Clément Turpin
Clément Turpin, premier arbitre responsable de la VAR en Ligue 1 | AFP

Ligue 1 : la VAR fait ses premiers pas

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Ce soir, Marseille-Toulouse marque l'ouverture de la saison 2018/2019 de Ligue 1 ! Et comme pour chaque rentrée des classes, on est pressé de vouloir revêtir ses nouvelles chaussures, son nouveau maillot, toucher le nouveau ballon. Mais ce soir dans l’élite du football français il y aura une autre nouveauté : la VAR, l'assistance vidéo à l’arbitrage. Un petit changement dans notre championnat auquel les arbitres français se sont préparés.

Pour reprendre les propos de Pierluigi Colina, la VAR est "le plus grand changement en matière d’arbitrage depuis la création du football." Et la Ligue 1 a sauté le pas. Dans les petits papiers du Football Français depuis deux ans, la Ligue de Football Professionnel (LFP), encouragée par son utilisation lors de la dernière Coupe du monde, a décidé en décembre dernier d’offrir aux arbitres de L1, l’assistance vidéo à l’arbitrage. Une "expérimentation" entamée "depuis octobre 2016 avec la Fédération Française de Football et la LFP" selon Pascal Garibian, directeur technique national de l’arbitrage.

Que l’arbitre soit dans le car régie ou qu’il gambade au milieu des joueurs, l’arbitre et l’arbitrage seront encore au centre des débats

Comme pendant la Coupe du Monde, la VAR interviendra dans 4 cas : Après un but marqué, sur une situation de pénalty, sur un carton rouge direct et sur une erreur d’identité du joueur sanctionné disciplinairement. Déjà utilisée en Bundesliga et en Serie A, la France est le troisième pays à se lancer dans l’aventure. La saison dernière, l’outil a permis de réduire de 43% les simulations et de 20% les contestations dans le championnat italien. Mais, la VAR pose encore question. 

Bruno Derrien, ex-arbitre international aux 151 matches de Ligue 1, était longtemps favorable à la vidéo mais a désormais un avis moins tranché : "Il y aura toujours une question de subjectivité dans l’appréciation des images. Dans certaine situation ce ne sera que la vérité d’une image pas la vérité absolue car elle sera interprétée par l’arbitre et l’arbitre vidéo. On va encore débattre. Que l’arbitre soit dans le car régie ou qu’il gambade au milieu des joueurs, l’arbitre et l’arbitrage seront encore au centre des débats cette saison. C’est comme ça, il y a des choses qui ne changent pas."

"L’arbitre reste au cœur de la décision vidéo"

Néanmoins, la VAR "est un outil intéressant pour corriger l’arbitre quand il se trompe de manière claire et nette. Mais quand il s’agit simplement de l’interprétation il ne faut pas y recourir." souligne Bruno Derrien. Une solution pour respecter le football et ne pas arrêter le jeu toutes les dix minutes au moindre incident. 

"Dans tous les cas c’est lui qui prend la décision. L’assistant ne fait que recommander les images. L’arbitre reste au cœur de la décision vidéo." rappelle Frédy Fautrel, manager des arbitres assistants vidéo, lors du stage de préparation à Clairefontaine. L’assistance à la vidéo sera donc un outil et ne remplacera en aucun cas les décisions de l’homme en noir.

Après son utilisation dans 80 matches amicaux, à partir des quarts de finale de Coupe de la Ligue et de Coupe de France, puis lors des barrages d’accession à la Ligue 1, les arbitres Français sont prêts à mettre en œuvre ce qui est "un outil  mis a disposition pour gérer notre rencontre du mieux possible et surtout éviter de passer à côté d’un événement de match majeur qui nous aurait échappé ou que l’on aurait mal jugé.", s’enthousiasme l’arbitre Benoît Bastien lors du stage à Clairefontaine. 

"Créer un outil de justice sportive"

Avec la VAR, Pascal Garibian espère : "rendre le jeu plus juste, améliorer les comportements et ne pas nuire au spectacle" a-t-il déclaré à Europe 1. Un avis partagé par Bruno Derrien. "Quand l’arbitre a pris sa décision après avoir vu les images, on avait le sentiment que les joueurs acceptaient la décision de l’arbitre, qu’il y avait moins  d’attroupement autour de lui, moins de contestations à partir du moment où la décision a été prise par l’image." constate-t-il lors des rencontres de Coupe du monde. 

A l’entame de la saison 2018/2019, l’arbitre international François Letexier est motivé à faire évoluer son métier et parle "d’une révolution". "L’assistance vidéo peut faire changer beaucoup de chose. On est au cœur de l’expérimentation, c’est ce qui est passionnant. C’est l’idée de pouvoir créer un outil de justice sportive.

Une justice qu’espérait temps le coach de l’Olympique de Marseille, Rudi Garcia. Ce dernier n’a pas hésité a rappeler en conférence de presse d’avant match  jeudi, "que s’il y avait eu le VAR la saison dernière contre Lyon, on serait en Ligue des champions cette année." En tous cas son vœu est exaucé et il sera le premier à faire l’expérience en Ligue 1 ce vendredi, avec Ruddy Buquet au sifflet et Clément Turpin à l’assistance vidéo, contre Toulouse au Vélodrome. Mais attention Monsieur Garcia ! Comme le rappelle justement Bruno Derrien : "le fait  de réclamer la vidéo est passible d’un avertissement."

Adrien Paquier @AdrienPaquier