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Rolland Courbis. | MEHDI FEDOUACH / AFP

MHSC-ASSE: Courbis, le coach double-face

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Nommé entraîneur de Montpellier après l'éviction de Jean Fernandez, le natif de Marseille cumule les paradoxes. Tacticien reconnu sans posséder le diplôme, Rolland Courbis a fréquemment sauvé ses équipes de la noyade, même si lui-même, s'est souvent noyé. A l'aube du Montpellier-Saint-Etienne de vendredi soir et de son premier match sur le banc héraultais (20h30, 17e journée) portrait d'un homme de discours qui résiste à l'uniformité.

Il voudrait qu'on le laisse tranquille Rolland avec ses histoires de mallettes et de "magouilles". Il voudrait qu'on arrête de lui rappeler qu'il a été mouillé dans quatre grosses affaires, toutes ayant fait les choux gras de la presse judiciaire. Pourtant, le Marseillais n'arrive pas à se dépêtrer de ses sombres épisodes infractionnels et carcéraux :"à un certain moment, il faudrait peut-être me lâcher", déclarait-il en 2011. Sa réputation de "carambouilleur" l'a d'ailleurs tenu éloigné des terrains de ligue 1 quelques temps. Sa dernière expérience d'entraîneur au sein d'un club français remonte à 2007, à Montpellier. En 2009, il avait dû quitter les pelouses de l'Héxagone, incarcéré dans l'affaire des comptes de l'OM. Mais quatre ans plus tard, après avoir été annoncé à Nice, à l'OM, ici et là, "le Marcel Pagnol du football" est de retour dans l'Hérault, dans un club qui lui correspond bien, dirigé par un président qui lui correspond bien. Et surtout, qui a osé le pari que certains n'ont pas eu l'audace de tenir : lui faire confiance. 

Les diplômes ne justifient pas le bagout

Courbis est le genre de "type" qui plaît bien aux médias. Son langage coloré et ses grands gestes à la "napolitaine" en font un client parfait de la société du spectacle. D'ailleurs, si Canal +, France 2, RMC et BFM ont tour à tour sollicité ses services, ce n'est pas par hasard. Outre la puissance médiatique du personnage, sa science du bon mot et son aura ont prouvé leur efficacité dans le vestiaire lors des causeries d'avant match. Car Courbis est de ceux, qui, par la puissance du discours, arrivent à tirer le maximum du potentiel de leurs joueurs, ou mieux, à les transcender. N'importe quel fan de football se souvient de l'incroyable victoire de l'OM sur Montpellier, en 1998. A la mi-temps, Marseille est mené 4-0. A l'arrivée, les Héraultais s'inclinent 4-5. Le fait est que, pendant la pause, l'ancien coach d'Ajaccio a su remobiliser ses joueurs plus que de raison. La suite tient plus du miracle du football, et l'intéressé en est conscient :"Le seul truc qui m’intéressait à la mi-temps, c’est qu’on gagne la deuxième mi-temps en se disant que c’était un deuxième match et qu’on puisse se dire ensuite que la première mi-temps était un accident. Le reste, c'est du miracle. Car si j’avais les phrases qui permettent à une équipe de remonter quatre buts, je ne serais plus un être humain".

Aussi, Rolland Courbis présente une autre particularité dans le monde du football : il ne possède pas de diplôme d'entraîneur. Enfin, plus précisément, il ne l'a pas "complètement" : "je n’ai que 80% des diplômes, donc dire que je ne les ai pas, ce n'est pas tout à fait exact". Toujours est-il qu'il a besoin d'un "prête nom" pour coacher une équipe : c'est à dire d'être épaulé par un détenteur du diplôme officiel. Lors de sa première expérience montpellieraine, c'était Jean-François Domergue, et à l'OM, c'était Albert Emon. 

Rolland/Loulou : qui se ressemble s'assemble 

Loulou Nicollin, le président du MHSC, se moque de ce genre de considérations administratives. Lui, marche au feeling. Et voit en Rolland Courbis un homme capable de "redonner" le sourire à ses joueurs :"je veux un entraîneur qui gagne des matchs, qui redonne le sourire aux joueurs et qu'il y ait une communion avec le public", confiait le dirigeant héraultais jeudi dernier. "Les supporters veulent Rolland Courbis". Désormais, ils l'ont. 

Surtout, avec l'ancien entraîneur marseillais, Loulou a trouvé un homme avec qui échanger quelques joutes verbales. Comme le dirigeant héraultais, Courbis a un penchant avéré pour les petites phrases bien choisies. Lorsqu'il était coach du RC Lens, il avait critiqué le climat de la région Nord d'une manière bien à lui :"la pelouse de Bollaert à cette époque doit ressembler tellement à une banquise que je ne serais pas surpris d'y voir des pingouins !". On imagine tout à fait Loulou lancer cette petite pique, non ? 

Plus sérieusement, pour son premier match sur le banc montpellierain vendredi soir face à Saint-Etienne (20h30), Rolland Courbis sera observé. Contre les Ligériens, l'objectif est clair :" Gagner", et permettre aux Bleu et Orange de glaner leur 3e victoire de la saison. 

Jean Charbon