PSG OM 2002
Ronaldinho réalise un doublé lors du succès du PSG sur l'OM, 3-0 le 26 octobre 2002. | AFP-GUEZ

PSG-OM, le vrai faux Clasico

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La Ligue 1 n'est pas la Liga. La culture footballistique n'est pas aussi ancrée dans l'hexagone qu'elle peut l'être en Espagne, en Italie, ou en Angleterre, et c'est sans doute pour pallier ce déficit que l'on tente de créer des grandes affiches. La Ligue 1 n'est pas la Liga, et le seul vrai Clasico existant est celui opposant le Real Madrid au FC Barcelone.

La Guerre de Sécession réinventée

Le PSG est né en 1970, de la fusion de deux clubs franciliens, le Paris FC et le Stade Saint-Germain. L'objectif affiché à l'époque était d'offrir à la capitale un club digne de ce nom. Si à l'époque, l'intention était louable compte tenu du fait que seul la capitale française ne disposait pas d'une vitrine footballistique aussi prestigieuse que celle d'un Real Madrid, de l'Ajax d'Amsterdam, d'une Roma, ou d'un Arsenal (voire de Tottenham) pour Londres, c'est davantage la volonté de créer de toute pièce une rivalité que l'on peut contester. Dans les années 70, la domination des clubs provinciaux que sont Saint-Etienne (4 titres dans les années 70), Marseille (2) et Nantes (2) agacent les milieux parisiens. Pour exister, le PSG doit non seulement pouvoir compter sur des soutiens financiers de la plus riche région de l'hexagone, mais pour exister médiatiquement, elle doit aussi se trouver un rival. Sans rivalité à proximité, le derby était de fait impossible à mettre en avant. Il est apparu évident qu'il fallait faire en sorte de donner un maximum de supporteurs au club francilien, et quoi de mieux que de couper la France en deux ? Le Nord contre le Sud, sorte de guerre de sécession version football est apparu comme une évidence. Deuxième ville de France, Marseille avait aussi les résultats qui parlait pour elle. Avec déjà quatre titres de Champion de France, et neuf Coupes de France à la fin des années 70, l'OM avait tous les attributs pour représenter le grand club de football du sud, et donc le grand adversaire que cherchait le PSG.

On ne refait pas l'histoire

Mais on ne refait pas l'histoire, et il faut du temps pour se bâtir un palmarès. Que ce soit pour l'OM ou le PSG, nous sommes bien loin de l'incroyable palmarès du Real Madrid, qui comptait à la fin des années 1970, 19 titres nationaux, 13 Coupes d'Espagne et déjà six Coupes d'Europe, et de celui du FC Barcelone, qui possédait déjà 18 Coupes d'Espagne, neuf titres nationaux, et quatre Coupes d'Europe (UEFA et Coupe des coupes). Aujourd'hui, le PSG n'a connu qu'à deux reprises les joies d'un titre de Champion de France (1986 et 1994), et court encore après les neuf titres du club phocéen. Au niveau européen, Marseille comme Paris ont connu leur moment de gloire, et là encore, c'est bien l'OM qui est un ton au-dessus, son succès en Ligue des Champions (1993) ayant plus de valeur -bien que plus contesté- que celui obtenu en Coupe des Coupes (1996) par le PSG. La compétition se joue plus au niveau des Coupes de France (huit pour le PSG, et 10 pour l'OM). Cela dit, l'arrivée des Qataris va très certainement changer la donne dans la prochaine décennie... 

Outre la course aux titres, le Clasico tel qu'il existe en Espagne ou en Amérique du Sud (comme Botafogo contre Fluminense, Vasco de Gama contre Flamengo ou face à Fluminense qui se trouvent être des derbys au Brésil) met en exergue une opposition qui date des débuts du championnat. Si la rivalité entre Madrilènes et Barcelonais a pris une autre dimension pendant la période franquiste, Madrid représentant le pouvoir de Franco, et Barcelone se battant pour son indépendance, elle est bien apparue dès la première saison de Liga, en 1928. Et chaque culture possède son expression. En Ecosse, le terme de Clasico n'est pas utilisé pour définir l'affiche opposant le Celtic Glasgow aux Glasgow Rangers. On parle là du "Old Firm", pour ce qui est comme son nom le suggère, l'un des plus anciens chocs du football mondial. Leur premier match aurait en effet eu lieu le 28 mai 1888, soit 83 ans avant le premier match ayant opposé l'OM au PSG !

