Ligue 1 : Le "passeport sanitaire", une nouvelle voie pour un retour “sécurisé” dans les stades ?

Publié le , modifié le

Auteur·e : Apolline Merle
Stade covid
Des supporters espacés portants des masques chirurgicaux dans les tribunes du Stade Marcel Picot, à Tomblaine (proche banlieue de Nancy), le 8 août 2020 | PHOTOPQR/L'EST REPUBLICAIN/ALEXANDRE MARCHI/ MAXPPP

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L’AS Monaco travaille actuellement sur l’élaboration d’un “passeport sanitaire”. A travers une application, il serait ainsi possible de savoir si une personne est atteinte du Covid-19 ou non avant son accès au stade. Un moyen de plus pour tenter de diminuer la propagation du coronavirus. A quelques jours de la reprise de la Ligue 1, alors que l'interdiction des rassemblements de plus de 5000 personnes a été prolongée jusqu’à fin octobre et après l’annonce du huis clos lors du match Nice-Lens samedi prochain, cette innovation pourrait être une alternative afin de permettre un retour aux stades plus sûr avec des jauges plus élevées, voire sans limitation.

C’est un projet qui pourrait changer la donne. Le club de l’AS Monaco est à l’initiative d’une innovation technologique qui pourrait bien permettre aux supporters de football d’assister à de grands rassemblements d’une manière plus sécurisée. Le club monégasque travaille en effet depuis plusieurs mois sur l’élaboration d’un “passeport sanitaire”. “Notre positionnement est le suivant : il y a de nombreuses restrictions aujourd'hui pour lutter contre la propagation du Covid-19. Ainsi, nous, nous essayons de penser différemment et de voir si on ne peut pas faire quelque chose qui permettrait de se libérer de ces contraintes-là, qui sont les restrictions et les jauges limitées de spectateurs, et de permettre aux supporters de retourner au stade avec des conditions supportables et sereines, que chacun puisse revivre les émotions du stade tout en aidant l’économie du football à s'en sortir”, explique Jérémy Cottino, le chef de projet de l’AS Monaco. 

► Comment ça marche ? 

Alors, comment fonctionne ce “passeport sanitaire” ? Concrètement, le spectateur devra aller faire un test Covid dans un laboratoire. Quand il recevra ses résultats, il obtiendra un QR code personnel et sécurisé. Si ce spectateur décide d’aller au stade, il devra présenter ce QR code, sur papier ou téléphone. Si ce passeport sanitaire” est en cours de validité et que le spectateur n’est pas atteint du Covid, il pourra donc assister au match. Ce “passeport santé” serait accessible via une application, appelée Certus, qui existe déjà et qui a été adaptée pour le projet monégasque.  

Le club étant encore au début du projet, plusieurs éléments ne sont pas tranchés, comme la durée de validité du certificat. “Nous devons encore définir à partir de combien de jours le certificat expire, est-ce au bout de 5, 7 jours, ou moins ? Si le certificat expire, l’application génèrera des erreurs, et le spectateur ne pourra pas accéder au stade”, détaille Jérémy Cottino. Ce délai est particulièrement important puisque le test ne vaut qu’à un instant "t". 

Autre question encore en suspens, les tests seront-ils obligatoires ou sur la base du volontariat ? “Il est un peu tôt pour le dire. Tout dépendra du cadre juridique”, répond le chef de projet. La question d’échelle se posera également en fonction de la taille des stades et du nombre de supporters rassemblés dans l'enceinte. Là aussi, il faudra délimiter un cadre. Reste également à définir si les laboratoires réalisant les tests devront être certifiés au préalable et par qui. “Je pense qu'il faudra que les laboratoires soient validés par l'instance qui prendra en main le protocole, que ce soit le gouvernement ou la Ligue de football professionnelle (LFP)”, imagine Jérémy Cottino.  

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► Où en est le projet ?  

Si cette innovation est encore au stade de projet, le club assure qu’il fonctionne déjà. Un test grandeur nature a d’ailleurs été effectué avec les joueurs monégasques lors de leur déplacement en Pologne pour un stage fin juillet. “Quand on a réussi à isoler cette solution, l'idée était de la tester de bout en bout. Quand nos joueurs sont allés en stage en Pologne, nous avons profité de la campagne de tests effectués pour récupérer les données des tests sérologiques et PCR. On a donc chargé tous les résultats dans l’application, qui a généré les 'passeports santé' de notre équipe professionnelle et du staff, soit 39 personnes”, précise Jérémy Cottino.

A partir de cela, le club a simulé plusieurs scénarios, à différentes étapes, pour s’assurer que le processus de validation et de contrôle des certificats fonctionnait. Une simulation dans des conditions presque réelles donc. Et le résultat s’avère encourageant. Mais pour l’heure, le club monégasque souhaite d’abord sensibiliser les autres clubs à ce principe de passeport sanitaire” afin de l'instaurer au niveau des équipes de football et des staffs. “Il est plus simple au départ de le mettre en place au sein des équipes avant de l’étendre aux supporters”, reconnaît Jérémy Cottino. Un moyen aussi de rassurer les joueurs et les staffs après les nombreux cas positifs au coronavirus au sein des clubs de Ligue 1, comme à Lille, Nantes, Strasbourg, ou encore Montpellier. 

