Coronavirus - Philippe Hinschberger : "Ne jamais oublier qu'on est des privilégiés"

Publié le , modifié le

Auteur·e : Manu Roux
Philippe Hinschberger avec Grenoble
Philippe Hinschberger, le coach du Grenoble Foot 38. | HOTOPQR/OUEST FRANCE/MAXPPP

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Depuis la suspension du championnat de Ligue 2, l’entraîneur du Grenoble Foot 38, Philippe Hinschberger, multiplie les actions en faveur du personnel soignant et des corps de métier touchés par la crise sanitaire provoquée par la pandémie de Covid-19. Et ce dernier se montre perplexe quant à la suite de la saison.

Philippe, vous avez lancé avec Rudi Garcia une collecte auprès des entraîneurs de Ligue 1 et de Ligue 2 dans le but de faire un don en faveur des hôpitaux. Qui est à l’origine de cette initiative ?
Philippe Hinschberger :
"C’est L’UNECATEF, le syndicat des entraîneurs qui nous a sollicités, Rudi et moi, par l’entremise de Raymond Domenech et Pierre Repellini afin de montrer notre solidarité envers le personnel hospitalier. J’ai donc contacté, comme Rudi, les 19 autres entraîneurs de ma division et tous ont répondu favorablement à notre demande. Pourtant, d’habitude, on n’a pas beaucoup de relations les uns avec les autres, à part une poignée de main avant et après les matches."

Et à combien s'élève le don total ?
P. H. :
"Je crois qu’il avoisine les 120 000 euros. Tout le monde a donné, de Thomas Tuchel à l’entraîneur du club ayant le plus petit budget de Ligue 2, en passant par tous les coaches, français et étrangers. Les dons sont individuels et anonymes, et chacun a donné en fonction de ses moyens, qui ne sont évidemment pas les mêmes d’un club à l’autre."

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Choqué par certains footballeurs

On vous sent très impliqué depuis le début de cette crise. En plus de la collecte, vous avez aussi poussé la chansonnette sur l’air des Passantes de Brassens sur les réseaux sociaux, avec des paroles de circonstances...
P.H. :
"Oui, j’ai fait ça pour m’occuper car depuis le début du confinement je suis un peu reclus dans ma maison de l’île de Ré. Je me suis senti démuni face à la situation et j’ai voulu faire quelque chose. J’adore chanter, jouer de la guitare. D’habitude, je fais ça pour les événements heureux, les mariages, les anniversaires et là, j’ai voulu montrer que j’étais solidaire du personnel soignant mais aussi des commerçants, des artisans. Vous savez, je viens de Metz, une ville très impactée, et je connais beaucoup de gens touchés par le coronavirus. J’ai beaucoup de copains qui ont ouvert des restaurants il y a deux ou trois mois et qui sont contraints de mettre la clé sous la porte aujourd’hui. C’est un truc de fou ce que l’on vit actuellement."

Vous avez toujours eu cette conscience sociale. Je me souviens que lorsque vous étiez en poste à Créteil, vous vous inquiétiez du sort d’un SDF qui s’était installé dans une tribune du stade d’entraînement. C'est votre façon de voir les choses ?
P.H. : "Quand tu as une qualité de vie au-dessus de la moyenne, de bonnes conditions pour t’entraîner et que tu vois en arrivant le matin à 8h30 quelqu’un qui prend son baluchon pour aller travailler en laissant ses affaires dans un coin de la tribune, soit tu as un cœur de pierre, soit ça te soulève un peu quand même... Il ne faut jamais oublier qu’on est des privilégiés. Alors quand je vois des footballeurs pros qui ergotent aujourd’hui parce qu’on va leur prendre 16% de salaire net avec le chômage partiel, soit grosso modo entre 2000 et 5000 euros en moyenne, alors qu’ils gagnent très bien leur vie pour la plupart, personnellement, ça me choque."

Stop ou encore ?

Vous pensez que le championnat va reprendre cette saison ?
P.H. : "J’ai un peu peur d’une reprise 'en tire-bouchon', c’est-à-dire en faisant n’importe quoi... Quand j’entends dire qu’il va falloir repartir pour un mois de préparation à la fin du confinement, je ne suis pas d’accord, même si certains vont crier au loup. C’est une situation exceptionnelle donc il faut s’adapter. Les joueurs sont professionnels. J’imagine que dans tous les clubs ils ont reçu des programmes individuels et à Grenoble, depuis le début de la crise, on fait, en plus de ça, deux séances de visio-entraînement par semaine avec le préparateur physique, grâce à une plateforme où tout le monde peut se voir. Donc si on décide d’une reprise, à mon sens, c’est deux semaines d’entraînement collectif maximum avant le premier match et ensuite on enchaîne tous les trois jours pour ne pas mettre trois mois à terminer ce championnat. Ou alors on décide purement et simplement de mettre un terme à cette saison, en ne faisant que des montées et pas de descentes et on repart du bon pied la saison prochaine avec un championnat à 22. Sincèrement, à côté de tout ce que l’on vit en ce moment, tout ceci n’est pas bien grave."

Manu Roux ManuRouxJO