Ligue 1 - Lyon - Saint-Etienne : Garcia-Puel, deux coaches au banc d'essai

Publié le , modifié le

Auteur·e : Xavier Richard
Rudi Garcia vs Claude Puel

Retrouvez l’offre
france tv sport sur

Rudi Garcia et Claude Puel seront face-à-face ce dimanche lors du 121e derby de l'histoire entre Lyon et Saint-Etienne (21h00). L'occasion de comparer les deux coaches qui ont œuvré dans ces deux clubs pendant leur carrière.

• Relégation vs Licenciement

S’ils sont trente joueurs à avoir porté les deux maillots, on s’est aussi échangé les places sur le banc des entraîneurs. Rudi Garcia et Claude Puel en font partie, et le moins que l’on puisse dire, c’est que leur première expérience s’est soldée par un échec. Arrivé comme préparateur physique chez les Verts en 1998, Garcia va très vite étoffer sa boîte à outils au contact de Robert Nouzaret. Etude des adversaires, décryptage vidéo, adjoint puis entraîneur à l’hiver 2001 après le départ surprise du Gallois John Toshack. Avec Jean-Guy Walleme, entraîneur-joueur, le duo n’empêchera pas Sainté, plombé par un retrait de points à cause de l’affaire des faux-passeports, de sombrer en Ligue 2. Fin de l’aventure.

A Lyon, c’est devant un tribunal que Claude Puel a achevé son bail de trois saison avec l’OL (2008-2011). Premier à emmener les Gones dans le dernier carré de la Ligue des champions, le technicien n’arrive pas à prolonger l’hégémonie lyonnaise en Ligue 1. La série s’arrête à sept titres. Insulte suprême côté gone, l’OL perd à domicile le 100e derby sur un coup franc de Payet. Avec dans les tribunes cette banderoles prémonitoire : "Puel, Stéphanois !" Les méthodes de Puel ne passent pas auprès des cadres du vestiaire et des conseillers du président, et le divorce est prononcé en 2011 après un licenciement pour faute grave suite à un mail auquel l'entraîneur n’aurait pas répondu… Puel ira aux Prud’hommes, sans succès.

• Bâtisseur vs VRP

Au nom de Claude Puel est toujours accolé le qualificatif de bâtisseur. Une réputation née de ses aventures lilloises et niçoises. A chaque fois, il impose sa rigueur et son jeunisme contre vents et marées. Le projet n’est pas sans risque et sans heurts mais il porte toujours ses fruits. Dans le Nord comme dans le Sud, Puel a vu ses troupes empiler les défaites en début de mandat mais les dirigeants ont tenu bon derrière leur entraîneur. "A Lille, au cours de la première saison, nous avons eu douze rencontres sans victoire, dont six ou sept défaites, avec un groupe jeune qui a terminé ensuite 2e puis 3e en Ligue 1, et joué en Ligue des Champions", raconte Puel. "A Nice, aussi, avec six défaites consécutives, un effectif jeune également et des blessures. Nous avons par la suite fini 4es du championnat." Une façon de rassurer le peuple vert sur un avenir sensé être plus radieux. Un éloge de la patience, loin d’être la première vertu du football professionnel.

En succédant à Puel au Losc, Rudi Garcia a directement bénéficié du travail de son aîné avec un doublé coupe - championnat lors de la saison 2010-2011 qui va d’ailleurs propulser sa carrière vers des clubs plus huppés. Lui aussi attaché à la progression des joueurs, le natif de Corbeil-Essonnes affiche un certain charisme et une communication bien huilée quand il s’agit d’embrasser son nouveau blason, quitte à surjouer l’union sacrée. Au Mans, Lille ou la Roma, sous sa coupe, la valeur marchande de nombreux joueurs (Gervinho, Sessegnon, Romaric) a explosé et fait de lui un vendeur hors pair. Mais résumer Garcia à un VRP de luxe serait réducteur. Son style, résolument offensif jusqu’à son passage brouillon à l’OM, et son sens tactique lui ont apporté du crédit. Adepte du 4-3-3, l’entraîneur rhodanien n’a pas hésité à faire évoluer son équipe en 3-5-2 avec une certaine réussite contre Manchester City en quarts de finale du Final 8 de la dernière Ligue des champions (3-1). Il a convaincu de nombreux sceptiques sur son adaptation à la sphère rhodanienne, mais pas encore les supporters qui lui demandent notamment de faire davantage confiance aux derniers cadors de la formation lyonnaise (Caqueret, Cherki).

