"Lutter contre le piratage, c'est conforter la valeur de notre championnat", juge le député Cédric Roussel

Publié le , modifié le

Auteur·e : Denis Menetrier
Cédric Roussel veut lutter contre le piratage qui dévalorise le championnat français
Cédric Roussel veut lutter contre le piratage qui dévalorise le championnat français | CHRISTOPHE ARCHAMBAULT / AFP

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Dans la foulée de l'annonce du partenariat entre TF1 et Mediapro, Cédric Roussel, député des Alpes-Maritimes et président du groupe d'études Économie du sport à l'Assemblée nationale, a transmis à la LFP un courrier lui demandant des garanties sur le nouveau diffuseur de la Ligue 1 à partir de la saison prochaine. En février dernier, l'élu avait déposé un amendement au projet de loi audiovisuel, visant à lutter contre la propagation du streaming illégal sportif. Une nécessité qui en va de l'attractivité du championnat selon le député.

Pourquoi avez-vous décidé d'interroger la LFP sur les garanties financières fournies par Mediapro ?
Cédric Roussel :
"La crise nous a rappelé le niveau de télé-dépendance du football français et pour assurer la survie des clubs, la LFP a contracté un prêt garanti par l’État (de plus de 224 millions d’euros, ndlr). Que se passerait-il en "temps normal", si l’État n’était pas là pour se porter garant ? La crise nous pousse à appliquer un principe de précaution pour sécuriser les ressources de nos clubs et protéger notre modèle de financement solidaire du sport amateur par le sport professionnel. Je suis profondément attaché à ce modèle de solidarité auquel contribue grandement la LFP. Je veux être clair, mon intention n'est pas de m'immiscer dans les comptes de Mediapro, mais de m’assurer que toutes les garanties financières ont été prises et qu’elles ne sont pas remises en cause par la crise du COVID-19. Jaume Roures (président de Mediapro, ndlr) se dit "inquiet" du climat actuel dans le football français (en référence au manque d’unité des clubs sur la question de la reprise du championnat, ndlr), moi je m’inquiète aussi de la capacité de Mediapro à tenir ses engagements dans la durée vis-à-vis de la LFP. Le financement du sport pour tous est une politique publique majeure. Par ce courrier, j’exerce ma mission de contrôle et d’évaluation des politiques publiques qui fait partie intégrante de mon mandat de député."

Êtes-vous inquiet de voir le piratage augmenter avec l'arrivée d'une offre à 25 euros qui peut effrayer les passionnés de football ?
CR :
"L'inquiétude, on l'avait déjà avant l'arrivée de Mediapro. C'est pourquoi j'ai été à l'initiative du renforcement du dispositif de lutte contre le piratage sportif dans le projet de loi audiovisuel examiné en février à l'Assemblée nationale (qui doit prochainement être examiné au Sénat, ndlr). L'arrivée d'un diffuseur supplémentaire risque en effet de pousser davantage de fans vers l'illégalité. Le foot est un spectacle très populaire mais aussi très coûteux, c'est un paradoxe qui explique la forte consommation de streaming illégal. Au-delà des instruments de régulation, l'offre doit se rationaliser pour être plus abordable."

Que contient cet amendement, que vous avez déposé en février dernier contre le streaming illégal sportif, dans le projet de loi audiovisuel ?
CR :
"Il donne la possibilité aux ayants droits, c'est-à-dire aux ligues professionnelles et aux diffuseurs, de saisir le juge afin d'obtenir une ordonnance dynamique autorisant le blocage ou le déréférencement de tout site diffusant illégalement une compétition sportive. Jusque-là, les dispositifs de lutte contre les sites pirates n'étaient pas adaptés à la célérité de l’offre. On pouvait saisir le juge dans l'urgence, mais uniquement sur la base des sites déjà identifiés. Dans la pratique, dès l’engagement de la procédure, un nouveau site "pirate" apparaissait... Le jeu du chat et de la souris."

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L'amendement permettrait donc de lutter contre ça ?
CR :
"Oui, il permet de fermer ces sites dits "miroirs" (qui se créent juste après la fermeture d'un autre, ndlr). C’est une décision de justice respectant le principe de proportionnalité. La nouvelle ARCOM (autorité de régulation née de la fusion entre la Hadopi et le CSA, ndlr) jouera le rôle de tiers de confiance et de garant de la bonne application de la décision judiciaire. Avec ce dispositif, nous nous attaquons directement aux sources de la criminalité et non pas à l’internaute comme ce fut auparavant le cas avec la Hadopi."

"Contrairement à ce que Maxime Saada affirme, les diffuseurs deviennent les financeurs du football français"

À quel point lutter contre le piratage des rencontres de football est important selon vous ?
CR : 
"Je défends depuis de début de mon mandat l’idée que le spectacle sportif est un fait culturel. La spécificité du sport est que la valeur d’un match se consume au fil des minutes et disparait au coup de sifflet final. Lutter contre le piratage, c’est conforter la valorisation des droits audiovisuels, et la valeur de notre championnat quelque part, mais c'est également protéger les sources de financement de nos clubs amateurs. Au même titre que les œuvres cinématographiques et musicales sont protégées par le droit d’auteur, le spectacle sportif doit pouvoir bénéficier de protections juridiques adaptées. La consommation illégale des contenus culturels a baissé ces dernières années sous l’impulsion des acteurs du secteur qui ont su rationaliser leur offre. Ça ne s'est pas fait du jour au lendemain mais j’invite les acteurs du football à faire de même."

Qu'entendez-vous par une rationalisation de l'offre dans le milieu du football ?
CR :
"Aujourd'hui, on peut le dire, on a tous la crainte d'une bulle économique dans le football. Contrairement à ce que Maxime Saada a récemment affirmé (le patron de Canal+ a expliqué début avril que sa chaîne n'était pas "une banque"), les diffuseurs et maintenant Mediapro deviennent les financeurs du football français. Le prêt garanti par l'État (de 224 millions d'euros auquel a souscrit la LFP et qui bénéficiera aux clubs français, ndlr) ne va pas durer. Donc il faut que tout le monde se mette autour de la table pour réfléchir. Mediapro prend déjà les allures d'un Netflix avec 80% du marché de la Ligue 1. Je pense que les fédérations et les ligues peuvent développer des offres, réfléchir à des idées comme proposer un abonnement Mediapro par club. La régulation doit venir des acteurs eux-mêmes, parce qu'on peut sentir que certains constatent qu'on atteint une limite."

Vous avez demandé des garanties à la LFP concernant Mediapro. Finalement, êtes-vous confiant par rapport à l'arrivée de ce nouveau diffuseur sur le marché dès la saison prochaine ?
CR :
"J’attends la réponse de la LFP pour pouvoir vous répondre. Le nombre d’abonnés que Mediapro espère conquérir est ambitieux mais je ne veux pas être celui qui crie avant d'avoir mal. L’accord conclu avec TF1 est un joli coup et j’espère que leurs projections se réaliseront. Je souhaite simplement m’assurer que les instances du football français ont pris toutes les précautions nécessaires pour éviter la catastrophe industrielle. Notre vigilance doit être à la hauteur des enjeux du sport en matière de santé, de bien-être, d’inclusion, et de cohésion pour notre société."