Marseille : 6 dates pour comprendre la crise à l'OM après l'invasion du centre d'entraînement

Publié le , modifié le

Auteur·e : Vincent Daheron
Marseille
Une banderole déployée dans Marseille dirigée contre le président olympien Jacques-Henri Eyraud, samedi 30 janvier 2021. | NICOLAS TUCAT / AFP

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Depuis quelques semaines, la tension montait progressivement à Marseille. Le président Jacques-Henri Eyraud mais également l'entraîneur André Villas-Boas étaient dans l’œil du cyclone. L'escalade des déclarations et des contestations a fini par mener à une violente invasion au centre d'entraînement de l'OM, la Commanderie, ce samedi après-midi. Retour sur les 6 moments qui ont mené à une telle fronde.

• 25 novembre 2020 : le triste record de défaites en C1

Les tensions marseillaises commencent en ce funeste mercredi soir de la fin du mois de novembre. L'OM subit au Vélodrome une défaite nette et sans bavure face au FC Porto, la quatrième de la saison en autant de rencontres de Ligue des champions. Surtout, les Olympiens brisent un record en enchaînant une treizième défaite de rang en C1, personne n'a fait autant ou pire dans l'histoire de la compétition. Marseille est alors la risée du football français et le manque de révolte de ses joueurs sur le terrain agace les fans.

Avant la rencontre, une phrase prononcée par André Villas-Boas en conférence de presse avait déjà courroucé les supporteurs alors que l'OM luttait pour ne pas battre ce honteux record. "Si on sort de ce rêve européen ou cauchemar européen, à la fin ça peut être mieux pour le championnat, avec ce calendrier surchargé", avait-il déclaré, délaissant même l'objectif de la troisième place et d'un reversement en Ligue Europa.

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• 8 décembre 2020 : quand Jacques-Henri Eyraud déplore le trop grand nombre de Marseillais dans le club

C'est une vidéo partagée sur les réseaux sociaux qui a grandement irrité (c'est un euphémisme) les supporteurs marseillais. Dans une visio-conférence organisée par Le Shack le 8 décembre 2020, Jacques-Henri Eyraud est invité à parler de management, quatre ans après son arrivée à la présidence de l'Olympique de Marseille. Deux extraits circulent massivement. Dans le premier, le président olympien estime que son club ne doit pas être majoritairement composé de Marseillais pour éviter d'associer travail et supportérisme, ce qui serait, selon lui, préjudiciable pour l'entreprise. "Quand je suis arrivé à l’OM, j’ai été frappé de voir que 99 % des collaborateurs du club étaient marseillais. C’est un danger et c’est un risque. Pourquoi je dis ça ? Parce que j'étais là depuis quelques mois et il se trouve qu'on a eu une série de 2 défaites consécutives et j'ai vu à quel point les visages se refermaient, les dépressions étaient proches, déclare-t-il. En termes de productivité, l’impact d’une défaite sur les attitudes et les comportements des collaborateurs était fort, et cela, ça ne va pas. [...] La première chose dont il faut se méfier est de recruter, je cite, un « fan in a suit » (un fan en costume, ndlr), car il aura tendance à laisser parler sa passion pour son club, son équipe, plutôt que de regarder le cap défini ensemble et qui devra être tenu coûte que coûte."

Dans le deuxième extrait, Jacques-Henri Eyraud qualifie la chaîne OM TV, qu'il a supprimée en 2018, de "19e siècle des médias" avant d'enchaîner en expliquant que certains employés avait dû quitter le club car "ils étaient incapables d’être sur un positionnement différent de ce qu’ils avaient eu l'habitude de faire pendant des années".  Lors de la première rencontre des Marseillais à domicile suite à la diffusion de ces propos, contre Montpellier, une centaine de supporteurs a appelé à la démission du président avec des banderoles cinglantes : "JHE dégage."

• 16 décembre : quand André Villas-Boas menace un journaliste

Hasard du calendrier, le match aller entre le Stade Rennais et l'Olympique de Marseille date d'un peu plus d'un mois seulement. Le 16 décembre dernier, les Bretons s'imposent à domicile (2-1) après un carton rouge de Pape Gueye jugé sévère. Après la rencontre, au terme de la conférence de presse, André Villas-Boas s'est approché d'un journaliste de La Provence qu'il avait dans le viseur. Suivent des menaces captées en vidéo : "Merci hein. Continue comme ça, je t'attrape moi. Si j'ai la chance de t'attraper ... Continue comme ça, c'est bien."

