Nabil Fekir
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Nabil Fekir, la difficulté d'un choix

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Il n'a que 21 ans et doit effectuer un choix extrêmement compliqué à bien des égards. Si selon Bernard Lacombe, Nabil Fekir a finalement choisi de jouer pour l'équipe de France et non pour l'Algérie, l'attaquant lyonnais a longuement hésité et peut-être même qu'il réfléchit encore aujourd'hui...

Opter pour tel ou tel club est déjà assez stressant pour un footballeur dont la carrière ne dure qu'une quinzaine d'années. Mais choisir de jouer pour un pays lorsque l'on est né et qu'on a grandi en France, que l'histoire de sa famille se trouve de l'autre côté de la Méditerranée, il y a de quoi être déboussolé. Son père Mohamed aurait aimé qu'il porte le maillot des Fennecs, et Nabil avait d'ailleurs répondu favorablement à l'appel du sélectionneur de l'Algérie, Christian Gourcuff. Mais quelques heures seulement après, l'intéressé avait finalement fait machine arrière, preuve que la réflexion était loin d'être évidente.

"J'ai été très sensible à la convocation de l'équipe d'Algérie pour deux matches amicaux contre le Qatar, le 26 mars et Oman, le 30 mars, mais je n'ai pas encore donné ma décision définitive", avait indiqué le joueur sur un réseau social. "J'ai eu Christian Gourcuff au téléphone, mais comme je l'ai déjà expliqué, je donnerai ma position avant la fin du mois de mars et il est donc trop tôt pour dire que ce soit", avait-il précisé. Il n'y a d'ailleurs à l'heure actuelle, aucune confirmation de son choix pour les Bleus pour lesquels il a reçu une pré-convocation.

Pressions de toutes parts

Et si l'Olympique Lyonnais nie avoir exercé d'éventuelles pressions exercées sur le joueur, la Fédération algérienne est loin d'être du même avis. "L'Olympique Lyonnais a son rôle dans ce revirement", a même lancé le président de la Fédération algérienne Mohamed Raouraoua. "Le joueur va désormais réfléchir, qu'il le fasse bien. Nous aussi, nous allons réfléchir de notre côté…", a-t-il ajouté. Il suffit de lire les commentaires emportés –et parfois insultants- d'internautes pour comprendre que la situation de Fekir dépasse le cadre sportif.

Dans les faits, Nabil Fekir possède la double nationalité franco-algérienne. Il vit en France, et a été formé à Lyon. Le football français a souvent été confronté à ce genre de situations. Le jeune attaquant est loin d'être le seul joueur à avoir été confronté à un tel dilemme. Gonzalo Higuain (franco-argentin), Yacine Bahimi (franco-algérien), Pierre-Emerick Aubameyang (franco-gabonais), Younès Belhanda (franco-marocain), ou encore Anthony Lopes (franco-portugais) auraient pu porter le maillot tricolore. Pour certains, le choix était guidé par des raisons affectives, pour d'autres pour des raisons sportives.

Choix du cœur et de​ la raison

D'un côté, jouer avec les Bleus offrirait au joueur de plus grandes chances de remporter une compétition majeure. Autre avantage non négligeable, sa valeur en termes d'image serait plus importante s'il jouait pour une équipe aussi médiatisée que celle de la France. Et même si il s'en défend, son club pourrait un jour ou l'autre, en tirer profit… Mais d'un autre côté, la concurrence sera a priori plus rude qu'au sein de la sélection algérienne. Rien ne dit pour autant que les Fennecs ne remporteront jamais une Coupe du monde ! Jouer pour l'Algérie impliquerait par ailleurs une participation à la CAN tous les deux ans, et donc une absence prolongée au beau milieu des championnats européens. Là encore, ce choix influerait sur sa valeur commerciale.

Pour le moment, la prudence doit aussi être de rigueur. Nabil Fekir n'a finalement disputé que 35 matches en Ligue 1, et les désillusions ne sont pas rares en football. Si l'on se base d'un point de vue affectif (doit-on rappeler qu'une sélection reste un honneur), seul Fekir peut savoir de quel côté son cœur penche. Encore faut-il savoir si l'affectif doit prendre le pas sur le sportif ! Après son brillant match à Montpellier (auteur d'un doublé, lors d'une victoire 5-1), le natif de Lyon a eu au moins le mérite de répondre clairement aux attaques de son entraîneur, Hubert Fournier, qui lui avait demandé de "s'exprimer plutôt avec ses pieds plutôt que dans la presse".

Romain Bonte