Arsenal-Bayern : Si sains, si loin

Arsenal-Bayern : Si sains, si loin

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Communément dépeints comme deux clubs économiquement "sains", le Bayern Munich et Arsenal, qui s'affrontent ce mercredi soir en huitième de finale de la C1 (20h45) s'appuient sur des modèles financiers ultra rentables. Comment expliquer les difficultés qu'éprouve l'institution londonienne à garnir sa salle des trophées ? En fait, tout est question de priorité.

Même s'il n'apprécie que modérément les critiques dirigées à l'encontre de la politique sportive prônée par son club, Arsène Wenger commence à y être habitué. La semaine dernière, l'acerbe José Mourinho a de nouveau raillé l'incapacité chronique des Gunners à remporter un titre majeur, expliquant notamment que leur manager était "un spécialiste de l'échec". On le sait, le coach des Blues a le verbe facile. Toutefois, dans les faits, bien audacieux sera celui qui daignera mettre sa parole en doute : Arsenal, troisième club le plus titré d'Angleterre, n'a plus remporté de trophée depuis 2005 (Coupe d'Angleterre), et n'a plus été champion depuis 2004. Près de dix ans sans soulever un trophée, pour un club qui a enchaîné deux doublés coupe-championnat en 1998 puis en 2002, c'est peu. Trop peu. 

A précisément 930 kilomètres de là, la vitrine du Bayern Munich. Sur la dernière décennie, le club présidé par Uli Hoeness a remporté 5 titres de champion d'Allemagne (2005, 2006, 2008, 2010, 2013), 5 coupes d'Allemagne (2005, 2006, 2008, 2010 et 2013), 2 coupes de la ligue (2004, 2007), et une Ligue des Champions (2013). Deux palmarès, un famélique, un mirifique. Pourtant, dans les chiffres, Arsenal et le Bayern Munich ont un point commun : dans un monde où les clubs dépensent à perte, ils s'appuient sur deux modèles économiques rentables, jusqu'à être considérés comme deux des institutions les plus bénéficiaires de l'Europe du foot. Mais pourquoi diable la vitrine des Gunners demeure t-elle poussiéreuse pendant que celle du Bayern manquera bientôt d'étagères ? 

Bayern Munich : Investir pour gagner  

Toutefois, dans un souci d'honnêteté et de justesse, précisons que les deux formations se distinguent par la compétitivité du championnat dans lequel elles évoluent. Chaque saison, Arsenal doit jouer des coudes avec près de cinq équipes susceptibles de glaner le titre (Chelsea, Manchester City, Manchester United, à un degré moindre Liverpool et Tottenham), tandis que le Bayern Munich, en Bundesliga, n'a pas de concurrent crédible, du moins sur la durée. Dortmund a été champion d'Allemagne en 2011 et 2012, mais est depuis cantonné à un rôle de trouble-fête. Preuve de la supériorité incontestable des Munichois; les départs successifs des meilleurs joueurs coachées par Jurgen Klopp chez l'ennemi bavarois (Gotze et prochainement Lewandowski). 

Mais l'excuse de la compétitivité du championnat a ses limites. Pour preuve; les récentes performances du Bayern Munich en Coupe d'Europe. Vainqueurs de la plus mythique des compétitions européennes en mai dernier, la formation entraînée par Pep Guardiola n'a pas hésité à investir pour atteindre les sommets. La saison dernière, Javi Martinez rejoignait la Bavière pour 40M€, tandis que Thiago Alcantara (25M€) et Mario Gotze (37M€) suivaient cet été. Des transactions onéreuses et régulières, permises par une gestion financière considérée comme un exemple pour le football européen. A l'intersaison 2013, le club bavarois conservait des comptes excédentaires pour la vingtième année consécutive, ses fonds propres de 278 millions d'euros et une trésorerie estimée à 127,2 millions. En 2011/2012, alors que l'ensemble des clubs européens cumulait 1,7 milliard d'euros de pertes selon l'UEFA, le Bayern affichait 11 millions de profits dans la même période. En fait, les Munichois ne dépensent pas plus d'argent qu'il n'en gênèrent. Leur masse salariale, estimée à 165 millions d'euros, ne représentent que 47% de ses revenus. Lesquels sont globalement générés par la billetterie, les droits télés, le sponsoring, et le marchandising. 

Arsenal : Economiser pour perdurer 

Tenez vous bien : Arsenal, qui n'a pas remporté un titre en Premier League depuis 2004, dégage chaque année de plus gros bénéfices que le Bayern Munich. Alors que le chiffre d'affaire de la société d'Arsenal tourne autour des 200-250 millions de livres au milieu des années 2000, le président du club Chips Keswick annonce en 2010 une somme record de 379 millions de livres (456 millions d'euros), agrémentée d'un bénéfice net de 43 millions d'euros. Dans le même temps, le Bayern dégage un bénéfice de... 11 millions d'euros. Vendredi dernier, le boss d'Arsenal a même déclaré que les réserves financières du club ne cessaient de progresser, jusqu'à atteindre aujourd'hui la somme de 150M€.

Mais les Gunners ne s'appuient pas tellement sur leurs ressources gargantuesques. Certes Arsenal est rentable, mais cet objectif se fait trop souvent au prix des performances sportives. Pendant que le FC Barcelone, Manchester United ou le Real Madrid accumulent des dettes abyssales en signant des joueurs onéreux, les Londoniens évitent tant qu'ils le peuvent les dépenses inconsidérées. La gestion de l'effectif depuis l'ère Arsène Wenger démontre que le club axe sa politique sportive sur le recrutement et la post-formation de très jeunes joueurs, les conduit jusqu'au statut de "top player", pour les revendre beaucoup plus cher (Anelka et Fabregas, Van Persie, Clichy par exemple). 

La politique sportive prônée par Wenger a un prix : un palmarès vide depuis 2005. Toutefois, si l'ancien coach monégasque semble changer son fusil d'épaule depuis deux ans (Arsenal a recruté Cazorla en 2012 pour 20M€ et Ozil en 2013 pour 50M€), le modèle économique toujours pérenne du club londonien lui promet un avenir "safe". A l'heure où Platini se bat pour appliquer un fair-play financier qui a déjà sévi en Espagne, Manchester United, City ou Chelsea ne peuvent pas en dire autant. 

Jean Charbon