L'homophobie dans le football

L'homophobie dans le football en 3 questions

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La ministre des sports Roxana Maracineanu a proposé d'interrompre les matchs de football si des insultes homophobes sont proférées par les supporters. Ces derniers, notamment le Collectif Ultras de Paris, continue à prétendre que "ce n'est pas un sujet". Qui est dans le vrai? La question souffre d'un déficit d'études universitaires. Mais certains chiffres permettent de cerner la problématique

Peut-on mesurer l’homophobie dans le football français ?

Deux enquêtes ont tenté de mesurer le sentiment homophobe dans le football français.

La première date de 2013. Anthony Mette, psychologue du sport, et Paris Foot Gay, une association de lutte contre l’homophobie dans le football, interrogent 13 clubs de Ligue 1, Ligue 2 et National. Le rapport, intitulé Analyse de l’homophobie dans le football professionnel, délivre des chiffres plutôt éloquents. 41% des joueurs pros et 50% des jeunes en formation expriment des opinions hostiles à l’homosexualité.

En 2017, l’association de lutte contre l’homophobie Foot Ensemble, en partenariat avec Ipsos et la LFP, a mené l’enquête auprès d’un peu plus de 2000 Français, pour connaître leur acceptation de l’homosexualité. Cette enquête compare la perception des Français en général, des amateurs de football et des pratiquants de football. Elle montre notamment que le langage homophobe est largement accepté parmi les pratiquants de football : seuls 12% estiment que tenir des propos comme “pédé” ou “tarlouze” devant un match de foot relève d’homophobie, et 13% estiment que cela devrait être interdit (contre 22% dans le reste de  la société française).

Par ailleurs,  en 2011, Anthony Mette tente de mesurer ce tabou dans le sport en général. Son enquête, menée fin 2011 en partenariat avec le ministère des Sports dans la région Aquitaine, s’appuie sur les réponses de 922 sportifs. Résultat : 0,4% d’homosexuels “déclarés” parmi les sportifs, contre 7 à 10% d’homosexuels dans la population française selon les différentes estimations.

Aucune ouvrage universitaire n’a été spécifiquement publié sur l’homophobie dans le football français.

Des joueurs ont-ils déjà témoigné d’homophobie à leur encontre?

Comme nous l’expliquons dans notre dossier, l’homosexualité demeure un tabou dans les vestiaires. Aucun n’ose prendre la parole...si ce n’est ceux dont la carrière est loin derrière eux. En l’occurrence, Olivier Rouyer est le seul à avoir franchi le pas dans le monde professionnel. Pour le projet Différents, mais tous pareils dans le sport, il explique la difficulté à parler d’homosexualité dans le football.

Yoann Lemaire est le seul joueur à avoir révélé sa sexualité publiquement alors qu’il était encore en carrière. Il jouait alors au FC Chooz dans les Ardennes. Dans les Inrockuptibles, il raconte son calvaire : “Les footballeurs n’aiment pas les pédés, et les pédés n’aiment pas les footballeurs. »

Pour son livre, Sexe Football Club, le journaliste Bruno Godart a rencontré plusieurs joueurs professionnels ayant accepté de témoigner de manière anonyme. Une « star de la Ligue 1 » y a notamment analysé son incapacité à parler de son homosexualité : «Tant que je joue au haut-niveau, je ne peux pas dire qui je suis vraiment, c’est comme ça ».

En fait-on plus sur l’homophobie ailleurs dans le monde?

Oui. Certains pays sont allés beaucoup plus loin que la LFP et la FFF en matière de la lutte contre l’homophobie. La FA par exemple, l’équivalent britannique, n’hésite pas depuis plusieurs années déjà à en faire un sujet à part entière dans leur politique de lutte contre les discriminations. Débat organisé à la télé avec des membres de la Fédération, site dédié à la lutte contre l’homophobie. La Fédération a explicité sa politique en la matière, une "combinaison de sanctions et d'éducation" alors que la présidente de la Ligue de Football professionnel réitère sa volonté de privilégier l'éducation à la punition. Cela n'empêche cependant pas les comportements à caractère homophobe dans les stades à l'égard des joueurs. Dans un long entretien au Times, Hector Bellerin (Arsenal) se plaignait en septembre dernier d'avoir été victime d'insultes homophobes à plusieurs reprises. 

En Espagne, le volet sanction est également beaucoup plus utilisé d'après le Parisien. Depuis fin 2014, et un accord entre le Conseil supérieur des Sports, la Ligue et la Fédération espagnole, des sanctions peuvent être prises à l’encontre des clubs pour violence verbale. Les amendes sont conséquentes.