Ligue 1 : pour Jean-Pierre Caillot, président du Stade de Reims, la baisse des salaires de ses joueurs "donne la force de se battre"

Publié le , modifié le

Auteur·e : Jean-Baptiste Lautier
Jean-Pierre Caillot
Jean-Pierre Caillot, le président du Stade de Reims | FRANCOIS NASCIMBENI / AFP

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Le Stade de Reims a annoncé, lundi 8 février, avoir trouvé un accord pour baisser les salaires de ses joueurs et de l'ensemble du staff jusqu'au mois de juin. Pour le président Jean-Pierre Caillot, cette nouvelle est le fruit d'une politique de proximité entre la direction et les joueurs depuis des années.

Pouvez-vous nous expliquer le processus de cette démarche et la décision de salaires rognés pour le staff et l’effectif ?
Jean-Pierre Caillot : "Ça avait été imaginé et discuté avec l’UNFP [Union nationale des footballeurs professionnels], le syndicat des joueurs, lors du premier confinement. La saison terminée et la nouvelle commençant, on n’était pas allés plus loin dans les démarches mais il avait quand même été évoqué le fait que si le secteur continuait à être en crise, il faudrait bien qu’on ait une action sur la rémunération des joueurs. Donc mi-janvier, on a eu une rencontre nationale avec plusieurs de mes collègues et l’UNFP pour faire un point sur la situation de toute la filière. Il a été acté les chiffres que la DNCG [Direction nationale du contrôle de gestion] avait évoqués, c'est-à-dire une perte pour le secteur de 1,3 milliard d’euros. Il faut donc regarder les postes pour essayer d’amortir la crise. Lors de cette rencontre, on a évoqué un accord de performance collective pour toute la filière mais juridiquement c’était compliqué et ça restait une décision que chacun devait prendre en son âme et conscience. Il a été convenu que les clubs qui le souhaitaient fassent des réunions en interne. On a fait ça la semaine suivante avec tous nos joueurs, tout notre staff."

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Comment cela a-t-il été perçu par votre effectif ?
JPC : "J’ai donc exposé et adapté la situation au Stade de Reims. Je n’ai pas eu beaucoup de mal à convaincre que ce n'était pas la gestion du club qui était en cause parce que j’ai une gestion hyper rigoureuse. Partant de là, voyant ce que nous perdions par l’absence du public, par l’absence de recettes commerciales (10 millions d’euros) et par la défaillance de Mediapro (20 millions), on se rend bien compte que ça fait un gros trou à combler. J’ai donc demandé à mes joueurs d’avoir une action. De baisser leur rémunération jusqu’à la fin de la saison. Je leur ai donné le pourcentage que je souhaitais, y compris la baisse des primes. Par retour, et très rapidement, ils ont rencontré notre directeur général et ils ont tous accepté, à l’unanimité. Comme c’est la tradition dans le foot on a donné les avenants pour qu’ils les fassent relire par leurs conseillers. Ce qui est normal, y compris pour des joueurs étrangers parce que ce sont des mécanismes qui sortent un peu de l'ordinaire. Et on a eu un retour très rapide, certains ne sont même pas passés par leurs conseillers, ce qui démontre qu'il n'est pas incompatible d’être un footballeur et un responsable en même temps."

"Avec cette baisse de salaire, on parle entre 2,7 M et 3M d’euros en fonction des primes."

Quel est l'impact de cette action sur les finances du Stade de Reims ?
JPC : "On a mis en application le geste qui était fait par les joueurs tout en ayant bien en tête que ce n’est pas la variable d’ajustement pour équilibrer nos comptes. Cela ne résout pas tous nos problèmes mais ça donne de la force pour se battre. Avec cette baisse de salaire, on parle entre 2,7 M et 3M d’euros en fonction des primes. Pour être très concret, ça représente à peu près un mois de trésorerie pour un club comme le nôtre. Ça nous fait chaud au cœur pour nous qui sommes des présidents bénévoles. Ma philosophie, c’est que les petits ruisseaux font les grandes rivières. Dans la mesure où on n’a pas d’idées sur les ressources complémentaires, il faut donc s’attaquer à toutes les charges. Des solutions on en a, comme nos fonds propres, nos réserves, des prêts, des créances que nous détenons sur des clubs liés à des transferts non payés de cet été."

Pensez-vous qu'il peut y avoir un effet boules de neige dans d’autres clubs en France ?
JPC : "J’insiste sur le fait que la démarche était collective. En tant que représentant des présidents de Ligue 1 et du dialogue social, ma démarche était pour l’ensemble de la filière football. Après, charge à chacun de le faire dans son club ou pas. Évidemment que j’échange avec beaucoup de mes collègues. Je sais qu’un certain nombre a entamé des démarches, à Lens où ils semblent avoir trouvé des solutions avec les joueurs, mais Lorient ou Strasbourg ont aussi des discussions en expliquant la situation et en rencontrant leurs joueurs. Chacun fait comme il peut."

"Les joueurs connaissent parfaitement ma situation, ils savent que tous les jours je travaille dans mon entreprise et je pense que ça crée un certain respect et une certaine crédibilité quand je viens leur expliquer les choses."

Pourquoi cette démarche a-t-elle abouti au Stade de Reims et pour l’instant pas ailleurs ?
JPC : "Tout simplement parce qu’on est un club à taille humaine, avec des valeurs familiales, qu’on est proches de nos joueurs et régulièrement. Je pense que c’est le dialogue social qu’on a avec notre effectif qui fait que les choses ont peut-être été moins compliquées chez nous qu'elles peuvent l’être ailleurs. Je suis un chef d’entreprise régional, je ne suis ni un Etat, ni milliardaire, ni au CAC 40. Les joueurs connaissent parfaitement ma situation, ils savent que tous les jours je travaille dans mon entreprise et je pense que ça crée un certain respect et une certaine crédibilité quand je viens leur expliquer les choses. Là encore, ça me fait chaud au cœur. Depuis le temps que je dis qu’il y a beaucoup de valeurs humaines au Stade de Reims, c’est dans des moments comme ça qu’on peut s’en rendre compte."

On a vu que les discussions ont pu être compliquées au PSG ou à l'OM. Pensez-vous qu'il est plus difficile de mettre en place ce genre d'action lorsque la masse salariale est très importante ?
JPC : "Je ne pense pas que ce soit la masse salariale, je pense que c’est la structure du club. C’est l’actionnariat du club. Dans ces deux clubs, l’un a un actionnaire qatari, l’autre américain. C’est sûr qu’il y a probablement moins de proximité que quand l’actionnariat est régional comme au Stade de Reims. La taille de notre club fait que c’est plus simple de pouvoir discuter avec son patron. Chaque club a sa propre philosophie, et chez nous, le fait d’être un club régional et humain fait que c’est plus simple d’être compris par nos joueurs."