Lille, leader aux finances fragiles, les raisons d'un probable changement de direction

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Auteur·e : Hortense Leblanc
Gérard Lopez
Gérard Lopez, le président du LOSC, discute avec un potentiel repreneur | AFP

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Dans un communiqué, Gérard Lopez, le président du LOSC, a confirmé qu’il étudiait la possibilité de passer la main, contraint de revendre le club nordiste par son principal créancier, le fonds d’investissement américain Elliott Management. Déjà fragile, la situation financière du club, basée sur un projet de trading des joueurs, est plombée par la crise sanitaire, le manque de recettes, et le non-paiement des droits TV par Mediapro. Le LOSC pourrait être repris par Merlyn Partners SCSp, avec qui Gérard Lopez confirme discuter, et qui pourrait placer à la tête du club Olivier Létang, ancien dirigeant du PSG et de Rennes, qui s’est entretenu mardi soir avec Christophe Galtier, le coach lillois.

La situation sportive idéale du LOSC, leader de Ligue 1 avant son déplacement à Dijon ce mercredi soir, cache des soucis financiers bien moins réjouissants. 

La prise de pouvoir en 2017 

Arrivé en janvier 2017 à la tête du club, succédant à Michel Seydoux, l’homme d’affaires hispano-luxembourgeois Gérard Lopez est contraint par son principal bailleur de fonds, Elliott Management, d'étudier très sérieusement la possibilité de céder le club. Selon l’AFP, Lopez n’a remboursé que 102 millions d’euros des 225 millions d’euros empruntés, et son créancier s’inquiéterait des 123 millions restant dus, hors intérêts. Dans un communiqué, Gérard Lopez explique que "les difficultés liées au Covid et au contrat de droits TV signifient que le temps est peut-être venu d'un changement de modèle économique avec un nouveau propriétaire". 

En 2017, Lopez avait emprunté 130 à 140 millions d’euros pour mener à bien son projet lillois, dont la stratégie repose sur le trading, l’achat de jeunes joueurs à fort potentiel dans le but de faire un belle plus-value à leur revente. Durant l’été 2017, le LOSC avait investi près de 70 millions d’euros pour se renforcer, avant d’être interdit de recrutement lors du mercato d’hiver, et même rétrogradé en Ligue 2 à titre conservatoire par la DNCG, le gendarme financier du foot français. Depuis le rachat du club, pour financer ses investissements, Lille a effectué plusieurs emprunts obligataires.

Plusieurs opérations de désendettement

En 2018, Elliott, déjà propriétaire de l’AC Milan, et qui ne peut pas détenir plusieurs clubs participants aux compétitions européennes, revend 50 à 60 millions d’euros de ses créances à la banque d'affaire JP Morgan. D’après un bilan de la DNCG, fin juillet 2018, le LOSC comptait une dette financière de de 249 millions d’euros, et un déficit de 141 millions d’euros, pour la période 2016-2018. Pour désendetter le club, début 2019, Gérard Lopez et Elliott ont procédé à une recapitalisation, en abandonnant définitivement 142 millions d’euros de dette. Mais la holding, qui possède le club et dont Lopez est le patron, doit de l’argent à Elliott. 

Des ventes, mais pas suffisantes pour combler les pertes

Les recettes commerciales du LOSC sont ensuite reparties à la hausse, aidées par une seconde place en championnat en 2019, et la vente de joueurs majeurs. Lille a réussi à vendre, depuis l’été 2019, pour plus de 230 millions d’euros, avec les départs de Thiago Mendes à Lyon, de Nicolas Pepe et Gabriel à Arsenal, de Rafael Leao au Milan AC et de Victor Osimhen à Naples notamment. En parallèle, le club investit 20 millions d’euros pour s’attacher les services de Renato Sanches, 17,5 millions d’euros pour ceux de Yusuf Yazici, et 32 millions pour Jonathan David. A l’été 2019, Gérard Lopez avait aussi repris, en son nom, une partie de la dette lilloise. Car le LOSC a un train de vie visiblement trop élevé par rapport à ses possibilités financières, selon le journaliste Romain Molina: “Le club vit au dessus de ses moyens". Ses résultats d’exploitation, hors transferts, sont passés d’un déficit de 28 millions d’euros en 2014-2015, à 60 millions en 2016-2017, et même 103 millions en 2017-2018. Un déficit qui s’explique selon le journaliste par les "autres charges" mentionnées par les rapports de la DNCG: "Ces charges s’additionnent aux charges salariales. Elles représentent un tiers des dépenses du club hors transferts, mais on ne connaît pas leur nature. C’est un fourre-tout opaque qui peut comprendre le loyer du stade, les contrats de scouting, mais aussi les rémunérations des dirigeants". 

Elliott met la pression sur Lopez

Mais aujourd’hui, la crise sanitaire et ses conséquences économiques, ainsi que l’incertitude concernant le versement des droits TV ont poussé le fonds Elliott à reprendre les choses en main, et à contraindre Gérard Lopez de céder le club. Le président du LOSC discute désormais avec la holding Merlyn Partners, une structure d’investissement luxembourgeoise:  "Je me réjouis de l'intérêt de Merlyn pour le club et je vais examiner cette proposition avec attention et dans les meilleurs délais, dans l'intérêt de toutes les parties prenantes". De son côté, Merlyn "travaille avec une équipe de dirigeants expérimentés dans le monde du football dont Olivier Létang, dans la perspective d'apporter au club une situation financière stable afin de l'aider à faire face notamment à l'impact financier du Covid et à l'incertitude autour du contrat des droits TV (Mediapro)".

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Ancien joueur et directeur général du Stade de Reims, Olivier Létang avait ensuite été directeur sportif du PSG de septembre 2012 à juin 2017, puis président de Rennes de novembre 2017 à février 2020. Il pourrait prendre la tête du nouveau projet lillois, et le présenter à la DNCG, où le rendez-vous du LOSC, initialement prévu ce mercredi après-midi, a été repoussé. Il a en tout cas appelé au téléphone mardi soir Christophe Galtier, l’actuel entraîneur, pour évoquer la situation, preuve que le projet est bien avancé.
 

Hortense Leblanc hortense_lblnc