Quelques jours plus tard, à la veille de Marseille-Reims, la presse dans son ensemble quitte la conférence lorsque le Portugais se présente aux micros en guise de soutien au journaliste de La Provence. Quand la conférence de presse débute enfin, AVB présente ses excuses : « J'ai eu une réaction que je regrette, a d'abord déclaré le coach. Le fond de ma pensée ne change pas, mais la forme n'était pas la bonne. Je regrette ma réaction mais j'ai été touché par les articles et les mots durs." Trop tard, le mal est fait et l'image d'André Villas-Boas continue de s'effriter. 

• 6 janvier 2021 : la célébration de Payet envers son coach

La relation entre André Villas-Boas et Dimitri Payet n'a rien d'un long fleuve tranquille. En cette saison 2020-2021, le Réunionnais est en véritable méforme. En guise de sanction, AVB l'installe sur le banc ce mercredi 6 janvier pour la réception de Montpellier. Payet entre en fin de match et marque le deuxième but de son équipe qu'il guide sur la voie du succès (3-1). Pour célébrer son cinquième but de la saison toutes compétitions confondues, l'ancien Nantais fixe son entraîneur, le regard noir, et fait un signe de la main qu'il accompagne des paroles suivantes captées par les caméras : "Tu es fou toi."

Dimitri Payet n'apprécie guère d'avoir été relayé sur le banc par André Villas-Boas qui a préféré étouffer la polémique en conférence de presse d'après-match.

• 22 janvier 2021 : AVB met au grand jour le clivage Payet-Thauvin

C'est presque de notoriété publique que Dimitri Payet et Florian Thauvin, les deux joueurs phares de l'OM, ne sont pas de grands amis et que leur relation est tumultueuse depuis des années. En 2015, déjà contre Rennes, le second avait insulté le premier après des remarques à son égard. Six ans plus tard, AVB a confirmé en conférence de presse que ce n'était pas l'amour fou entre les deux. "Je ne pense pas qu'ils vont passer leurs vacances ensemble, déclare-t-il. Le plus important, c'est l'OM. C'est jouer pour l'OM. Je veux que les deux aident l'OM à atteindre ses objectifs. Ce n'est pas le premier vestiaire où je passe où les joueurs ne pouvaient pas se regarder." 

Ces déclarations étonnent et détonnent dans un milieu où laver son linge sale en public n'est jamais très bien accueilli. Les déclarations du Portugais risquent de diviser le vestiaire marseillais davantage et les supporteurs lui reprochent de mettre en péril l'équipe. Ces mots sont une nouvelle pierre dans la communication sans filtre et parfois inquiétante d'André Villas-Boas.

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• 29 janvier 2021 : Villas-Boas annonce son départ du club en juin

La dernier étape de l'escalade des tensions a eu lieu pas plus tard que ce vendredi. Interrogé en conférence de presse avant la rencontre contre Rennes initialement prévue ce samedi soir, André Villas-Boas a confirmé son départ de l'Olympique de Marseille en juin prochain. « Cela laisse penser que votre futur est acté, que vous partez en juin ? », a d'abord demandé un suiveur. "Bien sûr, oui, je pense", a répondu le "special two", surnom donné en référence à son compatriote José Mourinho, alias "the special one". "Avec la position dans laquelle nous sommes, c'est plutôt normal. Par rapport aux prestations de cette année, aussi. Cela contredit quelque peu ce que dit la direction, mais cela va être la fin. » Les supporteurs marseillais lui reprochent donc d'annoncer déjà son départ à quelques mois de l'échéance de son contrat et alors que le club est en mauvaise posture. La peur de voir AVB ne plus s'impliquer davantage étant donnée la fin de son aventure olympienne d'ici peu est grande.

L'avenir du Portugais sur les bords de la Méditerranée est d'ailleurs le fil rouge depuis le début de la saison. Après la défaite contre Lens (1-0), le 20 janvier, Villas-Boas avait même mis sa place en jeu. "Si la direction pense que c'est mieux sans moi, je ne veux pas mettre d'obstacle. J'ai mis ma place à leur disposition la semaine dernière. Ce n'est pas un problème."