Le FC Nantes vainqueur de la Coupe de France 1999
Le FC Nantes vainqueur de la Coupe de France 1999 | AFP

Nantes, un monument en péril

Publié le , modifié le

Un passé glorieux, un présent consternant, un avenir bouché ! Avis à la population, le FC Nantes ne répond plus. Il n'est pas encore mort mais ce n'est qu'une question de semaines s'il ne réagit pas immédiatement (dès vendredi à Châteauroux lors de la 30e journée de L2). Le troisième club de l'hexagone en terme de palmarès pourrait bien descendre en National à l'issue d'une nouvelle saison chaotique. Explications sans détour d'une chute sans fin.

Des joueurs moyens… au mieux

Quand on étudie de près le groupe actuel du Football Club de Nantes, on se rend rapidement compte de ses limites. Hormis le gardien Guy Roland Ndy Assembé, l'inconstant mais talentueux William Vainqueur et peut-être le buteur Filip Djordjevic (et encore en étant indulgent), aucun joueur n'a le niveau Ligue 1. Un comble pour une équipe qui voulait remonter en début de saison et dont les dirigeants se gaussaient de bénéficier d'un collectif complet et ambitieux. Certains ne sont pas mauvais (Djilobodji, Tixier, Vivian, Ba, Lee ou Rodelin par exemple) mais aucun ne serait a priori titulaire à l'échelon au dessus. La grande majorité de l'effectif peine d'ailleurs à afficher un niveau décent pour assurer le maintien en Ligue 2, désormais seul objectif d'une formation aux abois.

Des départs non compensés

Mickaël Landreau à Lille, Sylvain Armand et Claude Makelele au PSG, Marama Vahirua à Nancy, Dimitri Payet à Saint-Etienne, Grégory Pujol à Valenciennes, Jérémy Toulalan à Lyon, Emerse Fae à Nice, Mauro Cetto à Toulouse, Sébastien Piocelle à Arles-Avignon: tous ces joueurs du FC Nantes de la (dernière) grande époque –les fameuses années Denoueix- font aujourd'hui encore les beaux jours de nombreux clubs. Et on ne parle pas d'Eric Carrière, Viorel Moldovan, Olivier Monterrubio, Nestor Fabbri ou Mario Yepes qui n'ont jamais vraiment été remplacés ni dans l'effectif ni dans le cœur des supporters. Le club ligérien n'a pas su (pu pour certains) les garder tout au long d'une décennie qui a vu l'octuple champion de France glisser progressivement vers les bas fonds du football français après en avoir été un fleuron durant quarante ans.

Des recrues pas au niveau ou mal intégrées

La liste des échecs de recrutement est significative: dans le groupe actuel, de nombreux joueurs n'apportent pas ce qu'ils étaient censés donné: Bruno Cheyrou (annoncé comme le taulier mais totalement hors du coup depuis quelques semaines), Aurélien Capoue (écarté puis rappelé avant d'être exclu contre Ajaccio), Frédéric Nimani, Serge Gakpé, Serge Deblé, Stéphane Darbion aujourd'hui, Jean-Jacques Pierre, Gilles Yapi-Yapo, Florian Bratu, Julio Cesar Caceres, Vladimir Stojkovic, Christian Wilhelmsson, Julio Hernan Rossi, Nourdin Boukhari hier, ils ont tous échoué à restaurer l'image d'un club à la dérive. Ivan Klasnic (Bolton), Denis Oliech (Auxerre) ou encore Claudio Keseru (Angers) ont pourtant prouvé qu'ils pouvaient (bien) jouer ailleurs mais le contexte ou leur manque de motivation ont privé Nantes de leurs qualités au moment où l'équipe en avait le plus besoin. Au final, cela a coûté une relégation en Ligue 2, la première de l'histoire du club en 2007 après 44 ans dans l'élite. Avant une seconde chute en mai 2009, plus dure à digérer encore et dont les conséquences se paient aujourd'hui au prix fort. En attendant la chute finale ?

La formation déclinante

Loïc Guillon, Luigi Glombard, Hassan Ahamada, Dimitrijevic, Wilfried Dalmat, Stephen Drouin, Karim El-Mourabet, Kevin Das Neves…etc. La liste entière serait trop longue mais elle résume la baisse de niveau des éléments sortis du centre de formation de la Jonelière sur la décennie écoulée. Hormis Dimitri Payet, il faut remonter à la génération Landreau-Toulalan pour trouver trace de futurs membres de l'équipe de France dans l'effectif jaune et vert. Précurseur en la matière, bénéficiant de la science de techniciens de grand talent (Jean-Claude Suaudeau et Reynald Denoueix) et de dénicheurs hors pair (notamment Guy Hillion, parti ensuite travaillé pour le compte de Chelsea), Nantes a longtemps eu un coup d'avance sur la concurrence. Rejoint puis dépassé par Auxerre, Sochaux, Lens ou Rennes (aujourd'hui la référence), le FCN l'est aussi par Monaco, le PSG ou Lyon depuis une douzaine d'années. Il est devenu très difficile de convaincre un adolescent prometteur de rejoindre les rangs d'un club qui bat de l'aile et qui n'offre plus guère de perspectives au plus haut niveau.

