Ligue 1 : L'article pour tout comprendre au changement de propriétaire du club de Lille

Publié le , modifié le

Auteur·e : Jean-Baptiste Lautier
L'homme d'affaires hispano-luxembourgeois Gérard Lopez à son arrivée à la tête du Losc en 2017
L'homme d'affaires hispano-luxembourgeois Gérard Lopez à son arrivée à la tête du Losc en 2017 | AFP - Laurent Sanson / LS Medianord / DPPI

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Ce vendredi 18 décembre, le LOSC a changé de propriétaire. Gérard Lopez, arrivé aux manettes en 2017 après le rachat du club auprès de Michel Seydoux, a cédé le club lillois au fonds d'investissement appelé Merlyn Partners SCSp. Leader de Ligue 1, auteur d'excellentes affaires sur le marché des transferts, Lille est pourtant mal en point financièrement. Pourquoi ? Voici quelques réponses.

• Gérard Lopez et Elliott Management, un lien de circonstance

Pour comprendre le lien entre le propriétaire du LOSC et le fonds d’investissement américain Elliott Management, il faut remonter à l’arrivée de Gérard Lopez à la tête de Lille en 2017. "Michel Seydoux, alors propriétaire d’un club, fait appel à une banque d'affaires pour aller chercher des investisseurs qui sont potentiellement intéressants pour racheter le club", explique Mickaël Terrien, maître de conférences en économie du sport à l’Université de Lille.

L’homme d’affaires hispano-luxembourgeois se montre intéressé et se tourne alors vers des fonds d’investissement qu’il espère convaincre de lui prêter de l’argent à travers sa holding. Ce détail est important car il n’engage pas son argent personnel. "En économie on appelle ça 'aléa moral' et ça n’incite pas à la bonne gestion", précise ce spécialiste. C’est là qu’intervient Elliott Management qui accepte de financer le rachat du club en laissant la gestion à Gérard Lopez. Mickaël Terrien indique ainsi qu’"un fonds d’investissement n’a pas vocation à détenir un club de football, c’est-à-dire à le gérer. Ce n’est pas leur cœur d’activité, ils ont juste vu quelqu’un qui proposait de rembourser à des taux extrêmement élevés."

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• Le trading comme modèle économique

Pour faire fonctionner le club et espérer rembourser son emprunt, le club lillois mise alors sur le trading, un système très répandu en Europe. "La plupart des clubs français compte sur le trading pour équilibrer leurs contraintes budgétaires", explique Mickaël Terrien. Le trading consiste à acheter des jeunes joueurs à fort potentiel pour les revendre après quelques temps en effectuant une plus-value importante. L’AS Monaco est un des meilleurs exemples en matière de trading.

Sous l’ère Luis Campos, arrivé à Lille avec Gérard Lopez, d’importantes plus-values ont été réalisées par le club de la Principauté avec les ventes des Français Anthony Martial, Benjamin Mendy ou encore Thomas Lemar, vendu l’année suivant le départ de l’Espagnol du club monégasque. Pour miser sur le trading, il est important pour un club de pouvoir compter sur une cellule responsable du repérage des jeunes joueurs, appelé aussi scouting, compétence du directeur sportif. 

• Une externalisation du trading qui coûte cher

Alors que le fonctionnement du club est basé sur le trading, Gérard Lopez a décidé d’externaliser cette cellule. Il missionne une entreprise pour effectuer le scouting mais aussi les achats et les ventes. "À chaque fois que le LOSC fait un transfert, ça passe par une société tiers", indique l’économiste. Pour cela, il fait appel à Luis Campos, qui avait expérimenté cela avec succès à l’AS Monaco, mais en occupant un poste un conseiller du club et non le poste officiel de directeur sportif au sein du club.

"C’est quand même hallucinant qu’une organisation qui repose son modèle économique sur un domaine d’activité stratégique, externalise cette compétence", s'étonne Mickaël Terrien. L’inconvénient de ce choix, c’est le coût. À chaque mouvement de joueur, Lille doit payer des commissions qui mettent en difficulté ses finances et creusent le déficit du club années après années. Selon un rapport de la Direction nationale du contrôle de gestion (DNCG) datant de 2018, elles représentaient 13% des produits d’opération du club. "Sur 100 que gagnait le LOSC, 13 repartait en commission d’agent", explique le maître de conférences à Lille, avant de poursuivre : "Cette structure mise en place a permis de performer sur le plan sportif, mais pas au point de couvrir ces nouvelles charges."

