.

Heynckes en a rajouté une couche en conférence de presse ce mardi : "j'ai  répondu que c'était une question de respect. Pour la relation de Pep avec le  Barça et parce que je n'en ai pas besoin. Je connais le football espagnol, je connais le Barça et je connais très bien mon équipe". Matthias Sammer, le directeur sportif du club rouge et blanc, a aussi souligné le problème éthique : "Pep a Barcelone dans son coeur. Ca poserait un problème de l'interroger. On ne va pas lui imposer cette contrainte morale de divulguer des infos sur son grand amour". Son club de cœur pour qui on s'inquiétait après son départ.

Transition réussie

Le départ de Pep Guardiola a secoué la maison barcelonaise. Si Cruyff a créée l'identité forte qui est la sienne aujourd'hui, Pep l'a magnifiée. Messi est devenu celui qu'on connaît, Xavi et Iniesta se sont mis à étinceler, Piqué, Busquets, Pedro se sont révélés et le toque a été mis sur ce piédestal dont il n'est toujours pas retombé. Mais une dernière saison éprouvante entre la course avec le Real Madrid, l'élimination cruelle en demi-finale de C1 face à Chelsea et pour finir un dernier record avec un 14e et dernier titre – mineur – la Coupe du Roi sur 19 possibles en quatre ans ont mis fin au "guardiolisme". Le Barca avait besoin de changement. C'est Guardiola lui-même qui le disait. Le club a choisi la continuité en nommant l'adjoint de toujours, Tito Vilanova. L'homme qui a pris le doigt dans l'œil de Mourinho. Presque un numéro 1 bis, à la base des schémas tactiques.

Neuf mois après sa nomination, il n'a pas à rougir de la comparaison avec Guardiola. Si Pep avait gagné tout ce qui était imaginable lors de sa première saison, Tito n'a été éliminé qu'en demi-finale de Coupe du Roi face au Real, il est en passe d'être sacré champion (13 points d'avance à 6 journées de la fin) et est donc qualifié pour le dernier carré de la C1. La pelouse de l'Allianz Arena sera pour lui un test, encore un. Mais pas une nouveauté lui qui a officié lors du quart de finale retour en 2009 (match nul 1-1) en raison d'une suspension de Guardiola. A cette époque, ce dernier n'avait pas du perdre une miette de la rencontre. Ça sera sans doute pareil cette année.