Ligue 1 : "Il est trop tard pour envisager une reprise de la saison"

Publié le , modifié le

Auteur·e : Andréa La Perna
Lopez Caiazzo Kita
Lopez, Caïazzo et Kita demandent une reprise des activités. | AFP

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Alors que les autres grands championnats européens ont choisi le chemin de la reprise, trois présidents de Ligue 1 ont donné une visioconférence de presse ce lundi. Bernard Caïazzo (Saint-Etienne), Waldemar Kita (Nantes) et Gérard Lopez (Lille) espèrent une reprise rapide des activités, mais il est "trop tard" selon eux pour envisager une reprise de la saison 2019/20. Ils insistent : la décision de l'arrêt du championnat a été prise par le gouvernement et sans aucune concertation préalable.

Vilain petit canard du football européen, le championnat de France est à l'heure actuelle la seule des 5 grandes ligues du continent dont le sort de la saison 2019/20 a déjà été réglé. En Allemagne, la Bundesliga a repris le 16 mai. L'Espagne a fixé sa rentrée au 11 juin, l'Angleterre au 17 juin et l'Italie à partir du 20 juin. Vendredi dernier, L'Equipe titrait en une "Comme des cons ?", en référence aux critiques véhémentes de Jean-Michel Aulas. Pour le président de l'OL, comme un lion en cage depuis la fin de la saison prononcée le 30 avril dernier, la Ligue 1 doit impérativement reprendre pour limiter la crise économique à venir.

La responsabilité du gouvernement

Alors que beaucoup s'accordaient à dire que la décision actée par la LFP était sage puisqu'elle plaçait la précaution sanitaire au-dessus de tout, les positions se sont quelque peu décantées ces dernières semaines. "Aujourd'hui on a le sentiment que les choses vont beaucoup mieux. La décision n'a-t-elle pas été prise trop vite ? On est en mesure de nous interroger. Mais c'est trop facile de dire : 'c'est vous qui disiez de ne pas reprendre'", a tenu à clarifier Bernard Caïazzo dans une visioconférence de presse organisée ce lundi. Le président du syndicat Première Ligue insiste : personne ne s'est jamais réjoui de la situation.

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"Il est clair qu'on a été mis devant le fait accompli. On s'est senti pressé de décider de quelque chose alors que les autres refusaient de le faire", le rejoint Gérard Lopez, le président du LOSC, un des clubs les plus directement touchés par l'arrêt du championnat. Les présidents expliquent qu'ils n'ont "pas eu d'autre choix" que de se plier à une décision émanant du gouvernement, appuyée par la Fédération française de football et qui a conduit à la fin du contrat de droits tv avec Canal +. "Nous avons été de bons citoyens, républicains et légitimistes", se dédouane Caïazzo.

Les dirigeants refusent d'assumer toute responsabilité dans la décision qui a conduit la Ligue 1 a être le seul des cinq grands championnats européens à avoir abandonné l'idée de terminer sa saison. Ils rappellent que la veille du 30 avril, des groupes de travail planchaient encore sur des scénarios de reprise. "On était le seul pays, début avril, à proposer un projet de reprise. On était la locomotive en Europe. On nous a suivis. Malheureusement, nous sommes restés sur place", constate Waldemar Kita, le président du FC Nantes.

Absence de concertation

Alors pourquoi le foot français n'a-t-il pas pris le même itinéraire que ses voisins ? "En Angleterre, il y a eu des réunions ministérielles avec les clubs en Premier League. En Italie, en Espagne et en Allemagne également. Chez nous, il n'y en a pas eues", remarque Bernard Caïazzo. Les trois hommes insistent : ils n'ont pas été concertés avant la décision fatidique. La seule concertation a été "post-mortem" ironise Gérard Lopez, le lendemain de l'annonce lors d'une conférence avec la ministre des Sports. "Peut-être qu'on ne place pas le foot au même niveau que nos voisins européens", tranche celui qui s'était juré jusque-là de ne pas trop en dire, pour ne pas qu'on lui reproche de prêcher pour sa paroisse.

