PSG-OM : Pourquoi c'était mieux avant

PSG-OM : Pourquoi c'était mieux avant

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Désintéressement relatif mais progressif du public marseillais, deux sphères économiques distinctes, des desseins pas vraiment identiques... Le "classique" du championnat français, qui se jouera ce dimanche soir à 21h, a clairement perdu de sa superbe.

On vous parle d'un temps que les moins de 20 ans connaissent très bien. D'un temps, où le "Classique" exaltait la France du football et voulait encore dire quelque chose. Nous n'irions pas jusqu'à dire qu'il ne signifie plus rien, mais la frénésie autrefois indissociable de ces matches de légende, incontestablement, s'essouffle peu à peu. Il y a un peu plus de deux ans, lorsque le fonds d'investissement qatari QSI amorçait la mue monstrueuse du club parisien, Marseille luttait encore à armes égales, et avait même fait plier le nouveau cossu du football français dans un Stade Vélodrome enflammé (3-0). Cette époque, néanmoins récente, paraît révolue. Aujourd'hui, les OM-PSG sont presque devenus des matches comme tous les autres. Tout simplement parce qu'il n'y a plus match. 

Une rivalité sportive abrogée

C'est comme si le rachat du Paris-Saint Germain en mai 2011 avait signé l'arrêt de mort du "classique". La premier OM-PSG de QSI s'est, certes, soldé par une débâcle à trois baffes (le fameux 3-0, en novembre 2011), mais la première étape de l'éclosion du géant parisien venait à peine d'être enclenchée. Deux ans plus tard, les Bleus et Rouges comptent parmi leur effectif quelques uns des meilleurs joueurs du monde (Ibrahimovic, Cavani, Thiago Silva, Motta), ont considérablement élargi son rayonnement médiatique grâce au "caméo" de David Beckham, et pointent même à la 5e place du classement des clubs les plus riches au monde, si l'on en croit le rapport annuel publié ce jeudi par le cabinet Deloitte en janvier 2014. Dans le même temps, l'OM termine à une piteuse 10e place en 2011/2012, avant de relever la tête avec Elie Baup la saison suivante, décrochant qualification en C1 inespérée. Sur la scène européenne, les Phocéens réalisent des performances qui resteront dans les annales des plus beaux camouflets (0 point décroché à l'issue des phases de poules de C1 en 2013/2014), pendant que le PSG gifle furieusement le Bayer Leverkusen en 8e de finale de la mythique compétition européenne. 

QSI, qui s'appuie sur ses 175 milliards d'euros d'actif, a construit une barrière entre le PSG et l'OM. Comment considérer qu'un match qui oppose deux formations aux ambitions différentes, aux puissances financières sans comparaison, puisse encore être un choc ? 

La frustration du peuple marseillais

Il y a quelques années, suivre le Paris-Saint Germain depuis Marseille était impensable, sinon hérétique. Aujourd'hui, si la tendance n'est pas encore assumée par tous, elle existe. Les recrutements successifs de Motta, Zlatan Ibrahimovic, David Beckham, et Edison Cavani - entre autres - a cristallisé la frustration et la jalousie des Marseillais, qui se détournent peu à peu de l'OM. Le témoignage d'un vendeur de maillots de foot rue de Rome à Marseille en atteste clairement :"avant, quand un mec venait acheter le maillot de Paris, il regardait le sol, jurait que c'était pour un collègue et demander à vite se faire encaisser" avait déploré le dénommé Antoine Pompa. "Maintenant... mon stagiaire est venu pour son premier jour avec le survet du PSG". 

Mais le PSG n'est pas le seul responsable de l'insatisfaction marseillaise. La qualité de jeu produit et le comportement des joueurs, qui n'ont aucun lien direct avec l'hégémonie parisienne, sont quotidiennement décriés. La ferveur si caractéristique des Marseillais s'éteint peu à peu et les jeunes se détournent progressivement de l'unique club français qui a remporté la Coupe aux grandes oreilles. On y souhaite toujours un rachat du club et une soudaine "success story" à la sauce parisienne, mais on y croit plus vraiment. 

Sous le prisme du sport, le "Classique" a été rabaissé au statut de "choc historique", simplement parce qu'il ne vaut plus que par l'histoire. Pas plus.

Jean Charbon