Des dirigeants impuissants

Le navire nantais coule en silence et le président Kita ne semble même plus croire à ce qu'il fait, changeant de staff au gré du vent et des défaites. Le truculent Waldemar n'est certes pas le seul responsable de la descente aux abîmes du FCN, Jean-Luc Gripond ou Rudi Roussilon (via la Socpresse) ayant aussi leur part de responsabilité. Mais c'est lui qui est à la tête du vaisseau fantôme depuis 2007 sans que les choses se soient améliorées, bien au contraire. Il s'est d'abord coupé des anciens joueurs qui appartenaient à l'encadrement (Laurent Guyot en tête) avant de recruter à tour de bras sans donner de ligne directrice claire. Un grave échec pour un homme qui a pourtant dépensé de l'argent mais qui n'a pas su déléguer le pouvoir sportif aux bonnes personnes. Il a oublié que Nantes n'était pas un club comme les autres. Un club où il faut changer les choses en douceur, progressivement. Passer en force n'a jamais fonctionné ici et le regretté Max Bouyer (éphémère président à la fin des années 80) aurait pu en témoigner, lui qui débordait d'énergie et d'ambition pour son club chéri.

Des occasions manquées

On pourrait donner plein d'exemples mais le dernier résume à lui seul la décadence nantaise. Laurent Koscielny, à l'époque libero à Tours, avait donné son accord pour rejoindre les Canaris à l'intersaison 2009 mais le club est redescendu en Ligue 2 en mai et le futur international a filé à Lorient –un Nantes miniature au niveau du jeu soit dit en passant. Il évolue aujourd'hui à Arsenal et ce sont les Merlus qui en ont profité un an et ont rempli leurs caisses. Ou quand la poisse colle à une équipe…

Aucune ligne directrice

Un flagrant manque de suivi, voilà ce qui coûte au FC Nantes. De sa montée dans l'élite en 1963 à 2001, année de son dernier sacre, le FC Nantes a connu cinq entraîneurs (Jose Arribas, Jean Vincent, Jean-Claude Suaudeau, Miroslav Blazevic et Reynald Denoueix). Un record minimaliste et une constance qui ont fait le palmarès (huit titres de champions, trois Coupe de France, deux demi-finales européennes, des internationaux à la pelle) et la renommée du club jaune et vert (le fameux "jeu à la nantaise"). Nantes se classe dans le Top 5 du football français par son histoire. Depuis, pas moins de onze coachs différents (!) se sont succédés aux commandes de l'équipe première (Angel Marcos, Loïc Amisse, Serge Le Dizet, George Eo, Michel Der Zakarian (avec Japhet N'Doram puis sans), Christian Larièpe, Elie Baup, Gernot Rohr, Jean-Marc Furlan, Baptiste Gentili et Philippe Anziani). Pour quels résultats ? Une finale de Coupe de la Ligue perdue en 2004 contre Sochaux aux tirs au but, sous la houlette de Loïc Amisse). Beaucoup trop peu pour le FC Nantes, classé sur le podium tricolore au nombre de titres de champion (8, derrière Saint-Etienne (10) et Marseille, 9).

Un avenir très incertain

Le FC Nantes n'a plus le choix. S'il ne veut pas sombrer en National et mourir à petit feu, il doit rapidement se racheter et prendre les sept ou huit points nécessaires à sa survie dans l'antichambre de l'élite nationale. Même si l'ambiance semble délétère, l'heure n'est pas à supputer sur d'éventuels repreneurs où même sur un projet pour retrouver la Ligue 1 dans trois ou cinq ans. L'heure est à l'urgence de la situation à savoir terminer –au pire- 17e au soir de l'ultime journée qui verra les Canaris se déplacer au Mans, une équipe qui évoluait au même niveau que la réserve de Nantes il y a 25 ans. Le calendrier n'est pas des plus favorables pour le plus grand club de l'Ouest. Après le déplacement à Châteauroux, les hommes du duo Anziani-Ziani affronteront respectivement Dijon, Nîmes, Angers, Clermont, Istres, Sedan et Le Havre avant (donc) Le Mans. Pas de quoi pavoiser. Il reste moins de deux mois aux joueurs actuels pour éviter un véritable cataclysme. Il n'est peut-être pas trop tard.