Frédéric Thiriez, LFP
Le président de la LFP Frédéric Thiriez | PASCAL POCHARD-CASBIANCA / AFP

Thiriez : "C'est un cri d'alarme !"

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Le football professionnel français, qui envisage un week-end sans match fin novembre pour protester contre la taxe à 75% sur les très hauts revenus, défendra sa "survie" jeudi devant François Hollande, selon le président de la Ligue de football professionnel Frédéric Thiriez, mardi dans un entretien exclusif à l'AFP.

Q: Le président de la République a affiché sa fermeté sans exclure un  dialogue: qu'attendez-vous du rendez-vous de jeudi ?
R: "J'ai totalement confiance en François Hollande. C'est un homme  d'écoute, de dialogue, il l'a prouvé. Il ne peut pas rester insensible au cri  d'alarme que lui lancent les PME que sont nos clubs de sport. Il a posé une  condition: la loi est la même pour tous. Je suis d'accord. Toutes les  propositions que nous formulons valent pour toutes les entreprises".
   
Q: Pourquoi estimez-vous cette taxe "injuste" ?
R: "On justifie cette taxe par deux arguments: faire payer les riches et  contribuer au redressement des comptes publics. Or, ce ne sont pas les  personnes qui ont le plus d'argent qui paieront, mais leurs employeurs. Pour ce  qui nous concerne, ce sont pour la plupart des PME en difficultés financières.  Il y a aussi une discrimination, puisque d'autres revenus ne seront pas soumis  à la taxe: les professions libérales, les artistes, les sportifs individuels  (golfeurs, pilotes de F1, tennismen). Même certains cadres supérieurs des  grandes entreprises auront les moyens d'échapper à la taxe en répartissant les  revenus de différentes manières. L'argument de justice ne tient pas la route.  Redresser les comptes publics ? C'est une plaisanterie ! Depuis le début, les  ministres de l'Economie et des Finances eux-mêmes disent que la mesure ne  rapportera quasiment rien. Ils l'évaluent à 200 millions d'euros, dont 44 pour  ce qui nous concerne. Or, les dépenses de l'Etat vont augmenter de dix  milliards d'euros l'année prochaine, malgré les efforts d'économies du  gouvernement. Le football, clubs et joueurs, a versé 700 millions à l'Etat en  impôts et charges sociales l'an dernier: qu'on ne nous dise pas qu'on ne  contribue pas à la solidarité nationale".
   
Q: Comprenez-vous l'irritation du public et de supporters devant ce qui se  profile comme une "grève de millionnaires" ?
R: "On nous parle d'image; nous, nous parlons de la survie du football  français. En terme d'image, c'est vrai que le mouvement n'est pas compris pour  l'instant. C'est pour ça que nous nous sommes donné un mois pour informer  l'opinion. L'expression "grève de millionnaires" est une ânerie ! "Grève" ? Il  n'y a pas grève: nous reportons les matchs et en profitons, stades ouverts,  pour expliquer ce qui se passe au public. "Millionnaires" ? Ce ne sont pas les  footballeurs mais les employeurs qui paieront la taxe".
   
Q: Votre mission de président de la Ligue n'est-elle pas de garantir la  compétition ?
R: "Vous avez tout à fait raison. Pour moi, dont la première mission est  d'organiser le championnat et pas de le désorganiser, la situation est  extrêmement grave. Nous ne sommes plus écoutés depuis des années, je comprends  l'exaspération des clubs. Cette affaire des 75% est la goutte d'eau qui a fait  déborder le vase".
   
Q: Considérez-vous les aménagements (plafonnement à 5% du chiffre  d'affaires, limitation à deux ans) comme des avancées ?
R: "Non. La solution du plafonnement n'est pas juste, puisqu'elle favorise  les clubs les plus riches. Et n'oublions pas que le club de Monaco, par son  particularisme historique, n'est lui-même pas soumis à la fiscalité française.  Cela fait 18 mois que cette discussion existe et que nous ne sommes pas  entendus. Nous avons proposé des solutions, qui s'appliqueraient à toutes les  entreprises. 1. Ne pas soumettre les PME à cette taxe. 2. Que cette taxe ne  soit pas rétroactive. 3. Qu'au moins on ne taxe pas les entreprises en  difficultés, notamment celles qui sont déficitaires. Ce sont ces trois  solutions que nous allons proposer au Président jeudi. Il ne peut pas rester  sourd à ces préoccupations. J'ai confiance dans ce rendez-vous, je pense qu'il  sera fructueux. Je connais François Hollande depuis 30 ans (au PS dans les  années 1980, ndlr). Je le respecte et l'aime beaucoup".
   
Q: Un accord sur la non-rétroactivité pourrait-il clore le différend ?
R: "La non-rétroactivité serait une solution conforme aux principes  généraux du droit français, qui est que la loi ne dispose que pour l'avenir.  Nos clubs ne peuvent recruter des joueurs que sur des contrats à durée  déterminée, et n'ont pas le droit de mettre fin à ces contrats, ni de les  renégocier. Nous sommes littéralement piégés ! La non-rétroactivité serait la  solution convenable qui répondrait aux exigences d'un Etat de droit, et qui  permettrait au gouvernement de se dire qu'il a maintenu la taxe tout en étant  conforme aux principes du droit".

AFP