Lille-Lens : cinq ans après et malgré le huis clos, le derby du Nord est de retour

Publié le , modifié le

Auteur·e : Denis Menetrier
Coulibaly face à Balmont lors du dernier derby du Nord, le 3 mai 2015
Coulibaly face à Balmont lors du dernier derby du Nord, le 3 mai 2015 | DENIS CHARLET / AFP

Retrouvez l’offre
france tv sport sur

Plus de cinq ans après le dernier derby du Nord en Ligue 1, le 3 mai 2015, Lille et Lens s’affrontent à nouveau dans l’élite du football français ce dimanche soir. Une rencontre disputée à huis clos -et en plein couvre-feu- qui s’annonce décisive car les deux équipes occupent le haut du classement. Même disputé sans spectateur en tribunes, ce match marque le retour au premier plan d'une rivalité régionale historique, une rivalité qui n’a pas souffert des résultats du RC Lens ces dernières saisons.

Le week-end dernier, à une semaine du match entre Lille et Lens qui se dispute dimanche soir en clôture de la 7e journée de Ligue 1, plusieurs supporters lensois ont lancé les hostilités. En s’introduisant par effraction dans le centre d’entraînement du LOSC pour y hisser un drapeau aux couleurs des Sang et Or, le petit groupe de fans du RC Lens a donné le coup d’envoi du 111e derby du Nord. La preuve que rien n’a changé entre les deux clubs, alors que leur dernière opposition dans l’élite remonte au 3 mai 2015, pour une victoire des Dogues (3-1).

Plus de cinq ans après, le RC Lens réalise l’un de ses meilleurs débuts de saison du XXIe siècle en championnat. Pourtant, ces dernières années, les Lensois végétaient en Ligue 2 tandis que le rival lillois performait à l’échelon supérieur, participant même à l’édition 2018-2019 de la Ligue des champions. Des trajectoires diamétralement opposées qui n’ont pas entamé la rivalité historique entre le RCL et le LOSC, avec des supporters qui continuent de se défier.

Un derby né dans les années 1930

"C’est l’illustration d’un derby en bonne santé", assure Williams Nuytens, sociologue à l’université d’Artois et fin connaisseur des publics des deux clubs. "Si pour certains Lillois, le Lensois n’est plus le rival, c’est qu’ils se considèrent sur une autre échelle de valeur. Le voisin régional n’est alors plus leur égal, et si c’est le cas, il n’y a plus cet antagonisme historique. La rivalité provoque de la reconnaissance à base de défiance". Autrement dit, le choc entre Lille et Lens n’a pas perdu de sa valeur, au contraire des PSG-OM qui passionnent moins les supporters parisiens depuis que le club de la capitale est entré dans l’ère qatarie, et ce même si les Sang et Or n’ont plus disputé deux saisons de suite dans l’élite depuis la fin des années 2000.

Les supporters lensois ne pourront pas faire le déplacement à Pierre-Mauroy ce dimanche soir
Les supporters lensois ne pourront pas faire le déplacement à Pierre-Mauroy ce dimanche soir © DENIS CHARLET / AFP

Née dans les années 1930, alors que le LOSC s’appelait encore l’Olympique Lillois, ce derby du Nord est un match à part, souvent réduit à une opposition sociologique entre supporters des deux clubs. Un affrontement qui verrait s'affronter Lille, "ville fondée sur des métiers de service qualifiés", et Lens, "où il y a un passé qui ne passe pas, avec de longues décennies de domination économique subie", expose Williams Nuytens. Le sociologue souligne cependant que l'on "trouve dans les supporters des deux clubs la distribution sociale moyenne qu’on a en majorité dans les autres clubs : des supporters surtout issus des classes populaires."

Les politiques publiques ont façonné les supporters des deux clubs

Si la rivalité entre le LOSC et le RCL continue d’exister, alors que les réalités socio-économiques ont évolué dans la région, c'est en partie à cause des images que renvoient les supporters d'un côté, et les deux villes de l'autre. Les fans des Sang et Or maintiennent un héritage issu de la culture minière et ouvrière à travers des symboles forts régulièrement mis en avant au sein du Stade Bollaert-Delelis. Tandis que les Dogues ont récemment remporté des titres et bénéficié d’un nouveau stade dans une métropole lilloise qui souhaite améliorer son image, en ayant notamment acquis le statut de capitale européenne de la culture en 2004. "Cette différenciation attise une rivalité qui est nourrie par le passé historique, économique et social des deux bassins", explique Williams Nuytens.

Les joueurs lensois lors de la dernière victoire des Sang et Or contre Lille en Ligue 1, en avril 2006
Les joueurs lensois lors de la dernière victoire des Sang et Or contre Lille en Ligue 1, en avril 2006 © DENIS CHARLET / AFP

Et si les fans du LOSC continuent de considérer leurs homologues lensois comme leurs rivaux, les années de galère des Sang et Or auraient pu en décourager plus d’un chez les supporters du RCL. "Mais il existe une fibre supportériste très forte à Lens, qui s’explique notamment par des politiques publiques de développement culturel réduit et une municipalisation du football", assure Williams Nuytens. À défaut d’avoir accès à d’autres activités culturelles, jugées plus "légitimes" par certains et que la ville de Lille a davantage offert à sa population locale, les supporters lensois ont développé un attachement très fort au club sur plusieurs générations.

"Le derby, c'est l'acmé du supporter"

Une fibre qui ne s’est pas érodée ces dernières saisons et qui continue de se manifester aujourd’hui. Avant l'annonce du couvre-feu appliqué notamment à l'agglomération lilloise, les supporters des Sang et Or avaient annoncé qu’ils accompagneraient ce dimanche, sur les 40 kilomètres qui séparent Lens de Lille, le bus des joueurs du RCL. Les Dogues comptaient de leur côté mettre l'ambiance autour du Stade Pierre-Mauroy tout au long de la rencontre, pour soutenir leurs joueurs. Mais avec le couvre-feu, l'ambiance ne devrait pas durer au-delà de 21h00...

Même à huis clos, le retour du derby du Nord est "fondamental pour la région, surtout après cinq ans de disette. C’est l’acmé du supporter", assure Williams Nuytens. Et si les fans du RC Lens ont la réputation d’être plus nombreux et plus fidèles que leurs homologues lillois, ils devront compter sur leurs joueurs pour transposer cette domination sur le terrain, alors que les Sang et Or n’ont plus gagné en Ligue 1 contre les Dogues depuis avril 2006 et à Lille depuis février 2003. Troisièmes du classement avant cette 7e journée, un point derrière Lille, les Lensois peuvent croire à une victoire qui mettrait fin à cette série et redonnerait définitivement vie à ce derby historique.