L'indécent bal des intérêts personnels, le billet d'humeur d'Andréa La Perna

Publié le , modifié le

Auteur·e : Andréa La Perna
Aulas Boy de La Tour
On ne s'embarrasse même plus de l'apparente cordialité. | AFP

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L'attente était longue, les débats âpres. Finalement, la LFP a rendu son verdict jeudi. La Ligue 1 2019/20 sera figée à la 28e journée et les équipes classées en fonction du nombre de points marqués par match. Après les déclarations du Premier ministre Edouard Philippe mardi, la Ligue pensait siffler la fin de la récréation. C'est raté.

“Et même que moi ça me va pas !”

“Eh mais, c’est trop injuste !”

D’une journée qui devait lever le doute sur l’avenir de la saison 2019/20, le football français ne sortira pas grandi. Alors qu’une réponse officielle a enfin été apportée à une question devenue trop lourde, certains ont préféré jouer la carte de la menace, quitte à porter publiquement le bonnet d'âne. Pas avantagés par la décision de la LFP de figer définitivement le championnat en l’état, en classant les équipes au nombre de points par match, des clubs comme Toulouse et Lyon (loin d’être les plus irréprochables) n’ont pas attendu bien longtemps pour “se réserver la possibilité d’intenter un recours” contre la Ligue.

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Du côté TFC, la décision officielle n’avait pas été encore transmise qu’une lettre du président Olivier Sadran adressée à la LFP a fuité. Ecrit en gras, en guise de conclusion : "Toute autre décision ne permettant pas au TFC de faire valoir sportivement et équitablement ses chances de maintien, serait immédiatement contestée devant les juridictions compétentes". Précisons que cette menace émane d’un des pires derniers de Ligue 1 de l’histoire récente, certes pas mathématiquement relégué, mais avec plus de points de retard sur le 18e (14) que de points inscrits en 28 matches (13). Et ce n’est pas comme si les Violets flirtaient dangereusement avec une relégation depuis 2014...

La LFP exaspérée et dépassée

A Lyon, on a préféré réagir trois heures après la conférence de la LFP, conférence pendant laquelle Nathalie Boy de la Tour a pointé du doigt “l’égo des présidents”, un brin exaspérée. "Nous avons trouvé indécente la cacophonie ambiante", expliquait même celle qui n’a pas apprécié les sorties de Gérard Lopez et de Jean-Michel Aulas, espérant siffler la fin de la récréation. Raté. Aulas a été fidèle à lui-même. Dans un communiqué de l’OL, qui porte indubitablement sa griffe, le président rhodanien a brandi la même menace que Sadran. Il pourrait saisir le tribunal administratif en procédure d’urgence pour suspendre la décision de la LFP en référé.

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Alors, bien sûr, on comprend aussi la logique des présidents. Oui, arrêter le championnat à 10 journées de la fin change la donne. Probablement que le classement aurait été différent si la saison était allée à son terme. On comprend aussi l’argument de l’urgence économique, surtout émanant de clubs menacés de relégation dans un contexte de crise sanitaire. Le sort de centaines de salariés et de leur famille est en jeu. Mais, la Ligue a rendu une décision collégiale, en filiation directe avec les déclarations du Premier ministre. Aujourd’hui, la très grande majorité des clubs de L1 est dans le flou, certains sous la menace d’un dépôt de bilan si l’on en croit Bernard Caïazzo, le président des Verts et représentant syndical des clubs de L1.

Les bons et les mauvais élèves

Lyon aurait pu prendre l’exemple de Montpellier, dont le président Laurent Nicollin a évité toute vague dans sa communication alors que son club est lui aussi exclu de la course à l’Europe (il était 6e en cas d’arrêt à la 27e journée). “J'ai d'autres soucis que de me battre pour favoriser telle ou telle option. Je n'en ferai pas mon cheval de bataille”, a déclaré Nicollin à l’AFP mardi alors que son joueur Junior Sambia sortait de réanimation. Le dirigeant héraultais a compris qu’une querelle de clochers jetterait une ombre sur toutes les actions positives entreprises par le football français depuis le début de la crise sanitaire.

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A Lyon, Jean-Michel Aulas n’a cessé de vanter la santé financière de son équipe. Si son EBITDA est si parfait, pourquoi l’OL ne pourrait pas voir venir et vivre une saison sans Coupe d’Europe ? Et voir le club parler d’un manque d’équité sportive au terme de sa pire campagne en Ligue 1 au XXIe siècle provoque obligatoirement une poussée d'urticaire. Le fiasco Sylvinho et le communiqué anti-clowns en sont deux illustrations concrètes, sans parler du projet de jeu sous Rudi Garcia… 

Moi je

Aulas a peu de chances de faire changer quoi que ce soit au classement. La décision de la LFP “est solide”, a insisté Didier Quillot. Bientôt, un texte de loi devrait renforcer l’autorité des instances sportives en matière de changements réglementaires. Son club pourrait éventuellement récolter quelques dommages et intérêts, quelques miettes tout au plus. Mais si Aulas n’a pas peur de se ridiculiser, notamment avec ses playoffs bricolées en août, c’est surtout pour son image, pour qu’on parle de lui et donc de son club, même quand le sport se tait. Quelque part, on l’imagine espérer pouvoir parler d’une “24e saison consécutive en Coupe d’Europe”. L’intérêt collectif et les vrais sujets passeront après.