Jean-Pierre Bernès
Jean-Pierre Bernès, l'agent "numéro 1" du football français | ALBAN PIERRE/SIPA

OM - L'Equipe dévoile les écoutes de Jean-Pierre Bernès

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Mis sur écoute par le juge Thierry Azéma entre juillet 2011 et le deuxième semestre 2012 dans le cadre de l'enquête sur les transferts douteux de l'Olympique de Marseille, l'agent Jean-Pierre Bernès révèle énormément de choses sur l'OM au gré de ses conversations, révélées par le journal L'Equipe, avec Didier Deschamps, Louis Acariès, Franck Ribéry, Stéphane Mbia et même une conseillère de l'ancien président de la République, Nicolas Sarkozy.

"Je ne me prends pas pour un autre mais je suis l'agent le plus important de France". Voilà ce que dit de lui-même Jean-Pierre Bernès dans des écoutes téléphoniques ordonnées par le juge Azéma dans le cadre de l'enquête sur les transferts douteux de l'OM révélées par le journal L'Equipe (article payant) ce samedi. Cette position si centrale dans le paysage du football français et de l'Olympique de Marseille offre quelques échanges savoureux.

"Maragarita ? Ça va lui coûter très cher"

Dans une discussion avec Louis Acariès, ancien censeur du club à l'époque de Robert Louis-Dreyfus, Jean-Pierre Bernès donne son avis sur la situation de l'OM. "La femme à Dreyfus (Margarita), elle ferait mieux de prendre ses billes, de partir vite parce que ça va lui coûter très cher". En creux, l'ancien conseiller de Bernard Tapie croit que "l'affaire Guérini" (une affaire politico-financière) va remonter jusqu'à l'OM. A Acariès, Bernès propose un "putsch" et son interlocuteur de lui répondre que Margarita Louis-Dreyfus est "complètement maraboutée" par un Vincent Labrune qui ne lui dirait pas la "vérité".

"C'est moi qui t'ai mis à Marseille"

Autre moment savoureux de ces écoutes auxquelles L'Equipe a eu accès, l'échange entre Jean-Pierre Bernès et Stéphane Mbia, en mars 2012. A cette époque, le Camerounais a passé trois ans sur le Canebière, a été champion de France en 2010, et a des envies d'ailleurs. Pour s'assurer que Mbia rejoigne son écurie, l'agent mandate Franck Ribéry: "Je t'explique Franck, ce qu'il faut que tu lui dises sans rentrer dans les détails parce que tu t'en fous, c'est qu'à Marseille, s'il n'est pas avec un costaud, c'est pas lui qui va décider où il va". Une stratégie qui marche à merveille, le lendemain Mbia et Bernès discutent au téléphone. "Tu sais qui je suis moi ?" demande Bernès au joueur avant de lui expliquer que "c'est [lui] qui l'a mis à Marseille". Agent de Nasri, Rami mais aussi de Deschamps, alors entraîneur des Phocéens, Bernès se vante de faire la pluie et le beau temps au Vélodrome.

"Deschamps, il souffre"

Très proche de Didier Deschamps, l'actuel sélectionneur de l'équipe de France, Jean-Pierre Bernès n'hésite pas à alerter en haut lieu sur la situation de son poulain au club. L'Equipe révèle qu'en décembre 2011, il appelle Sophie Dion, conseillère sport de Nicolas Sarkozy, alors président de la République. "Il n'en peut plus, Deschamps, il souffre de ça, des pressions, des menaces. C'est une horreur". Une situation qui amènera Nicolas Sarkozy à appeler directement Deschamps pour l'assurer de son soutien. Une arme de choix dans la guerre que livrait le Basque à José Anigo, directeur sportif de l'OM à l'époque, et Vincent Labrune, coupable à ses yeux de l'avoir "lâché pour sauver sa tronche".

"J'ai oublié de te dire, j'ai foutu la trouille à Vincent (Labrune). J'ai attendu que José (Anigo) soit à côté. Y'a Nicolas Sarkozy qui m'a appelé hier. [...] Il me dit: 'Bon faites passer le message aux joueurs et à votre président' (qu'il a tout son soutien, ndlr). Tu aurais vu la tête de l'autre Dark Vador !".

Au sein de l'Olympique de Marseille, les rapports entre Didier Deschamps et ses joueurs sont parfois compliqués et l'entraîneur veut qu'André-Pierre Gignac quitte le club. "Remplacer Gignac par Gameiro ou par n'importe qui, de toute façon ça peut aller que mieux. [...] Il ne fout plus rien depuis douze jours", explique-t-il à son agent. Le 15 janvier, "DD" comprend qu'"APG" restera. 'Bon Gignac, tu peux oublier. On va le traîner comme un boulet. [...] Il veut être payé aux frais de la princesse". Les écoutes du juge Azéma révèlent enfin que Bernès a voulu placer Yoann Gourcuff à Marseille, ce que Deschamps a refusé: "Pas là, pas comme c'est là, lui a répondu le coach. Pitié, non".