Ligue 1 : 5 questions sur la mise en demeure de Mediapro de payer son dû à la LFP

Publié le , modifié le

Auteur·e : Hugo Dupriez
Jaume Roures, patron de Mediapro
Jaume Roures, patron de Mediapro | FRANCK FIFE / AFP

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Depuis quelques jours, et le refus de Mediapro de régler sa facture d'octobre, le football français est dans une impasse. Pourtant, en mai 2018, la LFP se félicitait de cet accord de diffusion historique comptant pour la période 2020-2024. Mis en demeure, le groupe sino-espagnol pourrait même être écarté par la Ligue. Voici 5 questions pour comprendre le bras de fer qui inquiète tout le football français.

► Quel contrat lie la LFP et Mediapro ?

Mai 2018, un an et demi avant l’impasse dans laquelle se trouve le football français, Mediapro remportait l’appel d’offre lancé par la LFP. Les droits TV sont, alors, vendus pour un montant record en France de 814 millions d'euros par an. Une hausse par rapport aux 762 millions annuels correspondant aux droits TV pour la période 2016-2020. Un accord dont la LFP, par la voix de sa présidente d’alors Nathalie Boy de la Tour, se félicitait : "C’est un appel d’offres fructueux, avec une augmentation significative de nos droits TV."

En remportant cet appel d’offres, le groupe sino-espagnol s’engageait à créer une chaine 100 % foot, baptisée aujourd’hui Téléfoot, pour diffuser les championnats de France de Ligue 1 et de Ligue 2 pour la période 2020-2024. 

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► Pourquoi Mediapro vient d'être mis en demeure ?

Mediapro a refusé de régler sa facture d’octobre. Celle-ci s’élève à 172 millions d’euros. En conséquence, Arnaud Rouger, directeur général exécutif de la Ligue, a annoncé, dans un courrier adressé aux clubs, avoir "mis en demeure" le groupe sino-espagnol et actionné la garantie donnée par l’actionnaire. 

"Mediapro s'est bien placé sous la protection du Tribunal de commerce de Nanterre dans le cadre d'une procédure de mandat ad hoc", explique Arnaud Rouger, "nous étions donc tenus à une stricte obligation de confidentialité depuis la semaine dernière afin de ne pas mettre la LFP en défaut." Avant de poursuivre : "Celle-ci a été suivie par une réponse de Mediapro qui a été totalement inacceptable au regard des incertitudes financières pour les clubs. Nous avons donc fait application du contrat qui nous lie avec Mediapro et les avons mis en demeure de régler les échéances des 1er et 5 octobre, tout en activant la garantie donnée par la société mère du groupe Mediapro (le fonds chinois Orient Hontai Capital)."

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► Que cherche à obtenir Mediapro ?

Président et fondateur de Mediapro, Jaume Roures annonçait clairement son intention de "renégocier le prix" des droits TV de Ligue 1 et Ligue 2 le 8 octobre dernier. De son côté, la LFP s’y oppose fermement estimant que la raison évoquée, la crise due à la Covid-19, n’était pas recevable. Selon Le Canard Enchaîné, le groupe sino-espagnol, dont l'offre basique s'élève à 25 euros par mois, n'aurait attiré que 278.000 abonnés après deux mois de compétition. "Un chiffre très en deçà de ce qu'ils avaient certainement prévu", estime une source proche du dossier. Dès le début aussi, certains avaient émis des doutes sur la solidité financière du groupe détenu à près de 53% par un fonds d'investissement chinois, Orient Hontai Capital.

Juste avant d'obtenir les droits de la L1, le consortium, faute de garanties financières, s'était fait écarter de la course aux droits TV en Italie. La LFP s'était d'ailleurs accommodée d'une absence de garantie financière en se contentant d'une caution solidaire de son actionnaire principal. Fin avril, l'agence de notation financière Moody's a dégradé la note de la holding propriétaire du groupe, Joye Media, à B3 contre B1 auparavant, ce qui correspond à un "haut risque" de non remboursement ou de retard dans les remboursements de crédits.

"Il y a un problème de liquidité. On sous-estime l'importance du fait que le modèle économique initial n'était pas jouable", estime Arnaud Simon, ancien patron d'Eurosport France et consultant en stratégie digitale, dans des propos recueillis par l'AFP. "Ils se sont retrouvés obligés de lancer leur chaîne (Téléfoot) sur un modèle intenable et cela se termine en catastrophe industrielle."

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► Comment réagissent les clubs ?

Face à cette situation, et selon les informations de L’Equipe, la LFP aurait contracté un prêt à hauteur de 120 millions d'euros auprès d'une banque étrangère. Le quotidien évoque également une option permettant à la Ligue d’obtenir un éventuel deuxième emprunt en décembre. L'assemblée générale de la Ligue, programmée lundi prochain, entérinera définitivement cette opération.

Plusieurs dirigeants n’ont pas tardé à réagir. Anonymement, un dirigeant déclare à RTL que "Mediapro s’est suicidé ". De son côté, Jean-Michel Aulas, jamais le dernier pour prendre la parole, s'en est allé de son petit commentaire : "Ne pas être inquiet serait commettre une erreur, une faute professionnelle, il y a évidemment un certain nombre de clubs qui peuvent se trouver en grande difficulté." Aussi, le président de l’Olympique Lyonnais ne voit pas "quel intérêt aurait Mediapro à ne pas payer, parce qu'il se mettrait en situation juridique extrêmement fragile". Enfin, l’acteur le plus véhément se révèle être André Villas-Boas, entraîneur de l’Olympique de Marseille.

"Je n'ai jamais vu ça dans ma vie. Un mec (Jaume Roures, patron de Mediapro) se présente comme le grand sauveur du foot français et maintenant il n'a pas l'argent pour payer le contrat, c'est absurde." Avant de tourner en dérision la situation. "Moi aussi, je peux rêver d'une maison à Beverly Hills à 20 millions d'euros mais je ne peux pas l'acheter. Donc je ne vais pas faire une proposition pour l'acquérir."

► Dès lors, quelles solutions s'offrent à la LFP ?

La séparation avec Mediapro paraît désormais inévitable, à tel point que la Ligue chercherait déjà un nouveau diffuseur. La LFP espère ainsi séduire Vivendi, propriétaire du diffuseur historique Canal+, mais aussi BeIn, grâce au Qatar, principal bailleur de fonds du football français et du Paris Saint-Germain. Les GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon) sont également dans la course. Interrogé à ce sujet, Jean-Michel Aulas avait d’ailleurs défendu cette idée. "Il faut un Deezer ou un Spotify du foot", avait-il souhaité. 

Diffuseur historique du football français, Canal + pourrait alors faire un retour remarqué sur le devant de la scène. Selon l’AFP, le lot de Mediapro (8 matches de L1 par journée, ndlr) n'intéresse pas Canal+ dans sa globalité et doit être découpé avant d’envisager un accord. Pour l’anecdote, à la signature du contrat avec Mediapro, Maxime Saada, président du groupe Canal +, avait tenu un discours presque prémonitoire sur Europe 1. "C'était impossible pour nous de miser ces sommes et je crois que c'est impossible pour un quelconque acteur de miser ces sommes, pour les rentabiliser, il faudrait à peu près 7 millions d'abonnés à 15 euros par mois. Je ne vois pas comment un acteur peut rentabiliser ça."