Des derbys, pas de Clasico

Il existe bien en France des rivalités plus ancrées dans le championnat de France, nées des guéguerres régionales. Le derby opposant le Saint-Etienne de la classe ouvrière à l'Olympique Lyonnais des milieux plus aisés a bien plus de "valeur historique", et des raisons plus politiques que celles des OM-PSG. Il en va de même pour la rivalité opposant Lille à Lens, où là encore, la lutte des classes a fait naître des tensions entre supporteurs. Il y a d'ailleurs eu un précédent aux soi-disant Clasicos opposant Paris à Marseille. Du temps de Bernard Tapie et Claude Bez, entre Marseille et Bordeaux. Mais à l'époque (à la fin des années 1980), c'est davantage une bataille entre deux présidents soucieux de leur image que d'une rivalité historique. Leur rivalité est telle, que l'on en arrivait parfois à oublier que les matches se jouaient surtout sur le terrain, et non en tribunes, ou par médias interposés.

L'influence des médias

Les médias justement. Ils représentent sans doute l'élément fondateur de la rivalité parisio-marseillaise. Lorsque Canal + décide d'investir dans le Paris Saint-Germain, l'idée première n'est pas simplement de faire un coup de pub. La réflexion des dirigeants de Canal porte davantage sur l'intérêt de proposer un adversaire digne de ce nom au club en verve de l'époque, à savoir Marseille. L'OM qui vient de disputer sa première finale de Ligue des Champions n'a à l'époque pas de club capable de lui tenir vraiment tête. Le club vient de remporter trois titres de champion de France d'affilée (1989, 1990 et 1991), et Canal qui diffuse le championnat veut donc logiquement relancer l'intérêt d'un championnat en perte de vitesse. Un peu comme ce qui se passe actuellement avec les Qataris (toute proportion gardée), l'apport financier de la chaîne cryptée va permettre au club de la capitale de recruter quelques stars, à l'image de Valdo, Ricardo, ou encore Ginola. Les Waddle, Papin et autres Cantona ne sont plus les seuls à faire vibrer les foules... Chacun peut choisir son camp, sa préférence, et Canal a réussi son pari, celui de couper la France du football en deux: les pro-parisiens d'un côté, et les pro-marseillais de l'autre.

Le spectacle de la violence

Mais si Bernard Tapie et Michel Denisot parviennent à recruter des grands joueurs, ce n'est pas pour autant que le spectacle est au rendez-vous lors des affiches opposant les deux clubs. Les beaux matches opposant l'Olympique de Marseille au Paris Saint-Germain peuvent se compter sur les doigts d'une main. Et sur un plan sportif, les deux équipes ne se sont réellement disputées le titre national qu'à trois reprises (1989: OM champion devant PSG, 1993: OM déchu de son titre et 1994, PSG champion devant OM). En 1999, le PSG empêche le club phocéen de remporter un 9e titre en battant l'OM à domicile, et s'inclinant face à Bordeaux, qui finira champion avec un point d'avance sur Marseille. Si les matches sont dans leur ensemble peu enthousiasmants, le spectacle se fait plus à l'extérieur des terrains. La violence des propos de certains dirigeants, d'un côté comme de l'autre, attise la haine. Les messages que font passer les représentants de ces deux clubs, incitent des groupes de supporteurs à se livrer eux-mêmes à des invectives, toujours plus violentes. Des maillots sont brûlés pendant les matches, des pavés volent aux alentours du Parc des Princes, les bus des joueurs sont caillassés... Tout ceci fait couler beaucoup d'encre, participe à la construction de la rivalité entre les deux clubs qui n'avaient au départ, rien de particulièrement distinctif, et ceux qui ont mis en scène ce vrai faux Clasico, sont les premiers à s'étonner de ces débordements...

Romain Bonte