Protocole sanitaire, équité sportive, supporters... Les 5 questions que pose le Covid-19 sur la reprise de la Ligue 1

Publié le , modifié le

Auteur·e : Guillaume Poisson
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De nombreux clubs de Ligue 1 sont concernés par des cas de Covid-19 | PHOTOPQR/L'EST REPUBLICAIN/ALEXANDRE MARCHI/MAXPPP

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Après une saison 2019/2020 amputée, l'exercice 2020/2021 de la Ligue 1 va démarrer ce vendredi 21 août, avec le match Bordeaux-Nantes. Mais le coronavirus fait déjà planer un certain nombre de doutes autour de cette reprise. Voici cinq questions que la crise sanitaire pose sur la reprise du football en France.

► Le championnat ira-t-il vraiment à son terme cette fois ? 

Alors que les mois de juin et de juillet laissaient présager un retour à la normale rapide pour le football français, certains jugeant même que la LFP était allée trop vite en besogne en stoppant la précédente saison à mi-chemin, les dernières semaines ont considérablement assombri l’horizon. Désormais, une certaine angoisse règne au sein des clubs."On a peur d'être dans la situation où pendant trois mois on avait la voiture au garage sans pouvoir la sortir, et quand enfin on peut reprendre la route, on a un risque de tomber en panne", a confié un dirigeant de Ligue 1 à l’AFP. 

Les cas de covid se multiplient parmi les joueurs et dans les staffs des équipes, de nombreux matches amicaux ont été annulés, et le match d’ouverture de la saison a tout simplement été reporté après les quatre cas positifs de l’Olympique de Marseille. Mise en veille pendant que les autres championnats européens reprenaient un à un, la Ligue 1 est en passe de redémarrer au moment-même où le virus reprend de la vigueur, partout sur le territoire. Si tout est mis en place pour que les risques épidémiologiques soient minimaux, les signaux ne sont pas bons. 

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Pour l'épidémiologiste Catherine Hill, la jauge des 5000 personnes est "absurde". "Qu'il y ait 100 personnes ou 20 000 personnes, ça ne change rien, on sait que dans ces rassemblements, un individu entre en contact en moyenne avec 40 personnes. Ce qu'il faudrait, d'un point de vue épidémiologique, c'est une interdiction totale. Les huis clos sont largement préférables".

Pour la spécialiste, le football comme l'ensemble des sports collectifs, est un terrain propice à la propagation rapide du virus. "Les équipes sont des communautés, et toutes les communautés sont très porteuses, puisque ce sont des gens qui vivent ensemble et qui peuvent se transmettre le virus très rapidement". Au 20 août, plus de 40 cas positifs ont été recensés parmi les effectifs de Ligue 1, soit onze équipes concernées sur vingt.

► Que se passe-t-il en cas de joueur testé positif au Covid-19 ? 

Non, la Ligue 1 ne s'effondrera pas au moindre cas positif. Du moins, il n'est pas prévu sur le papier qu'un seul cas puisse remettre en question l'ensemble du championnat, au contraire de ce que l'on a pu voir sur des compétitions comme l'UAE Tour il y a quelques mois par exemple. La LFP a établi un protocole précis à suivre en cas de test positif au sein des clubs, des staffs, ou du personnel entourant l'organisation des matches. 

Le système repose d'abord sur une politique préventive assez agressive. Chaque club doit nommer un référent Covid-19. Des tests doivent être réalisés "entre 72 et 48 heures" avant les matches. Ils concerneront l'équipe dans son ensemble, des joueurs au "personnel technique et opérationnel". Il y aura aussi un examen clinique "le matin du match" pour repérer d'éventuels symptômes. 

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Si un test s'avère positif, tout sera mis en place pour que le virus ne circule pas. Le cas positif sera mis en quatorzaine. La commission Covid, qui a rendu sa première décision sur le match d'ouverture entre l'OM et Saint-Etienne, entre alors en jeu pour éclairer la Commission des compétitions sur sa décision de report ou d'annulation du match. Cette commission Covid doit déterminer s'il y a bien "circulation" du virus au sein du club. Le critère : que l'équipe ait "plus de trois joueurs (donc à partir de quatre) ou encadrants isolés sur huit jours glissants". C'est justement ce qui a conduit la LFP à reporter le match entre l'OM et Saint-Etienne, le club phocéen comptant quatre joueurs positifs sur moins de huit jours glissants. 