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Lopez est amer. "Ce qui est beaucoup plus dérangeant pour moi, c'est qu'on passe notre temps à essayer de rattraper notre retard sur les autres championnats. Et là, on donne le bâton pour se faire battre à un moment stratégique. On est à la réception d'une décision gouvernementale qu'on n'avait pas vu venir et qui va nous ralentir encore plus", développe-t-il. En plus des conséquences économiques, c'est l'influence du foot français sur la scène européenne qui risque de pâtir de la situation, surtout quand on sait que la Ligue 1 négocie avec l'UEFA pour obtenir une autre place directement qualificative en Ligue des champions.

"En privé, même Aulas n'y croit pas"

Mais d'après eux, il n'est pas pour autant question de réfléchir à une reprise de la saison 2019/20 ; ce qui est fait est fait. "A un moment donné, on ne peut pas faire sans arrêt machine avant, machine arrière, tribord, bâbord. Si on avait eu une ouverture plus tôt, on aurait pu changer les choses", explique Caïazzo. Waldemar Kita est encore plus explicite : "C'est trop tard pour reprendre". Les trois présidents avancent trois arguments pour justifier leur position.

Trop tard pour faire machine arrière

Premièrement, le Premier ministre a réaffirmé sa position jeudi dernier : "La saison 2019/20 de sports professionnel, notamment de football, ne pourra pas reprendre". Les clubs ne se voient pas contester l'autorité gouvernementale. Deuxièmement, les diffuseurs ont renoncé à leur contrat, qui les engageait jusqu'à la fin de la saison. Difficile de voir les clubs s'écharper sur le pré sans revenus de billetterie ni de droits tv. Le dernier point concerne les joueurs, "dans la nature depuis 2 mois et demi". Ces derniers auraient besoin d'au moins 6 semaines d'entraînements pour être prêts. En cas de reprise fin juillet, c'est l'organisation de la saison 2020-21 qui serait menacée.

Lopez, Caiazzo et Kita demandent d'abord une "reprise des activités". Le président nantais espère un retour des entraînements collectifs dès le 15 et le 20 juin, ce qui laisserait le temps de mettre en place un protocole sanitaire et de diagnostic. Si l'idée d'un retour du championnat n'est pas à l'ordre du jour, celle de matches amicaux et de tournois estivaux ne leur déplaît pas. "Un joueur de foot c'est comme une Formule 1. S'il ne joue pas pour quelque chose, ça ne marche pas. Il a besoin d'enjeux et de compétition", insiste Lopez.

Éclaircir les zones d'ombres

Une reprise rapide permettrait d'évacuer une première zone d'ombre. Car aujourd'hui, les contours de la prochaine saison restent encore très flous. Le marché des transferts pourrait par exemple être décalé de début juillet à fin septembre. Bernard Caïazzo a évoqué la possibilité de mettre en place un mercato franco-français avant l'ouverture à l'internationale. L'arrivée du groupe Mediapro, prochain diffuseur principal de la Ligue 1, n'inspire pas une confiance unanime. Une réunion le 11 juin devrait en dire plus. A l'heure actuelle, les clubs français naviguent à vue. "Rien que pour la reprise de la saison prochaine, les coaches nous posent cent questions auxquelles nous ne pouvons pas répondre", ajoute-t-il.

C'est pourquoi, d'après les trois présidents, il n'est pas judicieux de plancher sur une reprise de la saison 2019/20, quelle que soit sa forme. Sans chercher à prendre en grippe un certain président, particulièrement actif dans les médias récemment, ils espèrent pouvoir se focaliser sainement sur la suite. Ne surtout pas chercher à ajouter des questions à la pile déjà bien haute. Bernard Caïazzo glisse : "En privé, même Jean-Michel Aulas n'y croit pas".