Les Angevins jouent les premiers rôles
Les Angevins jouent les premiers rôles en Ligue 1 | AFP

Ligue 1 : Angers démon du foot bling-bling

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EDITO. Oh le beau pied de nez ! Le SCO, humble 17e budget de Ligue 1, se la raconte co-leader du championnat, aux côtés du richissime Paris Saint-Germain.

Ce matin, les investisseurs qataris ont la moustache qui pique un peu en découvrant qu'après sept journées, les Angevins rivalisent avec leurs supermégastars. Romain Thomas, Vincent Manceau (au club depuis ses débuts), ou Antonin Bobichon n'ont pas encore leur visage sur la pochette du dernier "FIFA 20", mais leur cote va sûrement remonter en flèche à la fois sur le jeu vidéo préféré des geeks-néo-sportifs et sur le vrai marché des transferts. C'est comme ça au pays du football. Tout a un prix, souvent démesuré.

Pierre de Coubertin fan du SCO

Depuis l'arrêt Bosman (du 15 décembre 1995) autorisant la libre circulation des joueurs en Europe, c'est un système hyperspéculatif qui s'est mis en branle. Les clubs les plus riches s'arrachent à prix d'or les plus grands talents, pensant s'assurer les premiers rôles et empiler les titres comme des trophées de chasse. Les valeurs du sport, chères à Pierre de Coubertin en ont pris un coup. Le football d'aujourd'hui ressemble plus à une cour de récréation pour milliardaires en mal de reconnaissance, qu'à une compétition populaire. Sans parler des autres championnats européens, Premier League en tête, la Ligue 1 n'a plus le même visage depuis 2011 et l'arrivée du fonds d'investissement Qatar Investment Authority.

Oui le championnat est faussé : les Parisiens ont presque tout raflé depuis huit ans (6 titres de Champion de France, 4 Coupes de France, cinq Coupes de la Ligue). Avant-même le début du championnat on connaît le futur champion. Seule l'AS Monaco, dopée par les millions de Dmitry Rybolovlev a pu rivaliser avec son titre national en 2017. Bon, depuis, les dieux du football (moi j'y crois) ont rappelé à l'ASM (18e et 3e budget avec 220 M€) qu'il ne suffisait pas d'injecter de l'argent pour soulever des coupes.

Non aux coaches-kleenex !

L'argent ne fait donc pas toujours le bonheur et le SCO peut donner quelques conseils aux dirigeants qui pensent le contraire. La réussite actuelle d'Angers s'explique avant tout par une certaine stabilité de ses cadres, entraîneur compris. Alors que la valse des coaches rythme chaque saison, le club angevin a fait le pari de la longévité. En poste depuis 2011, Stéphane Moulin est l'entraîneur qui se trouve en poste depuis le plus longtemps des cinq grands championnats européens. Pour espérer survivre dans la jungle du football, les "petits" clubs comme Angers se focalisent d'avantage sur l'aspect humain que sur l'aspect économico-financier.

Les as du CAC 40 y gagneraient sans doute à jeter un œil sur la gestion presque familiale du SCO. En poste depuis 2006, le Directeur sportif Olivier Pickeu réalise un travail remarquable avec des recrutements peu coûteux mais souvent payants, à l'image de Jeff Reine-Adélaïde arrivé pour 1,5 M et reparti pour 25 M€ à Lyon. Son frère, Benoît Pickeu assure quant à lui la préparation physique, considérée elle aussi parmi les meilleurs de l'élite.

Alors que Thomas Tuchel doit gérer égos et bobos, Stéphane Moulin peut travailler plus sereinement en mettant en avant "la belle osmose" qui règne dans son groupe. Avec des remplaçants comme Casimir Ninga, auteur d'un triplé ou Rachid Alioui qui en a planté deux mercredi soir face à Toulouse, l'entraîneur natif de Paris met avant tout un groupe uni et des valeurs humaines, des valeurs qui jouent pour le moment les premiers rôles. Profitons-en.