► Les clubs touchés partent-ils avec une longueur de retard ?

La question de l’équité est prégnante au moment d’aborder une saison. Traditionnellement, chacune des vingt équipes du championnat a droit à son quota de matches amicaux pour préparer la saison. C’est la période cruciale pendant laquelle l’entraîneur jauge des forces de son effectif, teste les nouveaux venus, affine ses plans tactiques et évalue le niveau physique de ses joueurs. Cette année, certains ont dû faire sans, ou quasiment. 

Le Racing Club de Strasbourg a compté neuf cas positifs dans son effectif, et l'entraîneur Thierry Laurey s'est exprimé dans l'Equipe sur les conséquences que cela a pu avoir sur la préparation : "Cela nous a plombé les tests contre Nancy et Dijon (des matchs amicaux annulés après la découverte des cas positifs au sein de l'effectif strasbourgeois, ndlr).  Les garçons étaient vraiment bien physiquement durant le stage, c'est dommage de ne pas poursuivre la montée en puissance". 

A Nantes, le protocole médical en place exige des examens cardiaques poussés au minimum un mois après le premier test positif, même en l'absence de symptômes, avant toute reprise de l'entraînement. Un joueur positif est donc a priori écarté de toute compétition pour au moins six semaines. "On se retrouve privés de joueurs importants, ce n'est pas anodin... Et dans la saison ça risque encore d'arriver parce qu'on ne sait pas combien de temps durent les anticorps", a déclaré à l'AFP le technicien nantais Christian Gourcuff.

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D'autre part, les effets d'une mise à l'écart de quelques joueurs sur la cohésion du groupe peuvent être conséquents. L'entraîneur de l'Olympique de Marseille André Villas-Boas, dont quatre joueurs ont été testés positifs en début de semaine, a tenu à réitérer la confiance qu'il a dans l'esprit d'équipe du groupe marseillais, comme s'il ressentait le besoin de l'affirmer. "C'est le moment d'être prudent et de soutenir les autres et en même temps de garder espoir pour les temps à venir, a-t-il notamment souligné sur Instagram. Aux joueurs infectés et à tout le groupe de travail, je tiens à vous souhaiter force et courage. Prenez soin de vous et de votre famille. Nous serons à nouveau bientôt ensemble."

Enfin, les disparités géographiques pourraient jouer. Certaines régions sont largement moins touchées que d'autres, et les variations géographiques dans l'intensité du virus pourraient se poursuivre tout au long de la saison, pénalisant certains clubs plus que d'autres. Interrogée sur cette iniquité, la Ministre des sports Roxana Maracineanu n'a pas chercher à la nier : “C'est difficile cette rupture d'équité entre les équipes et les pays. Là, ça va être compliqué entre les territoires puisque le virus ne circule pas de la même façon entre toutes les régions en France. Il faut faire attention et jouer au jeu des reports de match". La ministre n'a cependant pas montré d'inflexion dans le cap dessiné cet été : "Je pense que tous les sports, doivent continuer et reprendre en septembre. Les protocoles qui nous sont proposés sont sérieux et conséquents. Il faut que le football reprenne."

► Comment va fonctionner l’abonnement des supporters ?

C'était le casse-tête attendu pour les clubs professionnels : la gestion des abonnements sur une saison où peut surgir une annulation ou un report à chaque journée. Face à ce défi, les réponses diffèrent. 

Certains clubs choisissent l'audace. Plutôt que de tout mettre en parenthèse, ils tentent de faire valoir une certaine hiérarchie parmi leurs fidèles. A Strasbourg, ce sont les plus anciens abonnés qui seront privilégiés pour obtenir leur ticket parmi les 5000. A Lille, tout comme à Metz, Reims, Nice ou encore Nantes, c'est la méthode du prélèvement a posteriori qui prévaut. Ainsi, plutôt que de s'embourber dans des politiques de remboursement après chaque week-end annulé ou reporté, les abonnés ne paieront qu'après les matchs auxquels ils ont effectivement assisté. 

