Jardim Vasilyev
Leonardo jardim (à gauche) et le vice-président de l'AS Monaco Vadim Vasilyev | VALERY HACHE / AFP

Monaco et le sens des priorités

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Le départ d’Anthony Martial pour Manchester United fait grimper à presque 140 millions d’euros les bénéfices du club Monégasque sur le marché des transferts, renforçant un peu plus sa logique d’acheter jeune et de revendre (très) cher. Un succès implacable sur le plan financier. Et sur le plan sportif ? On peut légitimement se poser la question.

Si l’on pouvait encore en douter, l’épisode Martial d’hier a pu définitivement convaincre les derniers sceptiques : Monaco ouvre les vannes. Le départ d’Anthony Martial pour 80 millions d’euros (avec bonus) a scellé pour de bon l’éphémère projet "all-star" rêvé par Dmitry Rybolovlev lors de son arrivée à la tête du club. Un tournant économique pris il y a deux ans et marqué par le départ de Falcao et James Rodriguez, tous deux arrivés en grande pompe seulement un an auparavant. Aujourd'hui, la donne a changé et Monaco se doit d'être rentable.

"Ça​ devient impossible de refuser de telles sommes"

Car le club monégasque, embourbé dans les affaires de divorce de son richissime président puis par les restrictions du fair-play financier, doit vendre. Et lorsqu’arrive sur la table une proposition comme celle de Manchester United hier, il paraît bien difficile de la refuser. Un choix que comprend le sélectionneur des Bleus et ancien coach de Monaco Didier Deschamps. "Ce n'est pas un pari, c'est un investissement. Le foot génère beaucoup d'argent, et les clubs anglais ont des moyens colossaux. À partir du moment où ils mettent le prix, ça devient impossible de refuser de telles sommes." Une telle plus-value pour un joueur de 19 ans acheté 5 millions d’euros il y a deux ans paraît difficile à refuser. Lorsque la cote d’un joueur se multiplie par quinze en seulement deux saisons et une cinquantaine de matches de Ligue 1, ça ne se refuse pas. Mais ce transfert, fait dans le money-time du mercato, vient désormais confirmer définitivement la tournure ultralibérale prise par les dirigeants du club depuis désormais deux ans. Et montrer que l’aspect sportif n’est peut-être plus aujourd’hui la priorité des dirigeants monégasques.

Un merca​to séduisant

La vente de trois titulaires de l’équipe quart de finaliste de la dernière Ligue des Champions (Kurzawa, Abdennour, Martial) lors de la dernière semaine du mercato a du hérisser les poils de Leonardo Jardim. Car si l’entraîneur Portugais savait qu’il allait perdre gros cet été ("Dans son projet, Monaco doit vendre trois ou quatre titulaires par saison, c'est comme ça", avait-il confié en juin dernier à l’Equipe), il ne s’imaginait sûrement pas en perdre trois d’un coup en seulement sept jours. Surtout que le technicien Portugais pouvait se satisfaire d’un mercato plutôt bien mené par les scouts Monégasques. Kondogbia et Carrasco avaient quitté le navire pour un joli pactole (40 millions pour le premier, 20 pour le second), mais assez tôt pour voir cet argent réinvesti pour bâtir une équipe pleine d’avenir, entourée de vieux briscards comme Jérémy Toulalan ou Ricardo Carvalho pour encadrer cette jeunesse insouciante.

Élevage intensif de jeunes talents

Alors, à quel moment le vent a-t-il tourné ? À Valence peut-être, pour les barrages de la Ligue des Champions, où Leonardo Jardim s’est vu interdire d’aligner Aymen Abdennour, alors en instance de départ pour… Valence. Ou alors dans ces dernières semaines de mercato, où Monaco a fait le choix de parier sur deux futurs cracks annoncés : le Brésilien Gabriel Boschilla (acheté neuf millions d’euros à Sao Paulo) et Rony Lopes, débarqué de Manchester City pour dix millions. Si leur talent est indéniable, la question est de savoir l’intérêt du club monégasque d’acheter deux milieux offensifs, certes avec un potentiel de plus-value important mais dans un secteur de jeu plus que fourni, alors que la défense rouge et blanche, pilier du système Jardim l’année dernière, prend l’eau de toutes parts depuis le début de saison. La tendance à la spéculation des dirigeants de l’ASM et l’entassement de joueurs prometteurs donnent aujourd’hui l’image d’un club à la stratégie d’élevage intensif de jeunes talents, où le business prime et où le football semble passer au second plan.

"Je sais que tout peut arriver, j'aimerais juste être fixé le plus vite" déclarait Jardim en juin à propos du mercato. Pas sûr que le Portugais ait vraiment vu venir ce transfert de dernière minute, surtout après un mois d’août peu reluisant sportivement (élimination de la Ligue des Champions, une seule victoire en quatre journées de championnat). S’il savait à quoi s’attendre en acceptant de prendre les commandes du club de la Principauté, Leonardo Jardim doit forcément s’interroger sur la tournure des événements, lui qui n’a probablement jamais débuté une saison avec un club aussi ambitieux mais avec aussi peu de stabilité et de certitudes.

Mathieu Aellen