Reprise de la Bundesliga vue de Strasbourg : "L'Allemagne est souvent notre exemple. Aujourd'hui, c'est plutôt le contre-exemple"

Publié le , modifié le

Auteur·e : Adrien Hemard
Strasbourg

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Alors que le ballon rond ne roule plus en France depuis la mi-mars, le football allemand poursuit sa reprise ce week-end. Depuis une semaine, la Bundesliga a retrouvé les terrains dans des stades vides. A Strasbourg, où le championnat allemand est historiquement bien suivi, le RCSA et ses supporters vivent ainsi une drôle de situation puisque à moins de trois kilomètres de chez eux, sur la rive droite du Rhin, le football a repris ses droits. Mais pas sur leur rive gauche. De quoi alimenter la jalousie ? Pas vraiment.

“C’est hyper frustrant d’imaginer nos voisins à trois kilomètres en train de jouer. A l’époque de Tchernobyl, le nuage s’était soi-disant arrêté à la frontière. Là c’est le foot”, ironise Jean-Luc Filser, le speaker historique du RC Strasbourg. Et contrairement au nuage nucléaire de 1986, cette fois la reprise du football s’est bien arrêtée au Rhin. Sur la rive droite, les clubs pros allemands ont retrouvé la compétition, dans un cadre sanitaire très strict et devant des tribunes vides. Sur la rive gauche, le RC Strasbourg et ses supporters devront eux attendre le mois d’août pour revoir la Ligue 1, ce qui ne les empêche pas d’observer du coin de l’œil le voisin.

D'exemple à contre-exemple

“Quand l'Allemagne a annoncé sa reprise, en Alsace ça nous a tous énervés. On s'est dit 'Pourquoi eux et pas nous ?'. Bon, la situation n'est pas la même, mais de toute façon, pour moi, une vraie reprise, ça doit être avec des supporters pour montrer que la vie reprend”, poursuit Jean-Luc Filser. Président de la Fédération des supporters du RCSA, Philippe Wolff abonde : "L’Allemagne est souvent notre exemple notamment au niveau de la ferveur, des relations entre dirigeants et supporters. Aujourd’hui, c’est plutôt le contre exemple de ce qu’on veut. Pour une fois on ne veut pas s’inspirer d’eux : le foot sans public, sans supporter, ce n’est plus du football”. Pas question donc pour l’Alsace de suivre l'exemple du voisin allemand et son championnat qui reprend à huis clos : “Pour nous, c’est plutôt ce qui a été fait en France qui est logique”, conclut le supporter alsacien.

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Du côté des joueurs, on pourrait s'attendre à une pointe de jalousie de se dire qu'à quelques dizaines de kilomètres, les professionnels de Fribourg reprennent leur métier : “Ils reprennent parce que les conditions sont réunies, que la situation en Allemagne est adaptée pour une reprise. Leur pays est moins touché. Honnêtement, même si c’est juste à côté, ça reste un autre pays avec une autre situation sanitaire”, relativise Adrien Thomasson, milieu du Racing, qui ajoute : "On a repris l'entraînement, c'est déjà ça".

"En Alsace, il y a un lien particulier entre les amateurs de foot et la Bundesliga”

Et pourtant, historiquement, la Bundesliga est un championnat très suivi par l’Alsace, comme l’explique Philippe Wolff : “On a une double culture. Ici, la Bundesliga est tout aussi importante parce qu’on a toujours pu regarder le foot allemand, vu qu’on captait les chaînes allemandes. En Alsace, il y a un lien particulier entre les amateurs de foot en et la Bundesliga”.

Pour autant, les habituels suiveurs alsaciens de la Bundesliga n’étaient pas tous devant leur écran le week-end dernier. “Je n’ai pas regardé. Pas parce que je n’aime pas la Bundesliga, au contraire, je suis plutôt fan. Mais je refuse de voir des matches dans un stade vide, ça n’a pas de sens pour moi”, affirme ainsi Jean-Luc Filser, d’accord avec Philippe Wolff : “C’était samedi après-midi, il faisait beau donc je suis sorti avec mon fils plutôt que de passer mon après-midi devant la télévision pour un match à huis clos”. Seul Adrien Thomasson a jeté un coup d’œil sur l’autre rive du Rhin : “J’ai regardé trois matchs. C’était bizarre, surtout les premières minutes. Après on s’y fait. J’ai trouvé que les matches étaient corrects. Je n’ai pas décroché. C’est sûr que ça n’a rien à voir avec des matches dans des stades pleins, mais ça fait plaisir de revoir du foot”, justifie le milieu strasbourgeois.

Huis clos, sacrifices et impatience

De là à envisager de jouer dans les mêmes conditions à Strasbourg ? “On va y avoir le droit aussi, on reprendra dans des stades vides, il faut s’y préparer”, assure Thomasson, qui regrette déjà l’absence des supporters, tout en se projetant sur une reprise en quarantaine, loin de ses proches, comme les Allemands : “S’il faut faire ça pour reprendre, on fera ce genre de sacrifices”. Speaker historique du stade de la Meinau, Jean-Luc Filser s’y prépare aussi : “On devra faire les choses différemment avec les réseaux sociaux par exemple. Il faut y réfléchir. Les gens vont attendre ces moments. Il va falloir s’adapter. Il faut accepter que la reprise se fera dans des stades vides”.

“C’est très difficile pour les supporters, mais aussi pour nous parce que jouer sans eux, ce ne sera pas pareil. A la Meinau, ils sont fantastiques. Mais on va devoir prendre notre mal en patience”

Une évidence que tout le monde accepte du côté de Strasbourg : “C’est une perspective qu’on envisage évidemment. Il faudrait peut-être attendre et accueillir les supporters différemment. Mais on n'aura pas d'autre choix que d'accepter les matches à huis clos”, reconnaît Philippe Wolff, qui regrette que le monde du foot ne profite pas de cette crise “pour repenser son modèle économique”. “C’est très difficile pour les supporters, mais aussi pour nous parce que jouer sans eux, ce ne sera pas pareil. A la Meinau, ils sont fantastiques. Mais on va devoir prendre notre mal en patience”, se projette Adrien Thomasson.

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Pour le moment, c’est toute une région qui voit ainsi le football reprendre ses droits de l’autre côté du Rhin, sans pour autant être jaloux, notamment à cause des conditions de jeu actuelles en Bundesliga. Ce qui n’empêche pas l’Alsace d’attendre impatiemment le retour du Racing à la Meinau, et plus largement du foot : “L’Alsace n’est pas prête mais impatiente de reprendre”, témoigne Jean-Luc Filser, appuyé par Adrien Thomasson : “Sur les réseaux sociaux, on reçoit beaucoup de messages, les gens sont impatients que cela reprenne. On sent la ferveur”. Mais pour l’heure, cette ferveur ne peut s’exprimer au stade. Et ça, c’est pour l’instant, c'est le cas des deux côtés du Rhin.