portrait Jean Tigana (Bordeaux)  06 2010
Jean Tigana, entraîneur des Girondins de Bordeaux | AFP - Jean-Pierre Muller

Tigana: "Je ne quitterai pas ce club comme ça"

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Comme à son habitude, Jean Tigana reste sûr de lui alors que Bordeaux, sans victoire depuis le 21 novembre, va jouer dimanche contre Nice. L'élimination en Coupe a donné "une semaine intéressante", "avec beaucoup de discussions": "Les discours, c'est bien beau mais il faut de la présence sur le terrain." Et le technicien n'est pas prêt à baisser les bras: Chaque fois que j'ai quitté un club, c'est que j'avais réussi. Et pour le moment, je n'ai pas réussi".

- Peut-on parler de votre semaine la plus difficile ?
- "Non, mais une semaine intéressante. Après tous ces revers, cela a été intéressant avec beaucoup de discussions, de mises au point. J'espère qu'on va retrouver ça sur le terrain. Les discours, c'est bien beau mais il faut de la présence sur le terrain".

- Un coach qui va guider son équipe, comme le réclame Fernando, avec plus de communication ?
- "J'aimerais que la communication soit sur le terrain. Ca évite à des gens de se cogner, de prendre des buts "casquette". Après, ça ne m'empêche pas de discuter avec Fernando, Alou (Diarra), de passer des demi-heures à discuter tactiquement. Il faut que certains se dégagent et puissent prendre les choses en mains. Alou me disait que cela faisait trois ans que cela ne communiquait pas beaucoup non plus, sauf qu'avant on marquait beaucoup plus de buts certainement. Là, on n'en marque pas assez".

- Il y a eu une onde de choc après l'élimination à Angers, votre nom est revenu dans la presse. Cela vous a-t-il touché ?
- "Je n'ai pas lu la presse. J'ai lu, en arrivant ici, des choses par terre (des graffitis de protestation, ndlr). Que le débat soit lancé, c'est normal. C'est pareil dans tous les pays au monde, où le football est une passion et où on demande la tête de l'entraîneur. Quand je suis arrivé à Besiktas (Turquie), avant moi il y avait l'entraîneur du Real Madrid (Vicente Del Bosque). Il a tenu six mois, cela ne l'a pas empêché, après, de gagner la Coupe du monde avec l'Espagne. Cela fait partie de la vie d'un entraîneur, cela ne perturbe pas du tout. J'ai accepté de venir tout seul et je savais que ça allait être difficile. J'ai les épaules assez larges pour assumer. Même pour des propositions plus intéressantes en Angleterre ou n'importe où, je ne quitterai pas ce club comme ça. Beaucoup parlent, moi c'est mon CV qui parle. Chaque fois que j'ai quitté un club, c'est que j'avais réussi. Et pour le moment, je n'ai pas réussi. J'aime ce club et je reste ici".

- Les dirigeants vous ont-ils suggéré l'idée de partir ?
- "Non. C'est même moi qui ai raccompagné Jean-Louis (Triaud) chez lui, on n'a jamais discuté de ça".

- Compte tenu de la situation, n'est-ce pas une erreur d'accepter l'objectif de jouer une Coupe d'Europe? Cette équipe en a-t-elle les moyens ?
- "L'objectif c'est de gagner dimanche, il y a tellement longtemps qu'on n'a pas gagné en championnat (le 21 novembre à Arles-Avignon, ndlr). Comme ils disent en Angleterre: "step by step" (étape après étape). Il n'y a que le terrain qui me le dira, mais, oui, elle a la possibilité (de décrocher une place européenne)".

- A un moment donné, allez-vous pouvoir continuer ?
- "Bien sûr. Je ne lâche jamais. Je ne pars que quand j'ai réussi. Dans la tempête, ce n'est pas moi qui vais sauter le premier du bateau. La difficulté, c'est là où je suis le meilleur, quand je suis attaqué, critiqué. J'ai été meilleur entraîneur en France, en Angleterre, en Turquie et j'ai l'impression de démarrer mon diplôme d'entraîneur. Cela me permet de me remettre en question".