• Des difficultés déjà vécues

En 2018, le club de Gérard Lopez se trouvait déjà en très grande difficulté. À ce moment-là, l’activité n’est déjà pas rentable et le club ne peut rembourser ses créanciers. Cela l’oblige à payer des intérêts supplémentaires très élevés sur sa dette. Ce qui explique qu’après une excellente saison, où Lille finit 2e du championnat, après des ventes excellentes sur le marché des transferts, le club se retrouve largement déficitaire. "Il y a deux ans, on était très très proche de ce qui se passe aujourd’hui", note Mickaël Terrien.

La DNCG, instance chargée de s’assurer qu’un club qui débute une saison va pouvoir aller jusqu’à son terme sur le plan financier, contraint alors le LOSC à abonder une partie de ses créances. Dos au mur, Elliott Management redonne une chance au projet lillois et réinvestit près de 140 millions d’euros à travers la holding de Gérard Lopez pour qu’il puisse faire une augmentation de capital.

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• Mediapro pas responsable

Avant même l'épisode Médiapro, le club était déjà en grande difficulté financière. Depuis deux ans, le déficit du club n’a fait que se creuser. Selon cet économiste, le manque à gagner des droits télévisés a "accéléré les difficultés". Ce qui arrive au LOSC aujourd’hui est déjà arrivé à d’autres clubs qui n’avaient pas de manque à gagner liés à des droits télévisés : "Ce qui est sûr, c’est que les clubs qui avaient des montages financiers similaires se sont tous soldés de la même façon. Lille a gagné du temps parce qu’ils ont été extrêmement performants sportivement, mais c’était inéluctable", indique-t-il.

• Un nouveau fonds comme propriétaire

Pour le spécialiste de l’économie du football, la situation est comparable à une personne qui achète une maison mais qui ne peut pas rembourser son crédit auprès de sa banque. S’il ne peut plus rembourser, la banque récupère le bien. C’est ce que fait aujourd’hui Elliott Management auprès de Gérard Lopez, qui est obligé de suivre ce que décide le fonds d'investissement. Pour Mickaël Terrien, "ils veulent reprendre la main pour siffler la fin de la récré".

Un nouveau fonds d’investissement basé au Luxembourg, Merlyn Partners vient de racheter le club. Mais le maître de conférences à l’Université de Lille ne le compare pas exactement à Elliott Management : "Là, on parle d’un fonds d’investissement mais qu’est-ce que c’est ? Est-ce que c’est une coquille vide comme la structure juridique qui a servi au rachat du club via de l'endettement ou alors est-ce que c’est un vrai fonds d’investissement qui, comme aux Girondins de Bordeaux ou à l'AC Milan, va reprendre la main sur la gestion du club ?" Il semblerait bien que Merlyn Partners ait choisi cette dernière option en nommant Olivier Létang comme nouveau président du club.

Pourtant selon Mickaël Terrien, les fonds d’investissements commenceraient à se rendre compte qu’ils ont peu à gagner dans le monde du football : "Ça a marché un temps. Ça a marché à Bordeaux, ça a marché à Lille, mais aujourd’hui les fonds d’investissements se sont aperçus que ce n’était pas possible. Ils ont pensé que l’augmentation des droits télévisés et que l’activité sur le marché des transferts pouvaient rendre l’équation pérenne, or elle ne l’est pas."

• Le foot, une industrie déficitaire

Pour Mickaël Terrien, l’industrie du football est structurellement déficitaire pour plusieurs raisons : "Il y a une première explication qui est celle de l’UEFA. Elle part du postulat que le problème provient de l’exubérance irrationnelle des propriétaires de clubs, qui dépensent beaucoup trop sur le marché des transferts". En quelque sorte, ils seraient capables de dépenser des sommes excessives sans se préoccuper du retour sur investissement. "C'est une première explication qui pour moi existe, mais elle est mineure", estime-t-il.

Autre raison : les aléas liés au sport. "Il y a une deuxième explication qui est involontaire et liée à l’industrie. Vous avez votre meilleur joueur qui se blesse, il y a un poteau sortant plutôt qu’un poteau rentrant. C’est comme une industrie classique mais avec des spécificités à savoir la glorieuse incertitude du sport.”