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Un été de chômeur

Publié le , modifié le

Samedi 10 juillet à Annecy, Caen affrontait pour son premier match d’avant-saison une équipe non affiliée à l’UNFP. Les Normands se sont imposés 5 buts à 4 après avoir été menés au score (1-0). Cette rencontre anecdotique, synonyme d’entraînement pour les hommes de Franck Dumas, a été un moyen de briller devant les éventuels recruteurs présents pour les joueurs sans club. Retour sur une des faces cachées du football professionnel.

Posté devant son écran télé, il regarde seul la finale de la Coupe du Monde opposant lesPays-Bas à l’Espagne. Une rencontre mettant en scène vingt-deux acteurs en hautde l’affiche et que tout joueur envie. Disputer une finale d’un Mondial etespérer rentrer dans l’histoire en soulevant le trophée en or, synonyme deconsécration suprême. Silencieux pendant une bonne demi-heure, il finit par lâcher« Ca, c’est le gratin du football ». Lundi, lui ira au pôle emploi…

Ce week-end, il était de ceux présents pour affronter l’équipe deCaen en match d’avant-saison. Une vingtaine de joueurs sélectionnés par unagent inscrit à la F.F.F.Parmi ces joueurs sans club, Kamel Larbi, ex avant-centre de l’OGN Nice. A 24ans, l’ancien Aiglon est passé de l’autre côté du miroir. Les deux formationsse sont séparées sur un large score (5-4), Caen sortant vainqueur. Mais lavictoire est presque insignifiante pour Franck Dumas, le technicien caennais.« C’était un entraînement grandeur nature », tempère-t-il, « etil y avait énormément de fatigue. J’ai vu de bonnes choses dans les intentions,d’autres moins bonnes, mais c’est dû à la fatigue physique. » Unépuisement sûrement décuplé pour les joueurs chômeurs, éreintés en fin departie. « Cela fait trois mois que je ne m’entraîne plus avec une équipe.Alors pour garder la forme, je cours tous les jours en forêt »,indique-t-il. Un programme bien dérisoire face au rythme infernal que doiventsubir les joueurs caennais, en cette période de reprise.

Un avenir sans lendemain 

Comme ce jeune milieu gauche de 23 ans, un grand nombre dejoueurs se retrouve chaque année sans club, mangeant leur pain noir.Généralement, après avoir effectué leurs classes au sein de clubsprofessionnels, ces jeunes se retrouvent à jouer dans des équipes de secondezone, parfois à l’étranger, où ils ne sont pas toujours payés. Les moinschanceux passent quelques fois une année sans club. Les cas à la Ribéry font figure d’exception.

A voir les vedettes du ballon rond évoluer dans les plusgrandes équipes d’Europe, le foot et ses millions font rêver. Mais sa réalitéest parfois cruelle. On compte pour cette saison 265 joueurs professionnels auchômage. Plus si l’on prend en compte ceux ayant évolué à l’étranger et n’ayantjamais obtenu le statut professionnel en France. Seule une poignée d’entre euxretrouveront un employeur pour la saison à venir *. Car des joueurs « sortisdu système », il y en a ! Combien de jeunes se font chaque annéerecaler des centres de formations ? Combien se retrouvent sans club etsans diplôme ? Enfin, combien arrivent à ouvrir les portes du mondeprofessionnel ? Il n’y a pas à dire : les Cristiano Ronaldo etconsorts ne représentent qu’une infime partie du monde du football. La partievisible de l’iceberg. L’autre, celle plongée dans les bas-fonds de l’eau glaciale,n’est pas forcément belle à contempler.

Par Rayan Ouamara

* Considéré comme libre de tout contrat, un joueur auchômage peut signer dans un club quelque soit la période de la saison.