Le flou autour de Bielsa entretient les doutes de l’OM

Le flou autour de Bielsa entretient les doutes de l’OM

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Après quatre matches sans victoire, l’OM est clairement au creux de la vague après six mois enchanteurs. Face à Toulouse, les Marseillais vont absolument devoir se reprendre pour ne pas voir la Ligue des Champions s’envoler. Le tout dans un contexte un peu particulier puisque les interrogations autour de l’avenir de Marcelo Bielsa grandissent.

A l’OM, depuis quelques semaines, les (mauvais) résultats se suivent et se ressemblent un peu trop. Devant au tableau d’affichage, les Olympiens se font rejoindre: contre Reims (2-2), à Saint-Etienne (2-2) et puis face à Caen (2-0 puis 2-3). En trois matches, 6 points qui se sont envolés. Six points qui pourraient coûter cher en fin de saison, alors que l’OM bataille avec l’OL et le PSG pour le titre, sans oublier Monaco qui pourrait venir troubler la route des Phocéens vers la Ligue des Champions, s’ils continuent à perdre des points. Contre Toulouse en ouverture de la 28e journée de Ligue 1 ce vendredi, l’OM, face à une équipe qui reste sur un nul (1-1 contre ASSE) et une défaite (1-3 contre le PSG), n’a plus le droit à l’erreur. C’est dans ce contexte, plutôt moribond, que se pose de plus en plus lourdement la question de l’avenir de Marcelo Bielsa. Moins d’un an après son arrivée sur la Canebière, "El Loco" pourrait bien repartir. Car son message a de plus en plus à passer auprès des joueurs. L’homme lui-même ne sait pas ce qu’il fera. Il joue au chat et à la souris avec son président. Souffle le chaud et le froid tout en gardant une cote de popularité énorme auprès des supporters.

Les limites de son management

Les sifflets du Vélodrome à la fin de la rencontre face à Caen étaient destinés à tout le monde. Tout le monde sauf Bielsa. L’Argentin a débarqué l’été dernier à Marseille dans un environnement où l’entraîneur est le premier à essuyer les plâtres dès que tout va mal. Pourtant en quelques mois, il s’est construit une aura auprès des supporters. A coups de sorties hallucinantes en conférence de presse – celle où il s’en prend à son président sur les promesses non tenues du mercato estival –, de résultats – l’OM était premier à la trêve – et d’un fond jeu attrayant. Tout pour l’attaque pour une équipe dont le mot d’ordre est "droit au but", forcément ça plaît. Le revers de la médaille ? Une méthode très contraignante pour les joueurs à qui il est demandé beaucoup. Trop ? Peut-être. A la question "est-ce que c’est un mode de fonctionnement qui peut durer ?", Giannelli Imbula avait répondu : "on va déjà finir cette saison et on verra". Le cas André-Pierre Gignac est symbolique de la cassure entre le groupe et l’entraîneur. A l’automne, "APG" marchait sur l’eau et portait l’OM. Dans la foulée de rumeurs envoyant celui qui est en fin de contrat en Italie, l’attaquant avait lié son avenir à celui de Bielsa. "J’aimerais savoir si le coach reste. C’est une donnée importante pour ma prolongation ou pas", avait-il assuré.

Quelques mois plus tard, pas sûr que l’ancien Toulousain tienne le même discours. De l’eau a coulé sous les ponts. Et des coups de gueule ont résonné dans la Commanderie. Le vrai-faux (ou l’inverse) épisode du renvoi de l’entraînement a marqué la cassure entre les deux hommes. Rares sont désormais ceux qui s’impliquent autant que le désirerait l’Argentin à l’entraînement. Dimitri Payet avait lui aussi été renvoyé après avoir trop joué les dilettantes. Florian Thauvin, l’un des chouchous du coach, n’y croit plus trop. "Honnêtement,  je pense que les joueurs s’en moquent de l’avenir du coach. Ils sont mobilisés par cette lutte pour le titre et la Ligue des Champions. Le reste… Ils savent que Bielsa ne sera sans doute plus là dans trois mois. Et lui insiste sur le moment présent, il est toujours en mission commando, il ne se projette pas avec eux", informe dans France Football un membre du staff. Les deux parties ont donc le même objectif, mais cela ne suffit pas. On touche là sans doute les limites d’un système que l’entraîneur ne reniera pas. "Je ne vais pas abandonner les idées que j’ai transmises à l’équipe car je trouve qu’elles sont très bonnes", assumait-il après la défaite contre Caen. Donc toujours plus d’attaque et d’efforts demandés à des joueurs qui ont de plus en plus à entendre le message. Et à accepter les méthodes.

Le brouillard de l’avenir

Marcelo Bielsa conduit donc son groupe vers une fin de saison où l’OM a encore un championnat à gagner. Il ne voit pas plus loin. L’homme ne sait pas où il sera après. Il a signé pour deux ans, avec une clause importante dite de renégociation au bout d’un an, car l’homme n’aime pas le long-terme. Vincent Labrune, le président, et les supporters cherchent des signes positifs qui prouvent que Bielsa veut rester. Mais l’intéressé ne montre rien. "De mon point de vue, il faut terminer le championnat et cette année sportive et que le club prenne les décisions auxquelles il croit", a-t-il lâché en conférence de presse. "Je ne veux transmettre ni urgence, ni pression au club". Il joue la montre. Du côté de l’encadrement de l’OM, c’est plus clair, on veut garder Bielsa. "On ne va pas se raconter d’histoires. La balle est dans son camp. Idéalement, j’ai envie de le garder. Je serai super-content s’il continue avec nous. Il faut voir d’où nous venons. Nous étions sixièmes la saison dernière, à la rue, nous luttons aujourd’hui pour la place de leader, façonnés par la mentalité de Marcelo, portés par son état d’esprit", a déclaré Labrune dans France Football.

"El Loco", avant de rendre sa décision, a sûrement en tête ce qu’il s’était passé à Bilbao. Arrivé au printemps 2011, il avait prolongé une année supplémentaire après de longs mois de réflexion pour finalement vivre une deuxième saison morose et partir. En attendant, le contexte actuel ne plaide pas en faveur de l’Argentin. Il le sait et il en joue. "J’ai honte de parler de ce thème qui me place dans une situation de demandeur alors que je dirige une équipe qui n’a pas gagné depuis quatre matches", avouait-il mercredi devant la presse. Une victoire face à Toulouse lui permettra peut-être d’avoir de nouveau les idées claires?

Benoit Jourdain @BenJourd1