► Quid de la sécurité des données ?  

Qui dit passeport sanitaire numérique, dit forcément données médicales et partage de données. Car sur ce sujet, toute la difficulté est de trouver un équilibre entre la protection des données et l'échange des informations médicales dans l’intérêt collectif. “Notre travail est de lever de l’incertitude sur la donnée et le processus qui amène cette donnée, entre la personne qui fait le test [un laboratoire] et celle qui l’utilise [un stadier, par exemple]. Notre spécialité est de sécuriser des données que les gens peuvent utiliser à leur guise et de les protéger contre l’intrusion de la vie privée”, développait Philippe Gillet, responsable scientifique chez SICPA - entreprise qui a développé l'application Certus - au Monde début août.  

Alors, comment s'assurer que nos données seront protégées ? D’abord, l’application a été développée par la société suisse SICPA, le leader mondial de la fourniture d'encres et de solutions de sécurité pour la plupart des billets de banque du monde, de passeports, de tickets de transport, de cartes plastifiées ou encore des billets de loterie à gratter. L’entreprise est donc habituée à garantir une haute surveillance de ses produits. 

Ensuite, une fois les tests Covid réalisés, le laboratoire charge les résultats dans l'application Certus. Celle-ci possède donc des informations relevant de l’identité de la personne mais aussi des informations sur le test comme la date où il a été réalisé par exemple. L’application Certus génère ensuite un QR code, qui sera renvoyé au laboratoire et en même temps sécurisé dans une Blockchain (“technologie de stockage et de transmission d'informations, transparente, sécurisée, et fonctionnant sans organe central de contrôle”, indique le site de Blockchain France). “La technologie qui génère les QR code est brevetée et surtout sécurisée par une blockchain, qui est en termes de sécurité est une grande avancée. Une fois dans le blockchain, les données sont infalsifiables et inviolables”, développe Jérémy Cottino.  

“Cette technologie permet d’être maître de ses données” 

“A partir de ce moment-là, l'application Certus supprime toutes les informations qui sont liées à ce test, il n'y a donc aucune donnée qui est chargée en dur. Cette technologie permet ainsi d’être maître de ses données. Et surtout, avec ce certificat, je suis libre d’en faire ce que je veux”, poursuit le chef de projet. Comprenez, être libre de l'utiliser ou non.

L’avantage aussi de l’application Certus, explique encore Jérémy Cottino, “est qu’il est possible de choisir les informations qui seront cryptées dans le QR Code, et celles disponibles en clair à côté du QR Code. Nous avons donc testé l'application avec le nom, le prénom et la date de naissance du joueur en clair. Nous avons aussi essayé avec le numéro de licence du joueur, ce qui permet d’anonymiser un peu plus. Ce protocole pourrait donc marcher avec un numéro de carte d'identité par exemple. Cela fait partie du protocole à définir, de dire ce qu'on veut et comment on fera la vérification complète.” 

► Objectif : toucher les instances 

La prochaine étape est donc de rassembler autour de ce projet innovant. Le travail que nous devons faire à présent est de sensibiliser d'autres clubs de l'élite de tester cette solution, pour pouvoir apporter à la Ligue et au ministère des Sports un cadre qui permettrait la mise en place de ce genre de protocole. Seul, l’AS Monaco ne peut pas mettre en place ce protocole”, lance le chef de projet monégasque, qui espère pouvoir compter sur un maximum d'acteurs du ballon rond. “Notre souhait le plus profond est qu'un jour, à une réunion de la Ligue, on se dise ‘est-ce qu'on pourrait faire autre chose que de limiter la jauge’ ?”, ajoute Jérémy Cottino, qui a travaillé dans les instances internationales du sport pendant sept ans, notamment au Comité international olympique et à l’UEFA. 

D’ailleurs, pour l’heure, la nouvelle semble déjà intéresser. Plusieurs clubs de Ligue 1 ont déjà montré leur intérêt et même la Premier League anglaise a affirmé être désireuse “de voir comment nous pourrions soutenir le développement de 'passeports sanitaires'”, comme le rapporte le patron de la Premier League, Richard Masters, dans une tribune au Times

Avec cette initiative, le club monégasque “ne prétend pas éliminer les risques d’infection”, mais propose une solution qui “devrait participer à la diminution et apporter une protection supplémentaire en plus de celles déjà en place. Cela permettrait de rassurer”, assure Jérémy Cottino. Et le club monégasque le martèle, ce projet s’inscrit dans une démarche citoyenne. “On parle aujourd’hui de football mais nous imaginons que cette technologie pourrait être applicable ailleurs, comme dans les aéroports, les salles de spectacles, etc.”, note le chef de projet monégasque. Un concept qui pourrait donc bien faire son arrivée bientôt dans nos stades, mais aussi en dehors.

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