portrait Jean Tigana (Bordeaux)  06 2010
Jean Tigana, entraîneur des Girondins de Bordeaux | AFP - Jean-Pierre Muller

Tigana: "Je ne pensais pas que j'allais souffrir comme ça"

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"Je ne pensais pas que j'allais souffrir comme ça", a déclaré jeudi l'entraîneur de Bordeaux Jean Tigana, s'interrogeant sur son investissement alors que se profile un déplacement compliqué samedi chez le leader Lille lors de la 31e journée de Ligue 1. Le technicien girondin a aussi diagnostiqué "un problème de mentalité" dans son groupe.

Que reste-t-il de la contre performance contre Arles-Avignon (0-0) ?
Il n'y a pas grand chose à mettre comme note pour notre combativité et notre détermination. On a eu tout faux. Pourtant on l'avait bien préparé, on ne l'avait pas négligé. C'est à l'image de cette saison, on a perdu énormément de points à la maison contre les équipes de bas de tableau et on a toujours été présent contre les équipes de haut de tableau. C'est notre gros problème, un problème de mentalité. Je pense qu'on est beaucoup plus efficaces par moments dans certaines déclarations que sur le terrain.      

Cela vous agace-t-il ?
Non, c'est un constat que je fais. Les paroles, c'est bien mais ce sont les actes, le terrain qui comptent. J'ai eu la chance, par rapport à d'autres qui font beaucoup de déclarations, d'avoir presque tout gagné depuis les pupilles si vous regardez mon CV, mais c'est la première fois que j'entendais un public se moquer de nous. J'étais très malheureux, j'ai eu une boule pendant plusieurs jours, sur le banc et chez moi. On attend tous une réaction sur le terrain. Au moins que l'on finisse un match cuit, vidé.
      
Médiocres contre les petits, plutôt bons contre les gros, les joueurs choisissent-ils leurs matches ?
Pas du tout, c'est que l'on a des difficultés à faire le jeu quand une équipe se regroupe derrière, des difficultés à faire le pressing tous ensemble. Cela fait longtemps que ça dure, cela a commencé avant que j'arrive. On s'est posé des questions sur l'entraîneur, c'est normal. Est-ce qu'il faut se poser des questions sur le groupe ? On parle d'ambiance, de mauvaise d'ambiance... J'ai quand même joué huit ans ici à Bordeaux, jamais je ne suis allé déjeuner ou dîner une fois avec certains joueurs, mais sur le terrain c'était autre chose. Je connais ça. Ou on parle trop ou on ne parle pas assez. Ou on travaille trop ou on ne travaille pas assez, ou pas tactiquement. Mais à un moment donné, quand on a envie de courir, de faire les efforts, d'être généreux, d'être en mouvement quand on a le ballon pour donner une solution à son partenaire, ce n'est pas la faute de l'investisseur, du président, de l'entraîneur. Après dans les choix de joueurs, oui j'ai ma part de responsabilités, je ne me détourne pas du tout mais il faut se regarder dans la glace.
      
Pensez-vous que les joueurs sont parfois irresponsables ?

Je ne dis pas ça. Je ne suis pas pessimiste mais je dis qu'il ne faut surtout pas +scier la branche+. Et faire attention car on a un outil de travail exceptionnel, un investisseur exceptionnel, un président fantastique qui est près des joueurs. Peut-être qu'ils diront qu'on a un mauvais entraîneur mais la volonté, on peut l'avoir sur le terrain.
      
Vous attendiez-vous vivre autant de crises, à prendre autant de coups ?
J'ai mis quelques fois le genou à terre mais je me suis toujours relevé. Mais je ne pensais pas en prendre autant, sincèrement, je ne pensais pas que j'allais souffrir comme ça. Mais ça fait partie de la profession aussi.
      
Quel regard portez-vous sur Lille, l'équipe la plus plaisante de L1 ?

Ils ont un collectif mis en place depuis des années. Les joueurs ont l'habitude de jouer ensemble, avec leur buteur devant (Moussa Sow, ndlr) qui leur fait la différence. Vingt buts, ça vous change la vie.

AFP