D'autres clubs sont plus conservateurs ou attentistes, et préfèrent attendre que la situation se clarifie pour se lancer dans une véritable campagne d'abonnement. A Montpellier, "les abonnements sont prêts à être mis en vente, mais on attend pour lancer l'opération", explique à l'Equipe Laurent Nicollin, le président du club. "Cela ne sert à rien de lancer quelque chose si l'on se retrouve à huis clos ou si l'on n'a que 5000 personnes dans le stade". De même, l'OM, tout comme l'OL ou Bordeaux, s'en tiennent, pour l'instant, à de la vente de places sèches. 

 • Comment les supporters vont-ils suivre les matches ?

La question est prégnante chez tous les groupes de supporters. Avec la jauge à 5000 personnes dans les stades, et les places réservées, dans certains cas, pour une partie spécifique des abonnés, certains habitués des stades vont inévitablement se retrouver sur la touche. D'autres s'exclueront volontairement des 5000, jugeant les règles sanitaires trop contraignantes pour un soutien digne de ce nom.

C'est le cas d'un certain nombre de groupe d'ultras. Ceux de Nantes, par exemple, ont annoncé qu'ils renonçaient à se rendre au stade en l'état actuel des choses. "Nous entendons ces mesures et nous les respectons", a assuré la Brigade Loire de Nantes dans un communiqué sur son site internet. Mais elles "nous paraissent incompatibles avec notre mode de supportérisme".

Au Kop Sud FC Lorient, on a retenu la leçon des matches amicaux. Face à Guingamp, les ultras se sont essayés au stade version Covid-19, en entonnant des chants comme "Au stade masqué ohé ohé" sur l'air de la Compagnie Créole. Mais l'expérience s'est avérée "particulièrement inconfortable", le Kop précisant que "la distanciation diminue elle aussi l'effet d'effervescence que l'on peut avoir dans un groupe Ultra en temps normal".

Quelles sont dès lors les solutions de repli ? Ces groupes vont-ils se retrouver en dehors des stades ? La question est sensible dans la mesure où les autorités sont à l'affût des rassemblements festifs. Tous les groupes ultras contactés ont refusé de s'exprimer à ce propos.

Les performances du Paris Saint-Germain ou de l'Olympique Lyonnais en Ligue des Champions ont donné un aperçu de ce à quoi peuvent ressembler les troisièmes mi-temps, même en temps de covid-19. Des centaines de supporters s’étaient retrouvées aux abords du Parc pour fêter la victoire de Paris après la victoire face à l’Atalanta. La préfecture avait alors indiqué mettre un dispositif  préventif autour des champs pour détecter tout rassemblement. Elle avait particulièrement ciblé les lieux de retransmission du match dans la capitale, avec des rondes et des patrouilles régulières. Mais les scènes de liesse après la qualification en finale du PSG ont été de la même veine. La Ligue 1 n'a certes pas le prestige d'une finale européenne, mais la passion des grands matches pourrait faire voler les barrières sanitaires. 

Les quartiers généraux des supporters sont d'ailleurs ciblés par les autorités locales. "On est justement en discussion avec la préfecture, on préfèrerait ne pas nous exprimer sur la question avant que les choses ne soient fixées" nous a confié un gérant de bar réputé QG des supporters de Brest. Au Bar des Sports, à Rennes, on est dans l’expectative d'une situation unique où les règles sanitaires risque de freiner une clientèle potentiellement plus nombreuse que d'habitude. "Tout dépendra des huis clos, ou des jauges admises. Evidemment, on pourrait avoir beaucoup de demandes, mais en même temps, il faut que l'on respecte les distanciations. Actuellement on ne peut que recevoir 50% de notre clientèle habituelle". 

Du côté des supporters, les coeurs balancent. Il y a ceux qui choisiront "certainement" l'option casanière et "responsable", comme Denis, 39 ans, et habitué du Stade des Costières à Nîmes : "Tant que l'on est dans la situation actuelle, je me contenterai de la bonne vieille télé, j'inviterai la famille, on s'improvisera des apéros, avant, après. Tant pis si on ne va pas au stade ou au bar sur une saison, on ne va pas en mourir". Mais les invétérés existent aussi. Fabrice a 56 ans, et "depuis l'âge de 6 ans" il ne manque pas un match de Nantes à domicile. "Toujours avec son groupe d'amis", il estime qu'il n'y a "pas plus de danger au bar qu'au supermarché". Et "a déjà réservé pour le match d'ouverture. Devant le grand écran. Une table de 10".