• Gant de fer vs gant de velours

"Il ne va pas trop dans les émotions quand son équipe gagne, mais il ne remet pas tout en question quand son équipe perd. Il a une ligne de conduite et il s’y tient." Tout juste retraité des terrains après une carrière entière sous le maillot vert, Loïc Perrin sait de quoi il parle quand on évoque le management de Claude Puel. Malgré son statut de "légende" du Forez, le défenseur Stéphanois n’a pas été ménagé par le manager du club. Une remise à niveau vécue par toutes les stars du vestiaire et qui en a surpris plus d’un. La "purge" estivale avec les départs (M’Villa, Diony) et les mises à l’écart (Ruffier, Khazri, Boudebouz) ont renforcé l’idée d’un Puel à poigne, intransigeant, d’autant que sa position de manager l’associe à toutes les décisions du club. "C’est quelqu’un qui a des idées assez précises, qu’il veut suivre, reprend Perrin. Il a un projet, et il se fixe à ce projet, malgré les mauvaises périodes."

Le management de Rudi Garcia souffre lui d’une image mitigée. A l’OM, plusieurs joueurs lui ont reproché "un discours mielleux" pour endormir les joueurs mécontents. A Lyon, ses choix et sa communication interrogent aussi. Si Garcia doit composer avec un effectif plus étoffé en quantité, en qualité et en égo que son voisin, entre la gestion de Moussa Dembele, pilier offensif la saison dernière et complètement oublié depuis la reprise, et le manque de confiance envers les jeunes, il y a de la défiance dans le vestiaire.

• OL fringuant vs Verts pâles

Avant le 121e derby de l’histoire, les courbes des deux clubs se sont croisées assez brutalement. Éphémère leader à la troisième journée grâce à trois succès 2-0, l’ASSE n’a plus gagné depuis. Les Verts restent même sur une série de cinq défaites de rang et glissent dangereusement vers la zone rouge du classement. A l’inverse, l’OL peut intégrer le Top 5 à la faveur d'une victoire qui serait la troisième sur les quatre dernières journées. Comment en est-on arrivé là ? Handicapée par de nombreuses blessures (Debuchy, Nordin, Silva, Maçon, Abi) et des suspensions, l’ASSE a surtout perdu de sa superbe quand Wesley Fofana a gagné son bras de fer pour rejoindre Leicester. Le club forézien s’est rempli les poches (40 millions d’euros dont 5 de bonus) mais a grandement affaibli sa défense. Depuis le départ de la pépite, Puel fait du bricolage mais tout se délite, y compris dans le jeu où certains joueurs clés (Bouanga, Youssouf, Khazri) ne répondent plus… 

Dans le camp d’en face, Rudi Garcia a dû convaincre et remobiliser des joueurs candidats au départ après l’épopée européenne d’août. Comme il l’a souvent rappelé, la saison de l’OL a vraiment commencé après la clôture du mercato le 5 octobre dernier. Depuis, il a enchaîné deux victoires et un nul probant à Lille en infériorité numérique. Comme un symbole, c’est Memphis Depay qui s’est remis dans le sens de la marche. Dans ce duel qui s’annonce déséquilibré, Puel veut profiter de l’effet de surprise. "Comme on ne nous attend pas particulièrement, nous avons tout à gagner", avance-t-il. "Je veux voir mes joueurs s'exprimer sans être dans la retenue." Garcia voit venir le coup et a d’ores et déjà prévenu ses joueurs. "C'est dangereux car tout le monde pense que nous avons déjà gagné", a-t-il averti vendredi. Reste à savoir quelles seront les conséquences du premier huis clos intégral de l’histoire du plus bouillant derby de l’hexagone ?