Joao Moutinho
Joao Moutinho (ASM) | VALERY HACHE / AFP

Moutinho, la taille ne compte pas

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Dimanche soir (21h), l'Olympique de Marseille et l'AS Monaco s'affronteront pour le premier gros choc de la Ligue 1. Ca tombe bien, Joao Moutinho, acheté à prix d'or par l'AS Monaco, fera enfin ses grands débuts sur les pelouses du championnat de France. L'occasion pour nous de faire une petite mise au point sur un joueur aussi doué que court sur pattes. Portrait d'un géant sous-côté.

Trop petit, trop maigre et...la porte. Les spécialistes ont suffisamment pointé du doigt les anomalies inhérentes à la formation française. Du grand, du physique, du costaud, et c'est tout. Des joueurs comme Mathieu Valbuena ou Romain Alessandrini, qui peinent à dépasser le mètre 70, l'ont appris à leurs dépends. Le premier, qui brille aujourd'hui avec l'OM et l'équipe de France, avait été recalé par le centre de formation des Girondins de Bordeaux. Motif : trop petit. Même tarif pour Alessandrini, remercié après un essai de 15 jours à Saint-Etienne. Seulement, des années plus tard, lorsque ces joueurs explosent, les lacunes des centres de formation français sont mises en exergue. 

Au Portugal, il n'y a pas que la taille qui compte. Le football y est différent, et les joueurs, aussi. Plus techniques qu'athlétiques, ils sont empreints, depuis leur plus jeune âge, d'une culture tactique favorable à l'attaque, au dribble, à la belle passe. Résultat : les rencontres de la Superligues offrent un jeu plus direct et vertical.

Ainsi, Joao Moutinho n'aurait probablement jamais percé dans le championnat français. 1 mètre 71, 61 kg, c'est trop petit, trop frêle. Pourtant, dimanche, la Ligue 1 fera la connaissance d'un homme qui  pousse au respect, d'un petit géant, d'un virtuose, d'un génie inoxydable, d'un joueur propulsé capitaine du Sporting à 20 ans. Rien que ça.

Porto et Euro 2012

En 2010, Moutinho, alors âgé de 23 ans, quitte le Sporting pour Porto. Un transfert qui ne passe pas inaperçu puisque José Eduardo Bettencourt, président des Lions lisboètes profite de l'occasion pour balancer : « João Moutinho ne comptait pas pour le Sporting et le Sporting ne comptait pas pour João Moutinho. Il n'avait pas le minimum de conditions requis pour être capitaine de l'équipe (...). Entre ne rien recevoir et continuer avec une pomme pourrie, il n'était pas possible de prendre une autre décision ». Etrange. Pourquoi lui avoir donné le brassard ? Pourquoi en faire le joueur le mieux payé de son club ? Quoiqu'il en soit, le Mou', ne se fait pas prier, et "rapplique" immédiatement chez les bleus et blancs. Et le moins que l'on puisse dire, c'est qu'il ne met pas trois mois pour s'imposer :" A peine arrivé, Jaoa assure et complète à merveille le trio du milieu portiste avec Fernando et Lucho. Au final, à 26 ans, Moutinho a joué plus de 400 matches au Portugal. Et puis, il y a eu l'Euro 2012. Pièce maîtresse de la Selecçao, le petit Joao y a fait des merveilles. Et n'a pas hésité à se frotter à Khedira ou Poulsen, qui le surplombent de trois têtes. 

Son transfert à Monaco : "une pomme pourrie à 25 M€"

Le club princier a donc fait l'acquisition d'un joueur que Tottenham, Manchester United et Liverpool (voire le PSG) s'arrachaient. Quant à Pinto Da Costa, le célèbre président du FC Porto, il s'était rappelé, lors de l'officialisation de la transaction, aux bons souvenirs de son homologue du Sporting en se moquant :" nous avons vendu une pomme pourrie 25 millions d’euros". Inclus dans le luxueux package de 70M€ (coût total de la doublette James-Moutinho), l'international portugais aura l'occasion, dès dimanche, de mettre tout le monde d'accord. Du moins, si ses coéquipiers ne sont pas aussi ingrats que l'ont été les Marseillais avec Lucho à l'époque. C'est le risque avec les génies, ils ne sont pas toujours compris.  

Jean Charbon