Ajaccio Bastia bagarre
Ajacciens et Bastiais ont offert un triste spectacle samedi soir | PHOTOPQR/NICE MATIN

Le football corse brouille son image

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L'affrontement emblématique entre Ajaccio et Bastia, ce week-end à Furiani, a une nouvelle fois dégénéré, abimant un peu plus l'image d'un football corse qui n'en sort pas grandi. Les débordements – sur le terrain comme dans les tribunes – d'un derby historique ne peuvent persister éternellement. La réputation de l'Île de Beauté et de sa population est en jeu.

Avec cinq expulsions dont quatre dans une dernière minute de temps additionnel dommageable, la rencontre disputée samedi soir à Bastia entre dans les livres d'histoire. Cela faisait plus de 40 ans que la Ligue 1 n'avait pas vu une telle pluie de cartons rouges. Sans compter les dégradations, jets de projectiles et affrontement entre supporters.

Faut-il s'en attrister? Évidemment. S'en étonner? Un peu moins, car le sulfureux derby insulaire n'en est pas à ses premiers échauffourées, et la commission de discipline de la Ligue n'hésitera sûrement pas à prendre des sanctions à la hauteur du comportement des équipes et de ses supporters. Elle en a même le devoir, pour que chaque rencontre entre les deux membres de l'élite du football français ne s'achève pas en pugilat.

"Une honte, un véritable scandale"

Au match aller, déjà, le match s'était terminé avec une rixe entre joueurs (2 expulsions) sur le terrain, puis entre supporters dans les tribunes (5 minutes d'interruption). Samedi, dans un stade quasi-comble et une belle atmosphère, malgré le besoin de points des deux formations, le match de football n'a pas véritablement eu lieu. Dans une rencontre fermée, débloquée par le but de Maoulida (47e), l'expulsion de Chalmé (81e) a attisé la tension jusqu'à la bagarre générale provoquée par les crampons d'Oliech sur Landreau (92e). La querelle s'est ensuite prolongée dans le stade : 450 supporters ajacciens, contenus dans les tribunes puis sur la pelouse, ont été les cibles de jets de pierre depuis l'extérieur du stade. Bilan : sept blessés.

Plus tôt dans l'après-midi, selon le quotidien l'Équipe, ces mêmes supporters avaient projeté des objets divers vers les Bastiais. Fouillé par les forces de l'ordre, leur bus contenait poings américains, fumigènes et matraques. "Le hooliganisme était à l'honneur", déplore Alain Orsini, président de l'AC Ajaccio, "et la Corse a donné une image déplorable de son football. Ce qui s'est passé hier soir à Furiani est une honte, un véritable scandale qui ne doit plus jamais être toléré".

Ajacciens et Bastiais se rejettent la responsabilité

Dimanche, au lieu de calmer la situation, les deux clubs refusaient de porter la responsabilité des incidents, préférant se renvoyer la balle mutuellement. Dans un communiqué, Alain Orsini explique que "la solidarité corse ne peut plus s'exercer dès lors que les limites du supportable ont été franchies […] il ne suffit pas de s'autoproclamer Club de la Corse, encore faudrait-il respecter certaines valeurs, ce genre de comportement criminel ne fait pas partie de notre culture". Le patron ajaccien a décidé de porter plainte contre X, mais aussi contre le club bastiais qui n'a pas tardé à répondre.

"[Les supporters ajacciens] ont jeté des pierres et des bombes agricoles visiblement artisanales sur des supporters bastiais", dénonce Antoine Agostini, directeur de la sécurité du club, dans les colonnes de Corse-Matin. "L'un d'eux a été blessé à l'œil. Ils ont ensuite pris pour cible le centre de formation où un incendie s'est déclaré et où des voitures et des vitres ont été endommagées". Sans parler des banderoles douteuses concernant le drame de Furiani.

Tony Chapron porte plainte

Le troisième club professionnel corse, le Gazélec Ajaccio (Ligue 2), s'est également trouvé sous le feu des projecteurs ce week-end, pour des raisons tout aussi malheureuses : à l'issue de la rencontre face à Monaco, trois des quatre membres du corps arbitral, pris à partie, ont porté plainte pour "outrages et menaces contre les dirigeants d'Ajaccio".

Réponse du club, dans un communiqué : "le triste Monsieur Chapron, s’est encore une fois distingué par son manque de professionnalisme, d’éducation, et sa bêtise en somme, en pourrissant la fin d’un match qui s’était déroulé dans un bon esprit. Celui-ci s’est permis de déverser gratuitement, avec arrogance, un flot d’insultes à l’égard de tous les joueurs". Début février déjà, le président du Gazélec s'était distingué en donnant un coup de pied à un joueur lensois. Le football n'a évidemment pas besoin de cela. La Corse, encore moins.